D'un campement à l'autre : à Strasbourg, l'interminable errance de familles pour la plupart légalement en France

Ils sont géorgiens, afghans, somaliens : autrement dit, ils sont d'ailleurs. Mais désormais, ils s'efforcent de refaire leur vie à Strasbourg. Munis de papiers en règle pour une grande majorité d'entre eux, et pour certains un travail, mais pas de toit. Ils sont sous des tentes, Quai du maire Dietrich, aidés par des bénévoles qui fournissent vêtement et repas chauds.

D'un quartier à l'autre de Strasbourg, ils plantent leur tente. Certains étaient place de l'Etoile il y a quelques semaines. Ils ont réapparu Quai du Maire Dietrich début septembre. Plus pour longtemps, car le juge des référés du tribunal administratif s'est prononcé : il "ordonne l’expulsion des occupants illégaux, en autorisant l’Eurométropole à demander, si nécessaire, le concours de la force publique"

Le tribunal motive sa décision par la situation extrêmement précaire des familles, ce qui constitue "une atteinte inacceptable à leur dignité" indique le magistrat. Les familles vont donc être expulsées, par la force s'il le faut, d'ici à quatre jours, c'est-à-dire au plus tard jeudi 2 novembre. Une nouvelle errance qui se profile, jusqu'à un nouveau campement. Quant à la vie digne tant espérée et préconisée par la justice, elle semble hors de portée. 

Les familles n'ont pas d'autre choix que de subir ce quotidien sans lendemain fiable. C'est le cas de cette mère et ses deux enfants venus de Syrie. Les papiers sont en règle, et les enfants sont scolarisés, mais chaque soir, c'est sous la tente qu'ils rentrent pour faire leur devoir. "C'est très dur pour eux, le petit est tout le temps malade. J'aimerais qu'ils aillent à l'université, mais pour cela, il faudrait un logement. C'est la chose la plus importante, car sans cela, il n'y a pas de stabilité possible", explique la maman à notre équipe de reportage dimanche 29 octobre. 

Sous les tentes, pas de cuisine

Juste en face du Quai du maire Dietrich, devant le Palais Universitaire, les bénévoles de l'association "les compagnons de l'espoir" commencent à distribuer des repas, comme chaque dimanche d'octobre à juin. Et toujours plus de repas chaque année. "Nous en sommes à 260 repas par distribution, soit 100 de plus que l'an dernier" constate Nourdine Alouane, bénévole aux Compagnons de l'Espoir et à Agissons67. Chaque fois, on se demande comment on va y arriver, mais on finit par le faire. Cependant, on est obligés de rationner les dons, à quatre repas par famille maximum. Ceux qui vivent sous les tentes viennent nous voir, car évidemment, ils n'ont pas de cuisine."


Dans la file, il y a les SDF, les travailleurs précaires, les migrants, les réfugiés politiques ayant trouvé officiellement asile, mais toujours à la rue. Comme Adeiares Flores, jeune femme cubaine qui a entendu parler de cette distribution par hasard. " C'est une bonne chose, dit-elle, car quand on vit dans la rue, on doit s'alimenter pour pouvoir lutter contre le froid. Si on ne mange pas, on ne résiste pas." 

"Le problème, c'est qu'on a tendance à faire une fixette sur les sans-abris. Mais le problème, c'est celui du logement ", affirme Nourdine Alouane qui dénonce l'engorgement du système d'habitat social. Pas assez d'offres, du coup, ceux qui peuvent y prétendre se retrouvent dans les hébergements d'urgence. Et pour les autres, il ne reste plus que la rue.  

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