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Sourds en colère : “la langue des signes doit être reconnue pour que nous soyons moins discriminés”

Pour se nommer en langue des signes, Albert Tabaot s'est choisi le signe du photographe en pleine prise de vue, sa passion artistique. / © KG/France 3 Alsace
Pour se nommer en langue des signes, Albert Tabaot s'est choisi le signe du photographe en pleine prise de vue, sa passion artistique. / © KG/France 3 Alsace

Albert Tabaot enseigne la langue des signes à Strasbourg depuis 25 ans et milite pour son développement depuis bien plus longtemps encore. Il a porté son combat à Paris ce 20 mars, avec l'association "sourds en colère". Sa priorité : la reconnaissance de cette langue dans la Constitution.

Par Karine Gélébart

Albert Tabaot est sourd de naissance. Alors la langue des signes (LSF) est au centre de sa vie. Elle est son mode de communication. Et son combat militant. Car il constate chaque jour ou presque qu'elle est exclue des discours et débats politiques, des émissions de télévision, des journaux d'informations : pas de sous-titres systématiques, pas d'interprètes. Elle manque aussi au système éducatif : trop peu d'écoles proposent des filières billingues langue des signes/français. 
 
Alors ce mercredi 20 mars 2019, ce professeur de langue des signes, membre actif de l'union des sourds et malentendants du Bas-Rhin, est allé manifester à Paris avec d'autres membres des "sourds en colère", une association née en 1993 pour porter la cause de ces personnes handicapées. Leur message : que leur langue soit reconnue officiellement dans la Constitution française et que leur culture soit mieux valorisée. Albert Tabaot se fait le porte-parole de ce combat dans le Bas-Rhin, il nous explique pourquoi.
 

Pourquoi êtes-vous allé manifester ce 20 mars ?

"Lors de la dernière campagne présidentielle, nous avions demandé à chacun des onze candidats de s'engager pour que les débats soient traduits en langue des signes, ou au moins sous-titrés. Il n'y en a pas eu, ou alors de si mauvaise qualité que c'était impossible pour nous de suivre ce qu'il se disait. Alors comment se faire notre idée? Comment savoir pour qui voter?"

"Et c'est pareil tous les jours, pour suivre l'actualité... Nous sommes frustrés, nous n'avons pas les informations, sur les gilets jaunes, le grand débat, ce genre de sujets importants... Que dire aussi des informations urgentes? Lorsqu'il y a eu l'attaque terroriste de Strasbourg par exemple, comment bien nous informer? C'est un vrai problème, et il n'a une fois de plus pas été entendu. Donc nous manifestons encore et encore, pour une reconnaissance officielle de la langue des signes."
 

Quelles difficultés au quotidien?

"Nous nous sentons vraiment discriminés. Il y a cette question de l'accès à l'information, mais aussi à l'éducation. La langue des signes est beaucoup trop peu enseignée dans les écoles, alors qu'elle doit l'être depuis une loi votée en 2005. Des filières bilingues LSF/Français existent, mais elles sont trop rares, c'est un vrai frein à l'éducation des enfants sourds, mais aussi à leur accès à la santé, au travail, à la justice, à la culture. Il faut que nous avancions vraiment sur ce terrain, et de façon urgente."
 
© DR
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La LSF dans la Constitution, ça changerait quoi?

"Le Conseil de l'Europe a déjà reconnu la LSF dans sa charte des langues régionales et minoritaires. Quatre pays l'ont déjà fait (Autriche, Finlande, Hongrie, Portugal). La France est en retard. La LSF aurait sa place dans l'article 2 de la Constitution par exemple, en ajoutant cette précision :  la République reconnaît la langue des signes française comme la langue des sourds français qui en font le choix."

"L'inclure dans la Constitution lui confèrerait un caractère officiel et nous permettrait d'avancer sur la valorisation de notre culture. Nous serions enfin considérés comme des citoyens à part entière. C'est un principe d'égalité."

"Je reviens à l'importance de l'ouverture de classes bilingues, car c'est un vrai frein pour nous, un obstacle majeur. Nous sommes les oubliés des politiques, et il nous faut cette avancée constitutionnelle majeure."

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