INSOLITE. De la pole dance dans un temple protestant strasbourgeois, Oh my god !

Les 29 et 30 mars prochains, la paroisse St-Guillaume de Strasbourg organise un événement exceptionnel, une première française n'ayons pas peur des mots : de la danse aérienne et de la pole dance en plein chœur du temple. Bach et Pergolèse en bande son. Sacré programme.

Décidément, pour se rapprocher de son créateur, l'homme est prêt à toutes les contorsions. Et en cela, Vincent Grobelny est un virtuose. Le circassien s'envolera à 7m de hauteur sous la nef du temple St-Guillaume de Strasbourg (Bas-Rhin) lors d'une performance inédite. Danse, acrobaties et même Pole Danse sur le monument de Pergolèse, le Stabat Mater. Sacrilège ? Non. Bénédiction. 

Barre de fer et médaille d'or

Vincent Grobelny a 25 ans de gymnastique dans les bras. Fort et souple, tel le roseau il s'est adapté à toutes les facettes de cette discipline. Libération des corps et des esprits. En 2014, il commence la pole dance, discipline encore peu connue en France.

La pole dance est un art à part entière

Vincent Grobelny, danseur, circassien

Souvent associé dans l'imaginaire collectif aux perruques clinquantes, seins nus et poses suggestives, le pole dance peut être tout autre chose. Une révélation. "C'est une discipline très riche, très complète qui requiert rigueur et efforts. Elle joue sur plusieurs niveaux, selon chacun : renforcement musculaire, souplesse ou figures artistiques. Moi, j'ai commencé par des cours collectifs et puis je ne me suis plus jamais arrêté. Je veux casser les clichés, il nous faut donc replacer la musique classique dans le 21e siècle.

A force de se frotter à la barre de fer, Vincent a obtenu de l'or. Champion d'Europe de Pole Dance en 2017, champion de France en 2018, le circassien, originaire de Mulhouse, a mis une étoile de plus sur sa piste. "Danses aériennes, cerceaux, rubans, pole danse, toutes ces danses ont une place dans mes spectacles, elles sont complémentaires." 

Stabat Mater et grand écart

Tant et si bien que, sous l'impulsion de Cyril Pallaud, programmateur artistique de la paroisse St-Guillaume, lieu de culte et de culture strasbourgeois, Vincent viendra bientôt virevolter et transpirer sur Bach et Pergolèse.

"Cela fait longtemps que ça me trotte dans la tête. La danse dans l'église sous forme de tableaux. Pas forcément de la pole dance mais quand j'ai revu Vincent, l'idée s'est tout de suite imposée" explique Cyril.  

De quoi bousculer passablement la liturgie. Pas les habitudes de St-Guillaume. Cette dernière est coutumière des happenings et fait preuve d'une grande ouverture de (Saint) Esprit. Antenne inclusive pour les minorités sexuelles, elle est aussi connue pour ses évènements disons décalés : spectacle de Drag-queen, projection du film l'Exorciste, ou encore Escape Game. 

St Guillaume l'affiche : elle veut rajeunir son public, décloisonner les arts et les esprits. "En musique classique, nous avons à Strasbourg, c'est vrai un public de très grande qualité. Vieillissant. Il nous faut donc replacer la musique classique dans le 21 siècle. Si on veut intéresser la nouvelle génération à la musique classique il faut lui parler avec des codes qu'elle comprend. Pareil pour les églises, plongée dans la cité, qui doivent être ouvertes sur le monde. Oui ici, on casse des barrières. On prend des risques, on assume quitte à déplaire" poursuit ce dernier. 

Il nous faut donc replacer la musique classique dans le 21 siècle.

Cyril Pallaud, programmateur paroisse St-Guillaume

Une audace qui a tout de suite parlé à Vincent Grobelny. "J'étais en fac d'histoire avec Cyril puis nous avons pris deux chemins très différents. Quand il m'a soumis le projet, j'ai tout de suite accepté. Nous allons ainsi toucher un public différent qui ne connait peut-être pas encore ces disciplines. Nous allons interpeller, émouvoir aussi j'espère. Changer l'image de la pole dance sûrement. Sans compter le cadre de la performance qui est juste sublime." Pour ne pas dire divin. 

Rajeunir et décloisonner

Programmé les 29 et 30 mars prochains, le spectacle est composé de trois moments distincts. Un premier tableau en noir et blanc où, de son ruban suspendu à 7 mètres, Vincent "dansera" sur la Passacaille en ut mineur de Bach. Puis viendra l'air du génie du Froid de Purcell. Et enfin, telle une représentation moderne du Golgotha, le cerceau et la barre de Pole Dance où le danseur accompagné, à ses pieds, de deux solistes rejouera la passion du Christ. Une soirée mortelle. 

Vincent sera accompagné dans son élévation par deux voix d'ange donc. La soprano italienne Francesca Sorteni et une contre-alto, française, Myriam Djemaud. Cyril Pallaud, lui, assurera l'orgue. En plus de tout le reste. 

"Nous avons fait appel aux antiquaires Bastian de Strasbourg pour le décor. Ils nous ont prêté des colonnes ioniques. Nous avons pensé à tout" précise Cyril, également truquiste et metteur en scène. 

"Ce sera une vraie expérience, une grande première et forcément un essai. En tous cas quelque chose de fort. On va voir comment réagit le public. En fonction, oui, nous pourrions envisager d'autres dates, ailleurs peut-être ou même d'autres spectacles de ce genre" conclut le danseur.

Ce sera une vraie expérience, une grande première et forcément un essai.

Vincent Grobelny

En attendant, un petit miracle a déjà eu lieu. 400 places sur 1000 ont été réservées. "80 d'entre elles le sont par des moins de 26 ans. C'est prodigieux. Il y aura là des papis, des mamies, des jeunes, des mélomanes ou des néophytes qui vont se rencontrer, je ne sais pas ce que ça va donner mais ce sera à coup sûr enrichissant" s'enthousiasme le programmateur. Une communion au temple, rien de plus logique finalement.