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À Strasbourg, Malek Chekatt, condamné pour menaces de mort : “ces messages ne sont pas une référence à mon frère”

Le procès, qui se tient au tribunal correctionnel de Strasbourg, fait salle comble. / © Philippe Dezempte, France 3 Alsace
Le procès, qui se tient au tribunal correctionnel de Strasbourg, fait salle comble. / © Philippe Dezempte, France 3 Alsace

Malek Chekatt, 38 ans, a été condamné ce lundi à un an d'emprisonnement dont six mois ferme, mais sans mandat de dépôt, il ressort libre du tribunal. Le frère de l'auteur de l'attentat de Strasbourg était jugé pour avoir menacé sur Facebook de commettre un attentat.

Par Vincent Ballester

Malek Chekatt a été condamné à un an d'emprisonnement, dont six mois ferme, sans mandat de dépôt. Il ressort libre du tribunal. Cette peine, inférieure aux réquisitions du parquet qui avait demandé un an d'emprisonnement ferme, est assortie d'une mise à l'épreuve de deux ans et d'une obligation de travail et de soins.

Appréhendé vendredi 1er mars après avoir menacé de commettre un attentat via son compte Facebook, Malek Chekatt était jugé en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Strasbourg, ce lundi 4 mars, après plus de vingt-quatre heures de garde à vue pour menaces de mort en récidive. Délit qu'il avait déjà commis en 2015. 

Dans son box vitré, Malek Chekatt, poli et calme, parle beaucoup et se fait bien comprendre. Il explique combien il est difficile pour lui de porter le même nom de famille que son frère, responsable de l'attentat de Strasbourg, le 11 décembre 2018. Le prévenu songe même à changer de nom, il explique qu'il "vit mal" et n'arrive pas à trouver du travail depuis que l'attentat a eu lieu: "c'est très lourd à porter, je me dis que c'est même une obligation de changer de nom".
 

"Un père de famille en souffrance"

Le juge condamne Malek Chekatt à un an d'emprisonnement, dont six avec sursis, avec aménagement de peine possible, et sans mandat de dépôt. Cela veut dire qu'il ressort libre du tribunal. La peine est assortie d'un délai de mise à l'épreuve de deux ans. Le tribunal a tenu a respecter une certaine cohérence en ne faisant pas du frère de Cherif Chékatt un exemple, citant deux jugement rendus dans d'autres affaires dans les mois précédents : une peine de huit mois de prison ferme prononcée contre une personne radicalisée et une autre de six mois de prison ferme pour apologie du terrorisme.

Le juge met d'ailleurs au crédit de Malek Chekatt, qui n'est pas fiché S, comme l'était son petit frère Cherif (et comme l'est son grand frère Sami), qu'aucune trace de radicalité n'a été relevée à son encontre. "Ces messages ne sont pas une référence aux actes de mon frère. Je comprends que l'on puisse penser le contraire. Moi, ce qu'a fait mon frère, je ne le cautionne pas", indique Malek Chekatt. Discours qu'il avait déjà tenu après l'attentat de son frère.
 

"J'ai tendance à aller plus vers la culture chrétienne"

Malek Chekatt explique son rapport à la religion: "Pour ses valeurs, j'ai tendance à aller plus vers la culture chrétienne. Jésus est pour moi un exemple en tant qu'humain, mais pas en tant que divin. Je ne crois plus en Dieu. Mon fils, je peux pas lui faire croire en quelque chose que je sais foncièrement faux." 

La voix de Malek Chekatt se brise quand il explique que quelques heures avant de publier les menaces, il apprenait qu'il ne pourrait plus accueillir son fils de 9 ans chez lui. Il précise que son fils ne pourrait plus lui rendre visite que dans un lieu précis, sous le contrôle des services sociaux. Il se dispute la garde de son fils avec sa compagne. Pour lui, c'est la principale explication de son passage à l'acte. "Si j'ai pu tenir pendant ces moments, c'est grâce à l'amour de mon fils. Là, je sentais que ma vie s'arrêtait. Tout se bousculait dans ma tête, je n'avais plus d'espoir".
 

"Je n'ai pas eu les idées très claires, j'ai fait n'importe quoi"

Malek Chekatt répond d'emblée aux questions. Clair, posé, il joue l'apaisement et a la volonté d'assumer ce qu'il a fait. "Je n'ai pas eu les idées très claires, je n'avais plus la force, j'ai fait n'importe quoi" en publiant ces menaces de mort sur Facebook. Il explique que les armes apparaissant sur la photographie de la préparation de l'attentat sont factices. Lorsque le juge ou le procureur l'interroge précisément sur l'un ou l'autre message envoyé, les propos deviennent d'un coup embrouillés, parlant d'un ami etc. Il a du mal à justifier son acte. "Je ne me rendais pas compte. Je vais assumer tout ça."

Le procureur requiert un an et demi d'emprisonnement contre lui, dont un ferme, et trois ans de mise à l'épreuve et de suivi avec obligation de soins. Le prévenu lui-même suggère le port d'un bracelet électronique "pour [l'aider] et rassurer la population". En prononçant ces paroles, il se tourne vers l'audience, se voulant rassurant: "je ne veux faire de mal à personne".

Après l'énoncé du jugement, l'avocat de Malek Chekatt, Thomas Steinmetz, qui avait demandé la relaxe, s'est lui montré satisfait que le tribunal ait su faire "la part des choses""Ce n'est pas un terroriste, c'est un père de famille en souffrance", avait-il plaidé pendant l'audience. 
 
 
Sur le Facebook de Malek Chekatt, publications supprimées depuis. / © Twitter.
Sur le Facebook de Malek Chekatt, publications supprimées depuis. / © Twitter.
 

Déjà condamné pour des faits de droit commun

Malek Chekatt, âgé de 38 ans, est l'un des grands frères de Cherif Chekatt, auteur de l'attentat de Strasbourg. Après la tuerie qui avait eu lieu le 11 décembre 2018, il s'était présenté spontanément à la police et avait notamment déclaré regretter de ne pas avoir pu empêcher son frère de commettre l'attentat
 

Contrairement à ses frères Cherif et Sami, Malek Chekatt n'est pas fiché S. Il a été condamné par la justice pour une dizaine de faits de droit commun, dont une fois en 2015 pour de précédentes menaces de mort, mais non-liées à un attentat. La section antiterroriste du parquet de Paris ne s'est pas saisie de l'actuel dossier.

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