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GCO - “Nous sommes joignables jour et nuit pour les grévistes de la faim”: six médecins se relaient auprès des militants

Grévistes de la faim anti-GCO sur le lieu de jeûne / © Document remis
Grévistes de la faim anti-GCO sur le lieu de jeûne / © Document remis

Six médecins se relaient bénévolement auprès des grévistes de la faim, engagés dans la lutte contre le projet de contournement autoroutier (GCO) de Strasbourg. Ils entament leur 24e jour de jeûne. Une des médecins témoigne.

 

Par Catherine Munsch

Ce mercredi 14 novembre 2018, ils ne sont plus que cinq sur les dix grévistes de la faim, présents au départ. Six médecins se relaient bénévolement auprès de ces hommes et femmes, engagés dans la lutte contre le projet de contournement autoroutier (GCO) de Strasbourg. La médecin généraliste Anny Zorn, à l’origine de la démarche, organise le suivi médical des grévistes avec des confrères. Certains font partie du collectif Strasbourg respire, lanceur alerte sur les risques de pollution sur la santé.

"Nous sommes joignables jour et nuit pour les grévistes de la faim explique Anny Zorn, et l'un d'entre nous va les voir et examiner chaque jour ou au maximum tous les deux jours. Nous les voyons individuellement et en groupe."


Les examens

"Nous les pesons, mesurons, prenons leur tension, leur pouls, mesurons leur IMC (indice de masse corporelle), faisons régulièrement un bilan sanguin, car les risques existent."

 

Les risques

"Leur corps perd en vitalité chaque jour, parce qu'ils n'ont plus d'apport énergétique. Ils peuvent faire des chutes de tension. Les quantités de fer, de potassium (sel) diminuent, ce qui peut entraîner des troubles du rythme cardiaque, qui peut devenir irrégulier et se mettre à fibriller. Ils peuvent avoir des crampes musculaires, et certains de leurs organes peuvent même se mettre au repos.

Pour les femmes notamment, le cycle hormonal est perturbé, au point où des pertes de sang peuvent survenir. Même les hommes peuvent avoir des hémorragies. L'un des grévistes, un homme de 78 ans, a arrêté sa grève de la faim sur nos recommandations. Nous ne pouvons forcer personne, mais ils sont à notre écoute et nous à la leur. Nous adaptons aussi les traitements pour ceux qui en prennent, car leur poids diminue et il faut changer les dosages."

Lettre des médecins qui suivent les grévistes de la faim anti-GCO / © CMunsch/France3Alsace
Lettre des médecins qui suivent les grévistes de la faim anti-GCO / © CMunsch/France3Alsace


Ils sont donc encore cinq ce 14 novembre 2018, sur dix grévistes de la faim au départ. Ceux qui ont interrompus le jeûne l’ont fait pour reprendre leur activité professionnelle ou pour raison de santé. Parmi eux, ceux qui en sont capables physiquement, continuent de venir soutenir leurs compagnons opposés au projet d’autoroute de contournement ouest de Strasbourg.
 


Le dernier à s’être arrêté, a été évacué par les pompiers, ce lundi 12 novembre, alors qu’il venait participer au «déshabillage» à côté de la préfecture pour dévoiler leurs corps amaigris.  Les six grévistes de la faim ont entrepris cette action pour prouver qu’ils ne faisaient pas semblant comme affirmé à la préfecture deux jours auparavant, en aparté à la députée LREM Martine Wonner.
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Si de tels propos remontent au président Macron, il est évident qu’il ne peut pas comprendre ce qui se passe vraiment sur le terrain.
 

En déplacement, la députée LREM Martine Wonner nous confirme son inquiétude pour l’état de santé des grévistes de la faim anti-GCO et sa stupéfaction quant aux propos que lui a tenus en aparté le secrétaire général de la préfecture, Yves Séguy. A l’occasion d’une cérémonie de remise de médaille à la préfecture du Bas-Rhin, samedi matin le 10 novembre, la députée LREM Martine Wonner, s’est ouverte au secrétaire général de la préfecture pour lui exprimer son inquiétude concernant la santé des grévistes de la faim qui ont cessé de s’alimenter le 22 octobre. «Il m’a dit que lui ne s’inquiète pas du tout, parce qu’ils ne feraient pas vraiment la grève de la faim, mais un tour de rôle.»

La députée, médecin de profession, se dit interloquée par ces paroles: "Si de tels propos remontent au président Macron, il est évident qu’il ne peut pas comprendre ce qui se passe vraiment sur le terrain."
 

"Un ton interrogatif"

Egalement joint par France 3, le secrétaire général de la préfecture Yves Séguy donne une version quelque peu différente de cet échange : "Cette rencontre avec la personne que vous évoquez [Martine Wonner, députée LREM, ndlr] était inopinée et l’entretien en aparté. Il ne devait appeler aucun commentaire, surtout entre deux personnes, actrices du territoire. J’ai pu, sur un ton interrogatif demander à mon interlocutrice ce qu’elle pensait des affirmations qui pouvaient circuler sur le fait que les grévistes de la faim faisaient un tour de rôle ou s’alimentaient la nuit. Je lui demandais son avis. J’étais interrogatif."

Et de poursuivre: "Ma seule intention était d’échanger sur la réalité de la situation, sur le niveau de mise en danger de ces personnes et comment sortir de la démarche. C’est là-dessus que je voulais échanger. Le coeur de métier du préfet et de ses services est de veiller à la sécurité de la population donc mon premier souci est de voir quel est le degré réel de danger et comment sortir de la situation. C’est le sens des actions que nous pouvons mener, en accord avec le projet voulu par le gouvernement et un certain nombre d’acteurs du territoire."

Le secrétaire général de la préfecture conclut: "Notre volonté est de communiquer. Nous avons pris contact avec la pasteure de l’église de Bischheim pour avoir son opinion sur la situation et trouver un moyen de médiation pour pouvoir discuter avec eux. Le préfet a demandé à ce que les services de santé, le Samu aille à leur rencontre. Il s’est vu barrer l’entrée par des personnes sur place.
Je souhaite les rencontrer dans une volonté de dialogue. Ne déconstruisons pas les efforts afin que nul ne soit en danger. S’il y a moyen de discuter, notre porte est ouverte. 
»
 

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