Procès de l'attentat de Strasbourg : retour sur les 48 heures de traque du terroriste Chérif Chekatt

Le 11 décembre 2018 au soir, Chérif Chekatt tuait cinq personnes et en blessait onze autres dans les rues de Strasbourg, en plein marché de Noël, avant de s'enfuir en prenant un chauffeur de taxi en otage. Le début de 48 heures d'angoisse et de traque.

Que s'est-il passé entre l'attentat du marché de Noël de Strasbourg et la mort de son auteur deux jours plus tard ? Entre le 11 et le 13 décembre 2018 au soir, Chérif Chekatt était l'homme le plus recherché d'Europe, lui qui venait de tuer cinq personnes et d'en blesser onze autres dans les rues de la capitale alsacienne.

Après son périple meurtrier qu'il termine sur le pont des Moulins en tuant un touriste thaïlandais, Chérif Chekatt monte dans un taxi qui vient de déposer quatre autres touristes.

Les koufars tuent nos frères

Chérif Chekatt

au chauffeur de taxi

Aux enquêteurs, il explique que son passager lui demande de le conduire dans le quartier du Neudorf et qu'il "venait de faire un attentat", déclarant que "les koufars ('mécréants' en arabe, ndlr.) tuent nos frères". Blessé à la main, Chekatt demande au conducteur de le soigner. Mostafa Sahlane se gare alors rue d'Aulnes pour lui donner des mouchoirs qui sont dans son coffre.

Quand le passager quitte les lieux, le chauffeur de taxi se rend à l'hôtel de police non loin de là pour témoigner. Suite à quoi un rapprochement est fait avec Chérif Chekatt, dont le domicile avait été perquisitionné pour d'autres faits le matin même. En fin de soirée, avant même que l'identité de Chekatt ne soit révélée officiellement, son nom et son visage font le tour des réseaux sociaux.

Quelques minutes après avoir quitté le taxi, vers 20h15, Chérif Chekatt est aperçu par une équipe de police dans le quartier du Neudorf, au sud de Strasbourg. Un des policiers explique l'avoir mis en joue au niveau du tunnel du Petit Heyritz et qu'après un échange de coups de feu, Chekatt s’est enfui en escaladant un mur.

Les quatre policiers décident ensuite d'entrer dans l'enceinte de l'entreprise Heppner pour monter sur un toit. De là, ils aperçoivent au loin le terroriste au niveau du 1 rue d'Épinal. À nouveau, des coups de feu sont échangés, suite à quoi le quartier est bouclé. Malgré tout, la trace du terroriste était perdue.

Aucune trace de Chekatt le lendemain de l'attentat

Le lendemain de l'attentat, Chekatt reste introuvable. Aucune piste n'est écartée, des contrôles et des fouilles sont faits à la frontière allemande. La géolocalisation de plusieurs lignes téléphoniques ne permet pas de mettre la main dessus. Fait notable ce jour-là, l'intervention du Raid après le signalement d'un homme qui a crié "Allah Akbar" depuis son balcon. Cet homme reconnaîtra sa bêtise d'avoir prononcé ces mots alors qu'un terroriste erre dans les rues de Strasbourg.

La trace de Chérif Chekatt n'est retrouvée que le lendemain, le 13 décembre. Il est aperçu dans le jardin d'un couple de la rue d'Épinal en fin de matinée. En escaladant le grillage, il a laissé du sang. Un signalement est ensuite fait rue du Doubs peu après midi. Quelques jours plus tard, le sang du terroriste sera retrouvé sur une voiture garée dans un parking sous-terrain de la rue Nomeny (voir carte ci-dessous). On ignore quand il s'y est rendu exactement.

À 21h, alors que le quartier est ratissé par le Raid et la BRI, une équipe de police aperçoit un homme au niveau du 74, rue du Lazaret, au pied de l'arrêt de tramway Krimmeri-Meinau. Les policiers sont au feu rouge et ouvrent les fenêtres de leur voiture. Ils demandent à l'homme, qui tente de rentrer dans l'immeuble, de se retourner et de sortir les mains de ses poches.

À ce moment, l'individu se retourne et tire sur les policiers qui répliquent. Touché, l'homme tombe au sol avec son arme à côté de lui. Alors qu'il bouge encore, les policiers tirent à nouveau pour le neutraliser. À 21h03, les policiers passent un message à la radio pour informer de la mort de Chérif Chekatt, avant un nouvel appel une minute plus tard.

"Est-ce que l'individu est maîtrisé, est-ce qu'il s'agit de l'objectif mis en cause ? Vous confirmez l'individu maîtrisé Chekatt Chérif?", demande-t-on aux policiers sur place. "Affirmatif, c'est bien lui. Il avait l'arme qu'on recherche, c'est bien lui. Arme de poing et couteau sur lui", répond-on. La fin de deux jours d'angoisse.