Strasbourg : un séisme réveille la ville, Fonroche reconnaît la responsabilité de la géothermie et suspend son activité

Un séisme de magnitude 3,5 a été ressenti à 6h59 ce vendredi 4 décembre dans toute l'Eurométropole de Strasbourg, trois secousses en tout entre 7 heures et midi. La centrale de géothermie profonde Fonroche confirme qu'elles sont liées aux tests réalisés à l'automne.
Un comité d'experts a été créé pour travailler sur la série de séismes ressentis à Strasbourg depuis 2019.
Un comité d'experts a été créé pour travailler sur la série de séismes ressentis à Strasbourg depuis 2019. © France Télévisions
L'ordinateur est à peine allumé place de Bordeaux à Strasbourg, quand une explosion retentit, mon bureau tremble ainsi que les fenêtres, une secousse assez forte. Ni une ni deux, je me rends sur le site du Réseau national de surveillance sismique, dont les bureaux sont à Strasbourg et en effet la terre a tremblé non loin de La Wantzenau à 6h59 précisément ce vendredi 4 décembre. Un tremblement de terre de magnitude 3,5 qualifié d'événement "induit". Cela signifie que ce séisme a été déclenché directement ou indirectement par l'activité humaine.  En réalité, ce sont trois secousses qui ont été ressenties dans la matinée par les habitants. L'une à 6h59 donc, une plus petite dans la foulée et une troisième peu après 11 heures, de magnitude 2,7 quand même. 

Branle-bas de combat, aussitôt la centrale de géothermie profonde Fonroche située à Reichstett-Vendenheim reconnaît son implication, l'épicentre en effet est détecté sous le puits nord de la centrale, et annonce la cessation de toute activité. Pour rappel, à l'automne 2019, des événements sismiques avaient obligé Fonroche à cesser son activité, avant d'être autorisée à faire des tests en octobre de cette année. Des tests qui ont engendré de nouveaux épisodes et le 28 octobre, la centrale stoppe à nouveau son activité ne maintenant qu'un débit de sécurité à faible pression.

"Nous avons décidé ce matin, aussitôt la survenue de cet événement sismique, d'arrêter ce débit de sécurité, de stopper complètement l'injection. Un arrêt qui devra se faire par palier et qui devrait prendre un mois pour ne pas entraîner de sur-réaction de la roche. Nous travaillions à faible pression, cet événement sismique est donc anormal, nous devons comprendre ce qu'il s'est passé, une analyse qui prendra du temps forcément, on s'inscrit dans le temps long", explique Jean-Philippe Soulé. 

 
Pour Jean-Philippe Soulé, pas question de remettre en question le projet de géothermie à Vendenheim, une technologie qui a fait ses preuves selon lui
Pour Jean-Philippe Soulé, pas question de remettre en question le projet de géothermie à Vendenheim, une technologie qui a fait ses preuves selon lui © Jérôme Gosset / France Télévisions



Pas question pour autant de remettre en cause le projet de centrale géothermique. "Ca nous oblige à revoir le projet, comprendre les évolutions naturelles de la faille et adapter en fonction, les méthodes, les ouvrages, voire la localisation des puits. Fonroche, même si la situation financière n'est pas facile, a les moyens de faire face pour l'instant. Il faut redonner confiance aux gens, parce que la géothermie, on sait que ça marche. Le site de Vendenheim peut produire de l'électricité pour 15 à 20.000 foyers, du chauffage pour 26.000 foyers et permettre d'économiser 23.000 tonnes de CO2 par an", ajoute Jean-Philippe Soulé.

"Il ne faudrait pas que les secousses aillent au-delà" - Jean Schmittbuhl, directeur de recherche au CNRS


Jean Schmittbuhl, directeur de recherche au CNRS à l'institut de physique du globe de Strasbourg, spécialiste de la géothermie confirme lui aussi la localisation des secousses. "La centrale nous a communiqués les chiffres concernant la pression d'injection encore en cours, elle est sensiblement plus élevée que nous le pensions, les secousses sont donc bien liées à la pression d'injection. Donc si en effet, la centrale de géothermie cesse toute activité, les secousses devraient cesser elles aussi. On considère qu'une magnitude de 3,5, c'est une limite au-delà de laquelle des dégâts peuvent se produire. Il ne faudrait pas que les secousses aillent au-delà".

La préfète du Bas-Rhin demande l'arrêt de la géothermie

L'arrêt de l'activité de la centrale, c'est ce qu'a demandé dans un communiqué la préfecture du Bas-Rhin. "Dans l'attente du retour d'expérience, la boucle géothermique a été placée le 29 octobre dans un fonctionnement sécuritaire. Celui-ci consiste à assurer un débit de circulation d'eau entre les 2 puits de l'ordre de 40 m3/h. Ces conditions visaient un équilibrage des débits et pressions entre les 2 puits au plus proche des conditions naturelles au sein de réservoir géothermal. L’événement survenu aujourd’hui remet en cause certaines conditions de conduites des opérations et de fonctionnement du projet GEOVEN."  Pas d'arrêt définitif recommandé donc mais une sérieuse mise en garde.

Réactions à la chaîne


Les réactions n'ont pas tardé sur les réseaux sociaux. A commencer par l'élu d'opposition à la ville de Strasbourg, Alain Fontanel, qui pointe du doigt la géothermie. "Une forte magnitude de 3,5 pour ce 11ème tremblement de terre en un mois. Cette fréquence et force décuplée pose une nouvelle fois la question de la géothermie profonde sur notre territoire. C'est bien notre propre sécurité et celle des personnes qui est en jeu. Je souhaite un moratoire immédiat et un vrai débat transparent dans le cadre d'une véritable convention citoyenne comme je l'ai à nouveau proposé à la maire de Strasbourg et à la Présidente de la métropole samedi dernier. Il faut agir sans attendre et arrêter ces forages à 5 km de profondeur dans notre sous-sol tant que l'on ne peut pas expliquer ces effets." Visée, bien sûr, la centrale de géothermie profonde Fonroche de Reichstett-Vendenheim, qui a provoqué, suite à des tests, une série de micro-seismes en octobre dernier.
 
Même son de cloche pour l'élu LR Jean-Philippe Vetter, "le soutien des élus EELV de la ville de Strasbourg et de l’Eurometropole aux activités de géothermie profonde relève de plus en plus de l’aveuglement idéologique. Nous ne pouvons pas jouer aux apprentis sorciers avec le sol qui est sous nos pieds !", relate t-il dans son post. Et de demander un moratoire sur la géothermie.
 

A la Wantzenau, épicentre comme quasi à chaque fois, du séisme, les habitants n'en peuvent plus après cet énième épisode depuis la rentrée. "J'étais secouée dans mon lit, j'ai eu peur de le quitter, j'ai pensé à Fonroche bien sûr, témoigne cette habitante, les meubles de la salle de bain ont tremblé, gling gling, raconte cet autre, c'était impressionnant, on a vu les murs bouger, j'ai quelques petits objets qui sont tombés, c'est pas courant, ajoute cette maman, j'ai envie que ça s'arrête, ça peut être dangereux pour certaines bâtisses, il faut que ça s'arrête. Y a eu deux secousses, les animaux ont paniqué, on se pose la question de savoir s'il ne va pas y avoir des fissures dans les murs", témoigne encore cet habitant de La Wantzenau.

A la mairie de la ville, le téléphone ne cesse de sonner tandis que madame le maire, Michèle Kannengieser a organisé dans l'urgence dans les locaux de la mairie, une réunion d'informations pour les habitants qui sont venus chercher des réponses.
 
Réunion d'informations à la mairie de La Wantzenau pour les habitants venus chercher des réponses concernant le séisme ressenti ce matin
Réunion d'informations à la mairie de La Wantzenau pour les habitants venus chercher des réponses concernant le séisme ressenti ce matin © Jérôme Gosset / France Télévisions
Pour Michèle Kannengieser, c'est inquiétant évidemment, "on a des ouvrages particulièrement sensibles, la station d'épuration notamment qui m'inquiète, sans compter l'habitat ancien qui n'est pas bâti selon les règles para sismiques, il est hors de question de faire perdurer cette situation à haut risque". 

De nombreux strasbourgeois, qui témoignent sur les réseaux sociaux, ont par ailleurs été réveillés par la secousse.
 

 

Une réunion "numérique" vendredi 11 décembre à 19h


L'Eurométropole organise un débat vendredi 11 décembre à 19h avec les élus, "en présence de l’opérateur, des services de l’État et d’experts indépendants, pour que chacun∙e puisse les interpeler directement et obtenir des réponses claires et précises suite aux différents épisodes sismiques "explique la collectivité dans un communiqué. 
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