TÉMOIGNAGE. Harcèlement de rue à Strasbourg: “On lui disait qu'elle était mignonne, elle avait juste à dire merci”

Capture écrans de la vidéo filmée par Caroline et publiée sur Facebook. / © Capture écrans Facebook
Capture écrans de la vidéo filmée par Caroline et publiée sur Facebook. / © Capture écrans Facebook

Caroline s'est filmée en train de se faire insulter dans la rue par quatre jeunes hommes à Strasbourg, le 22 août. Joint par téléphone, l'auteur des insultes a tenté de se justifier.

Par VP et AR

"C'est bon, on le sait qu't'es mignonne! [...] Meuf, j'te balaye. Franchement, moi je te bute dans la tête. Baise ta mère!" Sur la séquence capturée puis mise en ligne sur Facebook le 22 août par Caroline, 24 ans, Kévin* apparaît, en compagnie de trois amis (deux sont visibles, un dans la voiture), en train d'insulter copieusement la jeune femme. L'intéressé ne dément pas. Sa première réaction : se justifier. "Elle n’aurait pas sorti son téléphone, on ne l’aurait pas insultée", affirme le jeune homme en short bleu, blanc, rouge sur la vidéo.
 

Au téléphone, Kévin* adopte donc la même défense que dans ses commentaires (effacés depuis) sous la vidéo YouTube, publiée par France 3. "On lui disait qu'elle était mignonne, elle avait juste à dire merci et partir..."  C'est d'ailleurs par ce moyen que nous avons pu nous entretenir avec lui. Le jeune homme a refusé de nous rencontrer et nous a appelés en numéro masqué, mais plusieurs détails absents des articles de presse, nous ont prouvé qu'il s'agissait bien de celui qui a violemment insulté Caroline. 
 

Une affaire de regards noirs

En allant faire ses courses, Caroline tombe sur le groupe de quatre jeunes hommes, réunis dans un véhicule. Dans la version de Kévin, cela donne : "On venait juste d’arriver en voiture, on venait d’acheter un McDo. Elle nous regardait très très mal, comme si elle cherchait quelque chose de louche. Moi, j’ai dit à mes amis «qu’est-ce qu’elle a celle-là ?», raconte-t-il.


Pour moi, elle attendait qu’on lui parle. Elle nous fixait du regard.


La jeune femme parle elle aussi de regards insistants de la part du groupe. Sans le vouloir, Caroline retombe sur les quatre jeunes hommes à la sortie. Se sentant menacée, elle sort son téléphone. "Pour moi, elle attendait qu’on lui parle. Elle nous fixait du regard. C’est pour ça que mon ami il a dit «on sait que t’es mignonne.»" Il poursuit : "Pourquoi il a dit ça ? C’est parce qu’il avait vu qu’elle filmait. Moi je l’ai directement insultée."
 


Pour Kévin*, Caroline aurait dû remercier son ami pour le compliment et "tracer son chemin comme tout le monde". "J’ai pas réfléchi, je vais pas vous mentir", explique le jeune homme qui ne souhaite pas dévoiler son identité ni son âge. Mais sur son profil Instagram où il a posté plusieurs selfies, on devine un adolescent non majeur, habitant la région de Tours, amateur de rap et abonné à des hashtags du type #nudesgirls ou encore #grossepute.


Le poids des mots

Dans un premier temps, Kévin* ne semble pas avoir conscience de la violence de ses propos. "Si on vous regarde mal dans la rue, on vous filme, vous faites quoi?" lance-t-il. Voir la personne pour lui demander d'arrêter de filmer? "Ah bah, on n’a pas la même vision des choses !" L'idée que la jeune femme ait allumé la caméra de son portable pour se protéger ne semble pas lui effleurer l'esprit. Ni même la menace potentielle que peut représenter quatre hommes en groupe pour une femme seule.
 

Kévin* semble dépassé par l'ampleur de la vidéo de Caroline. Capturée le 22 août dans le quartier de l'Esplanade à Strasbourg, elle a totalisé plus de 365.000 vues et près de 800 commentaires, avant que Caroline ne choisisse de restreindre sa publication Facebook en la passant en privé, "le temps que les messages privés se calment".

"Tout ça, ça a pris une ampleur de fou, explique Kévin, vous vous rendez-compte ? C’est parti très loin. C’est un peu choquant, regardez les commentaires sur Facebook !" lance-t-il. Dans la rue je me fait insulter par des gens. On est gentils avec les gens, nous. Les vieilles dames on les aide."
 

"Oui je suis en tort, je comprends complètement"

Lorsqu'on lui dit que ce type d'insultes sexistes pourront désormais faire l'objet de poursuites et d'amendes, le jeune homme change de ton. Gêné par la polémique, il reconnaît que celle-ci n'aurait pas existé s'il avait eu une réaction calme sur la vidéo. "C’est sur le coup, vous comprenez, quand quelqu’un vous filme comme ça. J’ai pas aimé. C’est vrai, j’aurais pas dû l’insulter. (...) Oui je suis en tort, je comprends complètement" finit-il par confesser.

La flopée d'injures n'a rien à voir avec la tenue que portait la jeune femme, souligne Kévin*. "On n’a rien contre elle. On nous fait croire qu’on est des affamés, des accros à j'sais pas quoi. Pour être honnête j’avais même pas fait attention qu’elle avait une jupe," lance-t-il. Ce qui corrobore les propos de Caroline : sur sa vidéo, choquée, la victime affirme qu'elle se fait importuner régulièrement dans les rues de Strasbourg, qu'importe sa tenue.

*le prénom a été changé

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