EN IMAGES. Un ancien tram de Strasbourg abandonné découvert par un photographe en forêt

Dans une forêt du Nord de l’Alsace, bien loin des sentiers battus, un tram abandonné trône au milieu des arbres. Le wagon, qui daterait du début du XXème siècle a été trouvé, le 30 octobre 2022, par le photographe Cédric Schell.

"Une véritable pièce d’art de l’ancien temps". C’est par ces mots que Cédric Schell, photographe professionnel depuis 2018, décrit sa découverte du 30 octobre. Alors qu’il s’aventure en forêt dans le Nord de l’Alsace afin de prendre des clichés pour l’Office de tourisme, il découvre un ancien tram de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) au beau milieu de la verdure. 

"Je me suis approché d’un étang qui était vraiment beau, et loin des sentiers de randonnée, et j’ai aperçu une lueur jaunâtre derrière", explique le photographe qui préfère ne pas dévoiler le lieu exact afin de préserver le tram. En s’approchant, il réalise que l’épave est extraordinairement bien conservée et décide de prendre plusieurs photos. "C’était une belle surprise, je ne savais pas ce que c’était réellement, car il n’y avait aucun panneau d’indication ou d’information", sourit-il. 

En rentrant chez lui, Cédric décide de publier un premier cliché sur sa page Facebook. Quelques heures plus tard, des centaines d’internautes commentent sa publication et certains lui indiquent qu’il s’agirait d’un ancien tram de la CTS datant des années 1870-1960. "Moi, je n’y connaissais rien au tram, c’est seulement après que j’ai pris conscience de la pièce d’art que je venais de prendre en photo", indique-t-il. Certains particuliers le contactent directement et lui expliquent que certains wagons seraient utilisés en forêt pour "observer les animaux". 

La bonne conservation de l’ancien tram provient certainement de la peinture qui a été refaite. "C’est une peinture jaune qui ne semble pas être d’origine", affirme le photographe, "Certains passionnés m’ont dit que d’autres wagons à l’abandon seraient aussi observables dans d’autres forêts près de Strasbourg". 

Une remorque datant de 1920 

La couleur a bien été modifiée entre temps, confirme Michaël Lehmann, passionné du rail et propriétaire du site web Strasbourg-Tramway. "La couleur d’origine était ivoire", précise-t-il. "C’est une chance d’en retrouver aujourd’hui, car la majorité des anciens trams strasbourgeois ont été détruits et brûlés dans les années 1960". L’arrivée de l’autobus va, en effet, modifier les services de mobilités de la capitale alsacienne.

La remorque, observable sur les photos de Cédric Schell, provient du constructeur allemand Herbrand et daterait de 1908. À cette époque, 11 lignes de trams circulaient à Strasbourg, dont la numéro 1 qui allait déjà jusqu’à Kehl Rathaus. Après la Première Guerre mondiale, le réseau de la CTS connaît un succès sans précédent jusqu’aux années 1930 avec 54,6 millions de personnes transportées par an, selon Michaël Lehmann.

Le wagon trouvé par le photographe a, lui, servi de remorques dès les années 1930, mais transportait aussi des voyageurs. "C’est une ancienne motrice qui a été transformée, car on n’y voit pas de phare. Des vitres ont aussi été ajoutées pour se protéger de la pluie", explique Serge Bleicher. Son père, Fernand Bleicher, était un passionné du tramway strasbourgeois et l’a pris en photo sous tous ses angles. Sa collection de clichés a d’ailleurs servi à l’exposition "En voiture ! 140 ans en CTS" qui est à retrouver en ligne sur le site des archives de l’Eurométropole.

Utilisés comme abris de chasse 

Alors que toutes ces motrices des années 1900 ont été détruites par la CTS, certains particuliers, qui avaient les moyens de les transporter, en ont "acheté pour un franc symbolique", selon Serge, "C’est donc courant d’en trouver dans les forêts alsaciennes". 

Installés bien loin des sentiers de randonnée, ces wagons servaient autrefois "aux chasseurs afin de se mettre à l’abri ou bien de se cacher", confirme-t-il, "C’est d’ailleurs pour cette raison que vous retrouvez parfois des autobus en pleine forêt". D'autres ne servent aujourd'hui qu'à observer les animaux ou encore à de l'exploration urbaine, nommé communément "urbex". 

Le modèle, photographié par Cédric Schell, ne "doit pas être changé de place sous peine que tout se détruise". En effet, la totalité du châssis a été retirée pour "être revendue", selon Serge. Il ne subsiste aujourd’hui que le bois abîmé par la pluie et les décennies passées à l’extérieur sans entretien. Une bien belle carrosserie qui rappelle que le tramway "a été, est et sera" une institution à Strasbourg.