JO 2024 : de l'Éthiopie à Paris, le destin olympique de Farida Abaroge, réfugiée politique qui participera au 1 500 mètres

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C'est officiel depuis ce jeudi 2 mai. Arrivée en Alsace en 2017 après avoir fui son pays où elle était persécutée, l'Ethiopienne Farida Abaroge va participer à l'épreuve du 1 500 mètres des Jeux olympiques de Paris dans l'équipe des réfugiés. Rencontre avec une femme au destin hors du commun.

Il suffit d'évoquer les Jeux de Paris pour que son sourire illumine son visage, elle qui dans sa vie a bien plus souvent eu de raisons de pleurer. Les JO, Farida Abaroge y sera, sélectionnée par le comité international olympique pour faire partie de la délégation des réfugiés politiques, qui défilera et concourra sous la bannière olympique.

"Un rêve".  Lorsque le mot est prononcé, avec délectation, par la jeune Ethiopienne de 30 ans, il n'est pas galvaudé. Car le chemin qui l'a mené de son pays des hauts plateaux africains, où elle est née en 1994, à l'Alsace et l'athlétisme de haut-niveau, est long. Très long.

Farida Abaroge est issue d'une minorité persécutée en Ethiopie. Alors, en 2016, à l'âge de 22 ans, elle fuit. Mais ne trouve refuge ni au Soudan, ni en Egypte et en Libye, où elle sera même emprisonnée. Un an d'errance, de souffrance. Elle envoie des demandes d'asile politique partout dans le monde. Et c'est la France qui la première offre de l'accueillir.

Elle arrive alors directement au centre d'accueil des réfugiés de Thal-Marmoutier, dans le nord de l'Alsace. Pour l'aider à reprendre pied, on lui demande ce qu'elle a envie de faire. Courir, répond-elle. "J'ai toujours été sportive, mais en Ethiopie, je faisais du karaté, se souvient la jeune femme, qui ne livre ses souvenirs de là-bas qu'avec une grande pudeur. Je n'avais jamais fait de course à pied, mais je savais au fond de moi qu'un jour, j'y viendrais. Et là, c'était le bon moment, je le sentais."

La course à pied comme la quête d'une liberté à retrouver, d'une nouvelle vie à construire. L'association qui s'occupe d'elle lui fournit des baskets, et l'emmène au club d'athlétisme de Saverne. La débutante, venue de ce pays où les coureurs sont rois, s'avère très vite douée. Et particulièrement motivée.

Jalousies et difficile intégration

Alors, elle s'établit à Strasbourg, pour mieux s'entraîner, trouver une structure dans laquelle progresser. Ce sera d'abord le grand club strasbourgeois de la S2A, Strasbourg Agglomération Athlétisme. Les progrès sont rapides et les premières courses disputées prometteuses. Mais amères, dans un milieu ultra-concurrentiel. "Il y a eu des jalousies, des coups bas, quand j'ai commencé à progresser, affirme la jeune femme. Je ne parlais pas la langue, je n'ai pas la même culture... Je ne pouvais pas comprendre, ni me défendre, ça a été très difficile."

L'intégration par le sport, pas toujours une réalité. Au point que Farida est prête à renoncer. Mais en 2020, alors que le Covid vient alourdir encore un peu plus son quotidien de réfugiée déracinée, elle se dirige vers l'AS Strasbourg. La rencontre avec son président Matthieu Puech, et son entraîneur Gérard Muller, vont changer sa vie.

Le club qui va changer sa vie

Les deux hommes la prennent sous leur aile. Elle avait déjà appris le français, trouvé un travail dans une entreprise de services et trouvé un appartement. Elle redouble de motivation pour la course à pied. "C'est le plus grand plaisir pour moi, ma priorité par-dessus tout. Avant le travail, je m'entraîne, après aussi."

Et les efforts payent. "Elle a des qualités naturelles qui font que sa technique est très bonne, estime son entraîneur. Et elle est très sérieuse à l'entraînement, une hygiène de vie impeccable. C'est une personne très agréable à entraîner... Avec une grande capacité à encaisser les efforts, à l'entraînement comme en course ! Il faut juste la pousser parfois à se reposer..."

Le repos, elle y pensera peut-être plus tard. Car ses objectifs ont depuis quelques mois évolué. Et son destin encore bouleversé, cette fois dans le bon sens. C'est presque par hasard qu'à l'automne 2023, le président du club entend parler d'une équipe olympique des réfugiés, soutenue depuis les Jeux de Rio en 2016 par le CIO. Elle comprend quelque 70 athlètes, partout dans le monde, dont une partie est sélectionnée pour participer aux épreuves olympiques. Matthieu Puech soumet la candidature de Farida : en janvier, elle est acceptée.

Concrètement, l'athlète perçoit une bourse d'aide. Elle peut aussi intégrer la sélection des réfugiés de la fédération internationale d'athlétisme et participe en avril aux mondiaux de cross, à Belgrade, en Serbie, après une 12ᵉ place au championnat de France.

L'équipe des réfugiés, pour moi, c'est comme une famille. Je n'ai plus de pays, plus de famille, alors c'est très important d'en faire partie

Farida Abaroge, sélectionnée pour les Jeux de Paris

Elle espère un jour obtenir la nationalité française. Mais courir aux JO pour l'équipe des réfugiés a changé sa destinée.

Sur la piste à Paris le 6 août

"Depuis qu'elle a intégré le programme, je l'ai vue évoluer : elle s'est ouverte aux autres, elle parle plus, elle sourit, et pour moi, c'est la plus belle des récompenses, avance le président de l'AS Strasbourg. Les réfugiés souffrent souvent d'une image négative, alors que ce sont juste des gens qui sont des victimes dans leur pays. L'olympisme, c'est aussi et surtout cela : rendre possibles de belles histoires."

Et le plus beau reste à venir. Ce jeudi 2 mai, Farida a eu confirmation de sa sélection pour les JO. Le 26 juillet, elle défilera avec les autres athlètes réfugiés de la délégation sur la Seine derrière le drapeau portant les anneaux olympiques. Et le 6 août, elle sera sur la piste du Stade de France, pour les séries du 1 500 mètres. Avec l'envie de bien figurer, même si elle reste loin des meilleures performances mondiales (le record du monde, détenu par la Kényane Faith Kipyegon, est établi à 3 min 49 s 11, NDLR). "Elle, elle vise les 4'10 au chrono, sourit son coach. C'est très ambitieux... Les 4'15, je les envisage en tout cas, car elle m'impressionne de volonté."

"Tout est allé tellement vite que je ne crois même pas que c'est la réalité, avoue l'athlète. Même lorsque j'y serai, je ne suis pas sûre que je réaliserai que d'y être n'est plus seulement un rêve." Le mot, définitivement, n'est dans sa bouche pas galvaudé : vous avez maintenant compris pourquoi.

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