A Holtzheim, la cérémonie du 11 Novembre se veut plus respectueuse de l'histoire alsacienne

Une précédente cérémonie du 11 novembre à Holtzheim (Bas-Rhin). / © Document remis
Une précédente cérémonie du 11 novembre à Holtzheim (Bas-Rhin). / © Document remis

Comme partout en France, ce 11 Novembre, la ville de Holtzheim commémorera l'armistice de 1918. Mais en rappelant que durant la Première Guerre mondiale, les soldats alsaciens et mosellans ont combattu sous bannière allemande. 
 

Par Sabine Pfeiffer

Chaque 11 Novembre, date anniversaire de l'armistice de 1918, toute la France rend hommage aux combattants de la Grande Guerre, les "poilus". Seul petit hic : à l'époque, en Alsace-Moselle, les 380.000 soldats engagés dans ce conflit, et dont 50.000 n'en sont pas revenus, étaient des "Feldgrauen", autrement dit des soldats allemands. En effet, depuis 1871 et jusqu'en 1918, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle étaient rattachés à l'Allemagne. Lors du premier conflit mondial, les Alsaciens-Mosellans ont donc tout à fait logiquement combattu dans l'armée impériale du "Kaiser".

Or le cérémoniel proposé par le ministère des Armées pour honorer les soldats de la Grande Guerre ne tient pas compte de ce particularisme. Dans toutes les communes de France, il est demandé aux maires de rendre hommage aux "poilus", devant le monument dédié aux soldats "morts pour la France".
 

"Être cohérents avec la vraie histoire"

Mais depuis quelques années, en Alsace, des voix s'élèvent pour demander, ou employer, un mode d'expression plus respectueux de la grande et de la petite histoire. Ainsi Pia Imbs, maire (sans étiquette) de la commune bas-rhinoise de Holtzheim qui propose depuis son élection en 2014 une commémoration de l'armistice plus conforme à "la réalité de l'histoire locale des Holtzheimois."

Les habitants de la commune ont rassemblé des lettres de leurs aïeux, grands-pères ou arrière-grands-pères qui avaient été soldats en 1914-18. Certaines de ces lettres - traduites en français, bien sûr - et non celles de "poilus", sont désormais lues chaque année devant le monument aux morts. Une commémoration plus conforme à "la véritable histoire, vécue par les gens".

Cette année, durant la cérémonie, retentira aussi le chant si souvent entonné par les soldats allemands durant la Première guerre, "Ich hatt' einen Kameraden" (J'avais un camarade). Peut-être même en présence de deux personnes en uniforme, l'un de "poilu", l'autre de "Feldgrau". Et comme chaque année, le discours de Pia Imbs sera avant tout "un appel à la paix".

"S’il est un devoir auquel nous ne pouvons pas déroger, nous, Alsaciens, ajoute la maire de Holtzheim pour bien expliquer sa démarche, c’est d’éteindre les braises des nationalismes par l’affirmation de notre double culture, de notre double identité qui constituent une richesse, parce qu’elle puise aux sources de deux grandes nations." 

Ce type de cérémonie fait écho à l'appel de la jeune association Unsri Gschicht (notre histoire), qui estime que lire des lettres de "poilus" durant les cérémonies du 11 novembre en Alsace-Moselle est "incongru" car "inadapté à la réalité vécue par nos aïeux." Par un communiqué, l'association invite les maires des trois départements concernés "à organiser dans leurs communes une commémoration " plus respectueuse "de l'histoire singulière de l'Alsace et de la Moselle".
 

"Dans cette guerre épouvantable entre eux et nous , nous étions eux…"

Le 5 septembre, l'association Unsri Gschicht a également écrit au président de la République, Emmanuel Macron, afin de lui demander que durant ces cérémonies du 11 novembre, "soit prise en compte la spécificité historique de l'Alsace et de la Moselle"… Un courrier resté sans réponse pour l'instant.

Une demande similaire, adressée à la secrétaire d'Etat auprès du ministère des Armées, Geneviève Darrieussecq, avait déjà été faite en 2018 par le député-maire de Molsheim, Laurent Furst (Les Républicains), soutenu dans cette démarche par une tribune signée par une centaine de personnalités alsaciennes et mosellanes.

Car, Pia Imbs tient à le préciser, elle n'est de loin pas la seule élue sensible à rétablir la vérité historique durant la commémoration de l'armistice. Plusieurs de ses collègues privilégient, eux aussi, depuis des années, "une expression plus locale" pour rendre hommage aux soldats de la grande guerre.

Comme les années précédentes, à Holtzheim, la commémoration de l'armistice, ce lundi 11 novembre 2019 à 11h, devrait réunir près de 200 habitants de la commune, dont de nombreux enfants. Un succès qui, pour Madame le maire, s'explique très simplement : "C'est une cérémonie qui parle au cœur des gens."
 

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