INSOLITE. Un bunker sous les Halles à Strasbourg, France 3 Alsace l’avait visité… en pleine guerre froide

Un ancien hôpital souterrain de la seconde guerre mondiale, fermé au public, se dissimule près de la Place des Halles à Strasbourg. France 3 Alsace y avait tourné un reportage il y a quarante ans, en pleine guerre froide.

Nos confrères des Dernières Nouvelles d’Alsace en parlaient le 22 avril dernier : "un ancien hôpital souterrain", abri de la défense passive durant la seconde guerre mondiale, dans le secteur du centre commercial de la Place des Halles. Un lieu insolite, qu’ils ont eu la chance de pouvoir visiter lors d’une récente inspection menée par les services de l’Eurométropole.

Pour y découvrir que cette grande structure de béton aménagée sous terre, destinée "aux premiers soins pour blessés et gazés", et restée dans son jus durant des décennies, avait subi ces dernières années d’importantes dégradations suite à l’intrusion de squatteurs qui l’ont abondamment taguée.

D’ailleurs, plus que jamais, la Ville veut en interdire l’accès. Deux des trois entrées existantes ont été récemment comblées, et la dernière, soudée, est uniquement accessible aux rares personnes dûment autorisées.

Un reportage de 1984

Raison pour laquelle, concurrence journalistique oblige, les équipes de France 3 Alsace ont ressenti une petite piqûre de jalousie. Et fouillé dans leur mémoire collective pour retrouver si un jour, à tout hasard, une caméra de la télé régionale n’avait pas, elle aussi, exploré cet ancien poste de secours méconnu.

Mais aucun membre de la rédaction actuelle n’en avait gardé le souvenir. Et pour cause. Car à force de ténacité, les documentalistes vidéo ont fini par exhumer un reportage de près de quatre minutes, attestant qu’un binôme journalistique parti de la place de Bordeaux avait bel et bien visité les lieux. Mais c’était en octobre… 1984, voici presque quarante ans. Un petit bijou dans son genre, du journalisme comme on n'en fait plus.

À l’époque, on était encore en pleine guerre froide, avec la crainte d’un conflit nucléaire imminent. Une directive gouvernementale avait demandé aux préfectures de recenser les lieux susceptibles d’être aménagés en abris antiatomiques, et cet hôpital souterrain faisait partie de la liste.   

"Jamais plus, et pourtant, il faut s’y préparer. Il faut penser l’attaque, la défense, la protection civile. Il faut se préparer à plonger sous la terre, à y vivre le mieux possible et le plus longtemps possible" commentait, lyrique, le journaliste Paul Kobisch, sur une musique anxiogène qui entraînait le téléspectateur dans les entrailles de la terre.

Les images, en caméra subjective, avançaient le long de couloirs obscurs et de portes ouvrant sur de vastes espaces agencés autour d’une grande salle d’opération de forme circulaire. De-ci, de-là, des équipements intacts : lavabos, robinets sur des murs carrelés, radiateurs, extracteurs d’air et tuyaux divers.

Des injonctions peintes sur les murs

Pourtant, l’esthétique déroutante des lieux ne semblait nullement inspirer notre ancien collègue. Toute son attention semblait monopolisée par l’éventuel futur réusage du site : "On a déjà fait un tel raisonnement il y a 45 ans", poursuivait sa prose. "Alors, lorsque les sirènes se mettront à hurler, pourquoi ne pas utiliser par exemple ce qui fut construit ici."

Les images permettaient aussi d’entrevoir des injonctions en allemand, peintes en noir sur les murs clairs : "Ruhe" (Silence), "Rauchen verboten" (Défense de fumer), "Augen spülen, Nase duschen, gurgeln, einnehmen" (Rincer les yeux, doucher le nez, gargariser, ingérer). Ou encore le truculent : "15 Sekunden duschen, 5 Minuten Körper einseifen, 45 Sekunden abspülen" (se doucher 15 secondes, savonner le corps 5 minutes, rincer 45 secondes). 

Des ordres et une langue qui expliquent vraisemblablement l’erreur de notre collègue de 1984, lorsqu’il affirmait que le lieu avait été "construit par les Allemands" durant la seconde guerre mondiale. Car en réalité, le projet du site ainsi que sa réalisation remontent à plusieurs années avant le début du conflit.

À cette période, la Ville voulait créer à titre préventif des abris antiaériens, permettant de mettre la population à l’abri d'éventuels futurs bombardements et attaques au gaz. Et les plans de cet hôpital sous-terrain sont de la main de Paul Dopff, architecte en chef de la ville de Strasbourg dès 1928. Mais il est clair qu’après 1940, l’endroit a bel et bien été réinvesti par les nazis.

"Solides et capables de soutenir le choc atomique, ces caves ne sont pas uniques" poursuivait encore Paul Kobisch dans son commentaire. "Beaucoup d’immeubles en possèdent." Effectivement, de 1938 à 1939, la Ville avait encore aménagé d’autres abris souterrains en de nombreux autres lieux, dont plusieurs bâtiments municipaux.

D’ailleurs, à quelques pas du centre commercial de la Place des Halles, sous l’immeuble du 4 quai de Paris, se trouve un autre bunker antiaérien, cette fois bel et bien construit par les Allemands. Et en bien meilleur état que l’hôpital sous-terrain. Car, rénové dans les années 1990, il sert de lieu de stockage pour des archives.

Pour des questions de droit, il n'est pas possible d'exposer la vidéo du reportage de 1984, car elle est propriété de l'INA (Institut national de l'audiovisuel). 

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