PORTRAIT. De groom à galeriste, le parcours étonnant de ce passionné d’art brut

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Écrit par Joffray Vasseur .

Ancien militaire et travailleur social, Richard Solti a repris, en septembre 2022, la prestigieuse galerie d’art brut J-P Ritsch-Fisch. Il sera présent à la foire européenne d’art contemporain et de design de Strasbourg dès ce 25 novembre.

Une ascension sociale et culturelle incroyable. Richard Solti est devenu, en septembre 2022, le directeur de la célèbre galerie strasbourgeoise J-P Ritsch-Fisch. Née il y a plus de 25 ans, elle a été la première à proposer de l’art brut en Europe et fait désormais partie des cinq lieux les plus importants au monde dans ce domaine. Le nouveau propriétaire des lieux proposera à la vente près de 45 pièces lors de la 26e édition de ST-ART, la foire européenne d’art contemporain et de design de Strasbourg.

Située rue des Charpentiers dans la capitale alsacienne, la galerie a été acquise par Richard après plusieurs rencontres avec l’expert en marché de l’art, Jean-Pierre Ritsch-Fisch. "Je suis devenu un collectionneur et je venais régulièrement dans la boutique", explique le nouveau directeur, "C’est comme ça que j’ai découvert que Jean-Pierre allait partir à la retraite et laisser la galerie".

L’ancien propriétaire avait toutefois du mal à trouver un repreneur. "Il ne voulait pas que ce lieu soit abandonné. Nous avons donc décidé de construire un projet ensemble afin que je puisse reprendre les rênes de la boutique", indique Richard, "Il avait acquis une expertise et un réseau de collectionneurs en France et dans le monde. Ce n’était pas possible de laisser tout cela au passé".

Une ascension sociale hors du commun

Le passionné d’art prend donc possession de la galerie dès septembre 2022 et laisse son ami Jean-Pierre Ritsch-Fisch prendre sa retraite bien méritée. Une consécration après un parcours qui ne le prédestinait pas à être directeur d’une galerie d’art en plein Strasbourg. Né d’un père réfugié politique hongrois et d’une mère handicapée ne pouvant pas travailler, Richard Solti a grandi dans une cité HLM du quartier de Belleville à Paris. Avec la visite, à plusieurs reprises, d’huissier de justice chez lui, il n’est pas de ces passionnés d’art né avec une "cuillère en argent dans la bouche".

Avec l’aide de ses parents, il obtient un poste en tant que groom dans un hôtel parisien, un emploi bien éloigné du monde de l’art. Richard entreprend ensuite une formation dans l’électricité et obtient son CAP dans la foulée. Quelques années plus tard, il décide de quitter la capitale pour s’engager dans l’armée française. "’ai été affecté en Lorraine, cela a été mes premiers pas sur le sol du Grand Est", sourit-il.

J’ai compris que certaines personnes pouvaient reconstruire le monde malgré leurs difficultés

Richard Solti, directeur de la galerie J-P Ritsch-Fischà Strasbourg

À son retour, l’actuel propriétaire de la galerie d’art brut strasbourgeoise se sait bien différent : "L’armée m’a changé, je me suis reconstruit là-bas". Il reprend ses études et devient travailleur social : "J’ai été au contact de jeunes de quartiers difficiles, de femmes en dépression, et c’était passionnant. J’ai compris que certaines personnes pouvaient reconstruire le monde malgré leurs difficultés", déclare-t-il. Fort de son expérience, il se lance dans une thèse sur les mythologies personnelles et les parcours biographiques.

Rendre l'art accessible

Cette passion pour l’art, il la tient de son père. "Il m’emmenait au musée, me faisait découvrir différents artistes", confie Richard, "Il m’a aussi initié à la musique classique et aux échecs. Mon père avait une sensibilité artistique". L’intérêt pour l’art brut survient quelques années plus tard lorsqu’il découvre l’artiste plasticien, Michel Nedjar et sa poupée Chair d’âme. "J’ai eu un sentiment particulier de dégoût, mais aussi d’attirance envers cette réalisation", affirme-t-il. Cette drôle de rencontre va le pousser à devenir le collectionneur hors pair qu’il est aujourd’hui.

Selon Richard, l’art brut reflète aussi le monde de personnes en marge de la culture, souvent isolées ou même internées dans des hôpitaux psychiatriques. "En réalisant leurs œuvres, ils reconstruisent le monde pour tenir avec nous", explique-t-il, "Ils ne se préoccupent pas de plaire ou non".

C’est aussi pour leur rendre hommage qu’il a décidé de devenir le directeur de la galerie J-P Ritsch-Fisch. "Être propriétaire de ces lieux m’exalte et m’angoisse à la fois", raconte-t-il, "Avec la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et l’inflation, il y a quelques incertitudes". Richard met toutefois toutes les chances de son côté. Jusqu’au 17 décembre, il expose les sculptures étonnantes de l’actrice de la série "Un si grand soleil", Catherine Wilkening.

Les créations de la comédienne ont directement séduit le collectionneur. "Il y a quelque chose de très noir, de très fracturé dans ses œuvres. On perçoit une dimension esthétique puissante qui traduit la difficulté d’être femme dans ce monde", analyse le galeriste qui a assuré vouloir travailler avec elle durant les trois prochaines années.

Malgré son souhait de ne posséder que "des pièces que l’on ne trouve nulle part ailleurs", Richard Solti veut rendre accessible l’art brut. "C’est un art qui bouscule et qui n’est pas forcément décoratif, mais il faut donner les clés au public et raconter le parcours des artistes", admet-il, "Quelques pièces de musées sont même accessibles financièrement pour quelques milliers d’euros. Cela reste évidemment cher, mais certaines toiles peuvent coûter plusieurs millions". Un argument qu’il tentera de mettre en avant, ce 25 novembre pour la foire ST-ART, afin de trouver de potentiels acheteurs pour ses 45 œuvres.

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