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Schiltigheim, la ville qui a oublié les vélos: “à l'entrée de la ville, les pistes cyclables s'arrêtent”

Puisqu'il n'y a pas de pistes cyclables, pas même de bandes cyclables, route du Général de Gaulle, l'un des principaux axes de circulation de la Ville, les militants du collectif Vélorution Strasbourg les ont symboliquement créées eux-mêmes, mardi 23 avril. / © DR
Puisqu'il n'y a pas de pistes cyclables, pas même de bandes cyclables, route du Général de Gaulle, l'un des principaux axes de circulation de la Ville, les militants du collectif Vélorution Strasbourg les ont symboliquement créées eux-mêmes, mardi 23 avril. / © DR

Après avoir mené le combat pour obtenir une piste cyclable avenue des Vosges, à Strasbourg, le collectif "Vélorution" s'attaque au manque d'infrastructures cyclables dans la 2e plus grande ville de l'Eurométropole. La mairie écologiste se dit déterminée à agir.

Par Karine Gélébart

Des axes de circulation importants sans aménagements sécurisés pour les cyclistes, des pistes cyclables qui s'interrompent sans prévenir en plein centre-ville, des places de stationnement automobiles le long des routes donc dangereuses pour les vélos... Schiltigheim, pourtant si proche de la "ville la plus cycliste de France", deuxième plus grande commune de l'Eurométropole de Strasbourg avec ses 32.000 habitants, donne l'impression d'avoir été oubliée dans le développement des voies cyclables. 

C'est en tout cas ce que constate chaque jour Benoît Ecosse, qui rejoint son lieu de travail, dans le quartier de Hautepierre, à Strasbourg, depuis son lieu de vie, à Schiltigheim, en deux-roues. "Je suis obligé de trouver des itinéraires bis, qui rallongent mon temps de trajet, pour éviter par exemple la route de Bischwiller ou la route du Général de Gaulle. Ces routes sont très dangereuses pour nous, à vélo." Autant dire les deux principaux axes de la ville, qui draînent chaque jour près de 30.000 véhicules à elles deux.
 

Tensions entre usagers de la route

"Route de Bischwiller, par exemple, il y a une piste cyclable qui arrive de la place de Haguenau, depuis Strasbourg. Elle s'arrête net à la hauteur de la brasserie Fischer. Ensuite, il faut circuler sur la route, qui est étroite car les voitures peuvent à certains endroits se garer des deux côtés... et on risque alors de se prendre une portière!" Alors cet enseignant a rejoint le combat porté par Vélorution, un collectif présent dans de nombreuses villes de France, et qui cherche à peser sur le développement des politiques en faveur des vélos.
 

Il y a des ratés dans la politique transports de notre ville
Danielle Dambach, maire écologiste de Schiltigheim


Collectif qui rappelle que le baromètre des villes cyclables, publié en 2017 à partir des réponses fournies par les usagers de la route eux-mêmes, place Schiltigheim dans les communes ayant un "climat plutôt défavorable" pour le vélo, avec une note de 2,73/6. "Il y a beaucoup d'incivilités, de conflits entre automobilistes, piétons, vélos, parce que les espaces de chacun sont mal définis, juge Benoît Ecosse. Les comportements à l'égard des cyclistes sont plus négatifs qu'à Strasbourg."
 
© DR
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Ce même baromètre avait primé Strasbourg et Illkirch dans leur catégorie respective. Le collectif Vélorution veut donc voir rattraper le retard sur ses voisines, d'autant que Schiltigheim est incontournable pour tous les cyclistes du nord de l'Eurométropole, Bischheim, Hoenheim ou Souffelweyersheim. "Lorsqu'on arrive au panneau Schiltigheim, c'est radical, on a l'impression que les pistes cyclables s'arrêtent, souligne Clémence Pascal, autre militante pro-vélo. Il y a aussi un vrai problème pour rejoindre l'Est à l'Ouest de la Ville. La rue Saint-Charles ou la rue de Lauterbourg ne sont pas équipées, et donc pas sécurisées."


Des années sans volonté politique

"Je suis cycliste moi-même, je suis parfaitement consciente de cet abandon", affirme Danielle Dambach. L'élue écologiste, qui a pris la mairie en avril 2018, se dit héritière malheureuse de ses prédécesseurs sur ce dossier, elle qui rappelle qu'elle est une militante de longue date, "auprès d'associations pro-vélo comme Cadr67 ou Astus". "Il y a des ratés dans la politique transports de cette ville. L'aménagement de la route de Bischwiller entre 2001 et 2008 par exemple: le tandem alors à la tête de l'Eurométropole, Fabienne Keller et Robert Grossmann, n'a pas tenu compte des besoins en matière de vélos."
 
Le collectif Vélorution Strasbourg a relevé plusieurs axes où les infrastructures cyclables font cruellement défaut. / © DR/Vélorution Strasbourg
Le collectif Vélorution Strasbourg a relevé plusieurs axes où les infrastructures cyclables font cruellement défaut. / © DR/Vélorution Strasbourg

L'Eurométropole, souveraine en matière d'urbanisme, est un partenaire incontournable pour tous les projets d'aménagement. La maire de Schiltigheim demande donc du temps pour pouvoir agir. "Cela ne fait qu'un an que nous sommes en charge, j'ai récupéré des dossiers déjà engagés, en cours de mandat. rappelle-t-elle. La seule chose que j'ai pu modifier, in extremis, ce sont les travaux de la rue de la Glacière: ils incluent une voie cyclable, j'ai pu le faire acter avant que les travaux s'engagent." De la même façon, la rue des chasseurs, importante pour la circulation entre l'est et l'ouest de la Ville, qui doit être réaménagée, incluera un contre-sens cycliste dans une zone qui passera à 30 km/h.


L'Eurométropole, incontournable en matière d'urbanisme

"Il faut pas loin d'un an et demi entre le moment où nous décidons d'engager un projet et la validation par l'Eurométropole." Des délais que les militants pro-vélos trouvent décidément beaucoup trop longs. "Ils sont à l'écoute, à la mairie, jugent les militants de Vélorution. Mais tout est trop long! Les délais d'études, les discussions avec l'Eurométropole... Nous voulons des solutions très rapides, même si elles sont provisoires, même s'il faudra faire de nouveaux aménagements, par exemple si le tram revient à l'ouest de la Ville."
 

Nous voulons des solutions rapides, même si elles sont provisoires
Les militants de Vélorution


"Des solutions provisoires ne sont pas toujours assez sécuritaires. Et sur un dossier aussi important que le tram, il faut avoir une vue d'ensemble. C'est tout l'urbanisme qui est en jeu, martèle Danielle Dambach. Ce sont de gros projets, qui se décident plutôt en début de mandat. Le vélo doit devenir prioritaire dans nos projets, ce sera un réel enjeu de campagne, pour les élections municipales de 2020. Rien ne se décidera avant." 


Où mettre les voitures?

Car repenser l'urbanisme dans toute la Ville inclue de garder aussi une place pour les voitures. "Si nous faisons de la place pour les vélos, par exemple route de Bischwiller, une voie étroite de circulation, il faudra sans doute enlever des places de stationnement au centre-ville, détaille la maire. Ca veut dire trouver des parkings. Nous avons des pistes, aux Malteries, sous l'Hôtel de Ville, ou passage du cimentière, derrière la médiathèque. Mais tout ne se décide pas en un claquement de doigts."
 

Près de 400 vélos pour manifester

Des enjeux sur lesquels Vélorution compte peser. Le collectif s'est déjà mobilisé à deux reprises : le 23 avril, des lignes blanches et le symbole des pistes cyclables ont été symboliquement posés au sol, route du Général de Gaulle, pour tracer une bande cyclable. Résultat quasi immédiat puisqu'une bande de 150 m a été tracée, cette fois "pour de vrai", par les agents de la Ville, deux jours plus tard... une petite avancée, mais une avancée tout de même pour les militants.
 

Trois jours plus tard, un rassemblement réunissait près de 400 personnes, à vélo, pour rallier la place de la République, à Strasbourg, "pour que tout le monde se sente concerné, dans l'Eurométropole", et la place du Château, à Schiltigheim, par un itinéraire empruntant les principales rues que les membres du collectif voudraient voir aménagées. 
 

Les membres de Vélorution, soutenus par 19 associations telles que Greenpeace, Cadr67, Alsace Nature ou ASTUS (association des usagers des transports urbains de l'agglomération strasbourgeoise), espèrent que l'issue sera la même que pour leur précédent combat : l'avenue des Vosges, à Strasbourg, désormais aménagée pour les vélos.

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