Strasbourg : le TNS reste occupé, la colère gronde chez les intermittents malgré le prolongement de l'année blanche

Mardi 11 mai 2021, le gouvernement a annoncé la prolongation de l’année blanche jusqu’à la fin de l’année pour les intermittents du spectacle qui tablaient plutôt sur août 2022. Les étudiants du Théâtre national de Strasbourg poursuivront l’occupation malgré la reprise.

Le TNS, Théâtre National de Strasbourg, occupé par ses étudiants depuis le 9 mars 2021.
Le TNS, Théâtre National de Strasbourg, occupé par ses étudiants depuis le 9 mars 2021. © © Gulliver

Les intermittents du spectacle, privés de leurs cachets en raison de la crise sanitaire, bénéficieront d'une prolongation de quatre mois de leur indemnisation chômage, ont annoncé mardi 11 mai 2021, les ministères de la Culture et du Travail.

"L'année blanche", avait été décidée en mai 2020 par le chef de l'Etat et devait prendre fin le 31 août 2021. Les principaux concernés demandaient son maintien jusqu’en août 2022, en raison des incertitudes persistantes liées à la pandémie. La disposition est donc loin de faire l’unanimité dans une bulle de l’intermittence prête à imploser, comptant quelques 1500 membres en Alsace.  

"On voulait une deuxième année blanche, on a que la moitié", réagit Ivan, étudiant au Théâtre national de Strasbourg, l’un des premiers à avoir occupé l’institution le 9 mars dernier pour demander la réouverture au plus vite des lieux de culture. "Les problèmes dans la profession sont à venir pour les trois prochaines années au moins, notamment pour ceux qui y entrent. Il faut penser sur le long terme", ajoute-t-il.

"Cette prolongation de quelques mois ne règle absolument rien. On attend toujours un vrai plan de relance et de soutien à l’emploi. Nous sommes un secteur qui pèse plus que l’automobile dans le PIB, on est en droit d’attendre plus de considération", s’indigne de son côté Daniel Muringer, représentant mulhousien du syndicat français des artistes interprète CGT.

Pour l’après 2021, le gouvernement prévoit la mise en place de mesures d'aides pour accompagner la reprise d'activité des quelque 120.000 professionnels du spectacle vivant français.  Des mesures, qui "vont permettre à ceux qui, faute de périodes travaillées suffisantes, ne parviendraient pas à renouveler leurs droits à allocations de bénéficier de l'accès à une indemnité pendant toute l'année 2022", précisent les ministères dans un communiqué commun.

A ce dispositif s'ajoutent deux volets, dont un dédié aux jeunes. Pour obtenir l'assurance chômage, les intermittents doivent avoir travaillé 507 heures sur douze mois. Pour les moins de 30 ans, ce seuil va être abaissé temporairement à 338 heures. Là encore, c’est la douche froide.

"On s’attendait à mieux. On demandait un abaissement à 250 et sans conditions d’âge. Ces annonces vont amplifier les inégalités", conteste Daniel Muringer.

Dans un communiqué, la CGT spectacle a salué la prolongation de "premier pas" mais estimé qu'elle allait provoquer une "nouvelle baisse d'indemnisation pour celles et ceux qui n'auront pas ou très peu travaillé du fait des interdictions depuis mars 2020". Elle a appelé à la poursuite du mouvement d'"occupation" des théâtres, parti le 4 mars du Théâtre de l'Odéon et qui a essaimé depuis dans une centaine de salles à travers la France.

L'occupation du TNS prolongée

"Demain, autour du 19 mai les théâtres et les salles, "vos" théâtres et "vos" salles - vont rouvrir, dans des conditions très partielles et dégradées. Cette ouverture devra s’adapter à beaucoup de contraintes d’ordre sanitaire. Mais elle devra aussi s’adapter à l’existence d’un mouvement social qui va perdurer aussi longtemps que le gouvernement y restera sourd", a également écrit l’organisation syndicale dans une tribune diffusée le 10 mai 2021.

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Outre une deuxième année blanche, étudiants, professionnels et syndicats ont une autre doléance sur laquelle ils n’entendent pas céder : le retrait de la réforme de l'assurance chômage qui entrera en vigueur le 1er juillet et qui menace de diminuer les allocations mensuelles.

"Ce n’est pas lié directement au milieu du spectacle mais c’est l’une de nos revendications principales", reprend Ivan. Certes, ce mercredi 12 mai, Elisabeth Borne, la ministre du Travail, a annoncé que le mode de calcul des indemnités chômage serait modifié, mais "est-ce que c’est pertinent d’effectuer cette réforme en temps de crise ? Je ne pense pas", poursuit le jeune homme plus que jamais mobilisé.

A Strasbourg, il indique que l’occupation du TNS a déjà été votée. Pour l’heure moins d’une trentaine d’étudiants et d’intermittents dorment encore quotidiennement dans le théâtre, rejoints par des élèves du conservatoire et des facultés. Des dialogues seraient en cours entre la direction et les occupants pour trouver une façon de maintenir l’action tout en reprenant les spectacles. "On va voir comment ça va se passer".

Une reprise en demi-teinte

Pour sa réouverture, le TNS annonce lui de "nombreuses activités pour ce temps des retrouvailles". Egalement au menu, trois spectacles reportés dont Mithridate de Racine, programmé le 31 mai. Une "délivrance" malgré tout placée sous le signe de la contestation et de l’inquiétude, comme pour les autres lieux de culture.

"Qui va vraiment reprendre?" s'interroge Daniel Muringer. "Ceux qui ont suffisamment de trésorerie pour fonctionner avec des petites jauges, sans doute. Mais la plupart des lieux n'ouvriront pas", prophétise-t-il. "La plupart des artistes et techniciens ne travailleront pas avant un bon bout de temps. D'autant plus que tout ce qui a été déprogrammé depuis le début de la crise et reporté passera d'abord. Donc il n'y aura pas de nouvelles créations. Entre temps, beaucoup de gens, et c'est déjà le cas, abandonneront leur métier. On a vu un chanteur lyrique obligé de faire des livraisons à vélo pour vivre, un professeur de musique employé dans un EHPAD", confie-t-il encore

Au temps du soulagement de la reprise s'ajoute donc celui de la méfiance pour le secteur culturel, déjà fortement impacté par la pandémie. 

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