"La moitié de mon salaire finit dans les parcmètres" : la hausse des tarifs de stationnement excède les commerçants

Depuis avril 2023, se garer à Strasbourg est devenu beaucoup plus cher. De quoi rendre les commerçants de la capitale alsacienne fous de rage. Souvent dépendants de leur voiture, ils dénoncent une situation invivable.

Depuis la mise en place d'une nouvelle tarification des places de stationnement à Strasbourg, nombreux sont les automobilistes à pester. À commencer par les commerçants qui ne peuvent faire sans leur voiture. Le monde économique local s'insurge.

Zones payantes étendues, hausse importante des tarifs... En mars 2023, la Ville de Strasbourg avait annoncé la couleur : se garer dans les rues de la capitale alsacienne ne sera pas aussi simple qu'avant. Un mois après, les annonces ont fait place à la réalité, et les Strasbourgeois sentent la pilule passer.

La zone rouge, où les tarifs sont les plus chers, ne se limite plus à la Grande-Île. Elle couvre désormais les quartiers de la Krutenau, République, et de la gare. Dans le même temps, les prix à l'heure ont fortement grimpé. Comptez 3,5€ pour une heure de stationnement en zone rouge. La deuxième heure grimpe à 8€, puis 35€ la troisième...

Les vendeurs en boulangerie coincés

La situation est d'autant plus difficile à vivre pour celles et ceux qui commencent le travail très tôt le matin, alors que les bus et les tramways de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois) ne circulent pas encore. "Depuis le 3 avril, c'est horrible. La moitié de mon salaire finit dans les parcmètres. En plus, on galère encore et toujours à trouver une place. Je suis passée de 1,30€ à presque 14€ pour une journée de stationnement", témoigne Laetitia Pitzer, vendeuse dans une boulangerie du quartier Contades.

Voilà cinq ans qu'elle travaille ici. Mais elle n'est pas certaine de pouvoir rester dans ces conditions. "C'est vraiment dommage parce que c'est une petite boulangerie de quartier qui a besoin de vivre. Mais si les deux vendeuses ne peuvent plus se permettre de payer le parcmètre, je me demande comment le patron va pouvoir trouver d'autres personnels", continue la vendeuse qui appelle la maire (EELV) Jeanne Barseghian à "faire un petit geste."

Je ne peux pas mettre 40€ par jour dans le parking.

Jennifer Stabler

Vendeuse en boulangerie

"Avant, on pouvait encore se permettre de stationner. Là, ce n'est plus possible ! Je suis obligée de tourner une demi-heure chaque jour pour trouver une place au Wacken. Une place gratuite évidemment. Parce que je ne peux pas mettre 40€ par jour dans le parking", se désolé Jennifer Stabler, sa collègue. 

Les restaurateurs craignent pour leur fréquentation

Si les employés dénoncent cette situation, elle touche aussi les clients. Ce restaurateur du quartier du Neudorf, qui a dû louer un garage, dénonce une double peine. "Deux heures de parking, c'est censé être rien du tout. Mais les clients qui viennent manger le midi vont être plus réticents désormais. S'ils doivent payer 8 € en plus de l'addition... En sachant qu'ils devront regarder l'heure en permanence pour vérifier qu'ils n'ont pas pris un PV."

Nous avons là une rupture de confiance [avec la municipalité].

Jean-Luc Heimburger

Président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Alsace

Dans l'après-midi du jeudi 4 mai 2023, une réunion s'est tenue avec, entre autres, les présidents de la Chambre de commerce et d'industrie et de la Chambre des métiers d'Alsace, le président des Vitrines de Strasbourg et la présidente de l'Union des métiers de l'industrie de l'hôtellerie du Bas-Rhin. Ces derniers ont d'ailleurs signé un courrier commun à destination de Jeanne Barseghian. Plusieurs représentants de professions étaient présents.

"Depuis que cette nouvelle municipalité est là, nos relations ont toujours été cordiales et respectueuses. [...] Mais nous avons là une rupture de confiance puisque nous ne sommes plus consultés préalablement aux décisions", tacle Jean-Luc Heimburger, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Alsace.

Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des métiers d'Alsace, va plus loin. "Notre colère est à la hauteur de la violence qu'on a subie avec cette hausse du tarif du stationnement. L'heure est grave pour les commerçants. Ça fait suite à la crise sanitaire, à la crise de l'énergie... Mais là, ne plus permettre aux artisans d'aller au centre-ville, aux collaborateurs de venir travailler, aux clients de venir consommer, c'est grave !"

La Ville de Strasbourg assume

De son côté, la municipalité strasbourgeoise assume : elle veut réorganiser le stationnement à Strasbourg. "Pour les travailleurs, nous voulons qu'ils se garent dans les parkings-relais ou les parkings en ouvrage pour poursuivre leur trajet à pied, à vélo ou en transports en commun", martèle Pierre Ozenne, adjoint en charge de la voirie. D'ici fin juin 2023, il espère avoir les premières propositions concernant les cas particuliers.