"Un dénigrement insupportable", pourquoi Le Gaulois assigne L214 en justice après sa campagne de réétiquetage

L'entreprise LDC, qui vend sous la marque Le Gaulois, a assigné en justice L214 ce mardi 20 février à Strasbourg. Le géant de l'agroalimentaire, numéro 1 du poulet en France, reproche à l'association une campagne de "dénigrement" menée dans tout le pays la semaine dernière.

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L'initiative n'a visiblement pas été du goût de tout le monde. LDC, leader de la volaille en France et propriétaire des marques Le Gaulois, Loué ou encore Marie, a assigné en justice l'association L214 pour "dénigrement". Le jugement a eu lieu ce mardi 20 février au tribunal de Strasbourg, ville où est domicilié le siège du groupe de défense des animaux. 

LDC dénonce la campagne menée par L214 la semaine dernière et notamment son opération de "réétiquetage". Jeudi 15 février, une cinquantaine d’activistes de l'association, rejoints par l’animateur Nagui, avaient exposé le corps de 44 poulets issus d’un élevage de la marque Le Gaulois sur l’esplanade du Trocadéro à Paris.

L'opération, très médiatisée, s'était suivie d'une distribution de stickers qui dénonçaient les conditions d'élevage des volailles de la marque. Plusieurs actions de "réétiquetages" avaient été menées dans plusieurs grandes surfaces du pays, dont une à Strasbourg. Les stickers avaient été collés sur les barquettes de poulet Le Gaulois. "L’idée n’était pas d’abîmer le produit mais de montrer la réalité des choses", explique L214.

Une campagne qui va "au-delà du cadre légal" selon LDC

Représentée par son avocat, Antoine de Brosses, la société LDC dresse plusieurs accusations à l'encontre de l'association L214, lors d'une audience au tribunal de Strasbourg, mardi 20 février. L'entreprise, propriétaire de Le Gaulois, estime dans un premier temps que la campagne de réétiquetage est une atteinte à la propriété. "Jusqu'où s'arrête la liberté d'expression ?" questionne l'avocat en montrant au procureur les stickers explicites de l'association. "Est-ce que vous achèteriez ces barquettes avec ce sticker collé dessus ?"

La question des limites de la liberté d'expression est centrale dans les reproches adressés par LDC. Dans sa plaidoirie, l'avocat cherche à mettre en évidence le "dénigrement insupportable" dont l'entreprise ferait l'objet. "Cela va au-delà du cadre légal", estime Antoine de Brosses. "On se retrouve face à un groupe qui a décidé de se faire justice lui-même au nom du bien-être animal", avance l'avocat, qui compare l'acte de L214 à celui des militants écologiques qui avaient aspergé la Joconde fin janvier. Selon lui, le fait d'altérer ou de masquer une barquette est un délit pénal, répréhensible par l'article L 413-6 du Code de la consommation. 

L214 assure être dans son rôle d'association

"Nous dénonçons une volonté de nous bâillonner alors que nous informons le grand public sur ces élevages et sur les pratiques douteuses du groupe." Malgré la notion de dénigrement avancée par LDC, l'association de défense des animaux reste assurée que sa campagne respecte le cadre légal. "Il n'y a aucun dénigrement. Les conditions d'élevage sont un sujet d'intérêt général et c'est justement le rôle d'associations de le mettre en lumière", rappelle l'avocate de L214, Caroline Lanty.

Concernant les stickers et les actions de "réétiquetage", la défense affirme qu'ils s'inscrivent dans un cadre de liberté d'expression bien défini. "Il s'agit certes d'un ton vif et militant mais il n’est pas injurieux", estime l'avocate. "C’est une action bon enfant. Les industriels cherchent toujours à déconnecter le consommateur. Avec cet étiquetage, L214 leur rappelle la réalité." Le rendu du jugement aura lieu ce jeudi 22 février dans l'après-midi. 

Une charte à l'origine de la campagne

Cela fait deux ans que L214 pointe publiquement du doigt le groupe LDC pour ses agissements à l'encontre du bien-être animal. "On échangeait avec eux depuis des années, mais fin 2021, ils ont décidé de couper tout dialogue avec nous", relate l'association. Elle reproche entre autres au géant français de ne pas s’engager dans l'European Chicken Commitment (ECC), au contraire d'autres distributeurs comme Auchan, Lidl ou Carrefour. "Aujourd'hui, un poulet de marque distributeur génère moins de souffrance qu’un poulet Le Gaulois qui met pourtant en avant un côté bienfaisant."

Concernant les questions sur le bien-être animal, le leader français de la volaille préfère rappeler qu'il respecte une autre charte que celle portée par L214. "Il y a des exploitations pour qui le respect de l'ECC est impossible", se défend LDC.

L'association point du doigt l'utilisation, par le groupe, de souches à croissances rapides dont sont issus ses poulets. Elle permet de multiplier le poids d'une volaille par 60 en un mois et demi. D'après les enquêtes menées par L214, cette pratique d'élevage se fait au détriment du bien-être animal. "La structure du corps du poulet n’est pas en capacité de soutenir tout ce poids. Beaucoup n'y survivent pas."

Selon l'association, l'animal n'est pas la seule victime de ce mode d'exploitation. La perte de poulets est également dommageable à l'agriculteur. "Quand les poulets décèdent, c’est au frais des éleveurs. LDC ne s’en occupe pas", raconte L214 qui déplore en parallèle les publicités de la marque Le Gaulois qui laissent penser l'inverse.