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“Il était hors de question qu’Elisabeth soit partie pour rien” témoigne la famille d’une victime de violences conjugales

Elisabeth Knobloch-Jung a été assassinée en juin 2014 par son ex-compagnon, condamné par le passé pour violences conjugales. / © France 3 Alsace
Elisabeth Knobloch-Jung a été assassinée en juin 2014 par son ex-compagnon, condamné par le passé pour violences conjugales. / © France 3 Alsace

Elisabeth Knobloch-Jung est décédée en 2014, assassinée par son ex-conjoint. A la suite de ce drame, sa famille a créé l’association Les foulées du sourire, pour venir en aide à toutes les victimes de violences conjugales. Rencontre.
 

Par Marie Coulon

Lorsque Patricia Legrand et son mari Régis nous reçoivent, la tension est palpable. Il faut dire que le couple installé à Wittisheim, dans le Bas-Rhin, s’apprête à évoquer un souvenir douloureux, la disparition de leur sœur et belle-sœur. Sur la grande table du salon, une photo révèle un visage radieux, flanqué d’un large sourire. C’est Elisabeth. Derrière ses yeux pétillants, impossible de détecter une quelconque souffrance. Et pourtant. Pendant des années, cette cadre bancaire, mère de deux enfants, a été victime de violences physiques et morales de la part de son ex-conjoint. Sans jamais se confier à ses proches.

"Elle était très discrète. Quand on vit dans ce genre de relation on vit une emprise. Ça passe par le silence, par des sujets tabous. Mais on ressentait bien qu’il y avait quelque chose qui n’était pas serein chez elle. C’est comme si elle vivait dans une espèce de bulle, une cage dorée" se remémore Patricia. En août 2008, après essuyé des coups, Elisabeth s’est décidée à partir, pour trouver refuge chez des amis. Après avoir hésité, elle a également trouvé la force de porter plainte. Condamné à trois mois de prison avec sursis, son conjoint a alors du mal à accepter l’idée d’un divorce.
 

"Un tir l’a atteint au thorax"

"Ma sœur en avait peur, ses enfants aussi. Mais de là à ce que ça aille jusqu’à l’assassinat, clairement on ne s’y attendait pas." Le drame est survenu un 22 juin, au lendemain de la fête de la musique. "C’était un dimanche soir, un coup de fil tard. J’ai tout de suite senti que c’était grave" se souvient à son tour Régis, la voix étranglée. Impossible pour lui de se confier davantage sans serrer la main de sa femme.

Ce jour-là, Elisabeth était chez elle, entourée de sa fille et de son nouveau compagnon. Elle préparait le repas, lorsqu’un tir l’a atteint au thorax. Son ex-conjoint, amateur d’armes, s’était posté en retrait du domicile. Très rapidement, l’alerte est donnée, les proches sont prévenus. "Pour moi ma sœur était indestructible, elle ne pouvait pas en décéder. On allait la sauver. Je l’ai toujours vu comme ça. J’ai grandi sous son aile, elle ne pouvait pas partir. Jusqu’à ce qu’on nous annonce qu’elle est partie. On avait l’impression d’être dans un monde parallèle" confie Patricia. 
 


Très vite, sa famille fait bloc autour des enfants, Marie, encore mineure, et David, qui trouveront finalement refuge chez les Legrand. "On se demandait quel message on allait laisser aux enfants. Est-ce qu’on allait rester le genou à terre ? Est-ce qu’on allait rebondir ? On a choisi de montrer le positif. De montrer que la vie ce n’est pas ça. Que la relation de couple peut être très belle".
 

"Avec une femme tuée tous les trois jours en France, on ne peut pas rester les bras croisés"

Passé le temps de la colère, du deuil, et du procès, au terme duquel l’assassin a écopé de 25 ans de prison, Régis et Patricia, ont décidé de créer une association d’aide aux victimes. Les foulées du sourire. Deux ans d’existence, et déjà "une grande satisfaction". "Pour moi, c’était impossible qu’Elisabeth parte pour rien" insiste Patricia. "Avec une femme tuée tous les trois jours en France, on ne peut pas rester les bras croisés. On s’est dit qu’on pouvait faire quelque chose pour que d’autres personnes aient la chance de s’en sortir", renchérit Régis.

Soudé, solide, humble, le couple souhaite devenir un relais pour les victimes, peu importe le profil, peu importe leur localisation. "La violence touche tous les milieux, elle n’a pas de frontière. Elle n’existe pas que dans les grandes villes" explique-t-il.

Grâce au ralliement d’une bénévole, Joëlle, Régis et Patricia ont mis en place une permanence téléphonique qui assure aux appelants un point d’entrée unique où tous les contacts leur seront donnés, en fonction des profils et des situations. Ils offrent aussi un coup de pouce financier aux femmes et aux hommes violentés qui seraient dans l’incapacité de quitter leur domicile faute de ressources financières. "C’est le coup de pouce de l’urgence. Il ne faut pas que le manque de ressources empêche de partir. C’est de la violence économique", explique encore Régis.
 

Laëtitia Schmitt était équipée d’un téléphone grand danger

Désormais, la famille entend poursuivre son combat sur un autre terrain. Le terrain juridique. Ils se sont ralliés à une autre famille endeuillée. Celle de Laëtitia​​​​​​​ Schmitt, elle aussi assassinée par son ex-compagnon, en juin 2018. "Nous comptons nous battre ensemble pour améliorer la  protection des victimes. Laëtitia avait une ordonnance de protection, son mari avait interdiction de se rapprocher d’elle, elle était équipée d’un téléphone grand danger, et pourtant elle a été attaquée. On se pose des questions. On se demande par exemple pourquoi il n’avait pas un bracelet électronique ? Ou un dispositif qui laisse le temps aux policiers d’agir. Qu’est-ce qu’on peut faire pour que ça fonctionne encore mieux ?" C’est à cette question que Les foulées du sourire entend apporter des réponses. Elle s’adressera bientôt au gouvernement pour se faire entendre.
 

En attendant, l’action se poursuit concrètement, auprès des victimes. Elles sont une dizaine à avoir déjà bénéficié de l’aide de l’association, qui lance un appel à toutes les formes de soutien (don, mécénat…).
 

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