Une ancienne imprimerie lithographique reprend vie, "je ne pense pas que dans le monde, on puisse retrouver un lieu pareil"

Fermée depuis les années 1950, une ancienne imprimerie lithographique de Strasbourg-Cronenbourg (Bas-Rhin) est remise en état par des passionnés, pour en faire un lieu culturel pour tous.

C’est un lieu hors du temps. Un site industriel de la première moitié du 20ᵉ siècle, resté dans son jus depuis sa fermeture dans les années 1950. À l’arrière d’une maison du quartier strasbourgeois de Cronenbourg, l’ancienne imprimerie lithographique Geistel, avec ses trois lourdes presses de la fin du 19ᵉ siècle, et ses 1 600 pierres calcaires toujours prêtes à l’emploi.

Et ce lieu ressuscite peu à peu. Il contient en lui la promesse de futures réalisations artistiques et de beaux moments de partage et de transmission. Son retour progressif à la vie a été rendu possible grâce à son ancienne propriétaire, fille de l’imprimeur Joseph Geistel qui l’avait créé vers 1910. Et d’autre part grâce à une poignée de passionnés, membres de l’association EEG (Espace européen Gutenberg).

Durant des décennies, la propriétaire s’était contentée de laisser l’atelier paternel intouché. Mais depuis une dizaine d’années, avec l’EEG, elle avait créé un fonds de dotation, auquel le site a pu être légué lorsque elle-même est décédée en 2023. Désormais, une petite équipe de bénévoles, autour du lithographe Alain Hurstel de Hohfrankenheim (Bas-Rhin), retrousse les manches avec joie. Pour nettoyer, répertorier les pierres, et remettre les trois presses en état de marche, dans le but de pouvoir bientôt ouvrir l’imprimerie au public.

Ce leg est vraiment une chance phénoménale

Alain Hurstel

"Je ne pense pas que dans le monde, on puisse retrouver un lieu pareil, s’exclame Alain Hurstel. Ce leg est vraiment une chance phénoménale. Toutes les imprimeries lithographiques ont été abandonnées. Les pierres ont abouti dans les jardins, et les presses ont fait place aux machines offset."

Mais cette imprimerie, où ont été créées d’innombrables étiquettes pour des marques régionales de bières, de chocolat ou de bonbons, "a été conservée justement parce qu’elle n’a pas réussi à faire la transition vers l’offset" explique le lithographe.

Un procédé inventé au 18ᵉ siècle

Après trois quarts de siècle d’interruption, la première des trois presses a déjà repris du service. À l’intérieur de ce monstre de plusieurs tonnes, une pierre de calcaire, sur laquelle le motif à reproduire a été dessiné avec un corps gras, fait des va-et-vient. Entre un rouleau qui l’encre, et un autre qui l’humidifie. L’encre s’accroche sur le tracé gras, mais elle est repoussée sur les surfaces humides, ce qui permet d’imprimer le motif.

Alain Hurstel s’est formé à ce procédé dans les années 1980, "auprès de quelques imprimeurs lithographes qui existaient encore en France. Il affectionne le potentiel graphique de la technique. On dessine sur la pierre comme sur une feuille de papier, on peut s’exprimer très librement, au crayon, à la plume ou au pinceau, détaille-t-il. Ensuite, il y a une alchimie entre l’artiste et l’imprimeur, dans le choix des couleurs et des possibilités. L'impression est une deuxième phase, pas juste une reproduction du dessin. Tout le processus est passionnant." 

Des pratiques plus artistiques

"La découverte de la lithographie a été un des booms de l’imprimerie, assure encore Alain Hurstel. Durant tout le 19ᵉ siècle, ça a été l'euphorie pour ceux qui s’y sont lancés." Et si la lithographie commerciale, industrielle, s’est arrêtée dans les années 1950, il existe à nouveau "une grande vigueur pour tout ce qui est lithographie artistique. On va pouvoir imprimer de beaux travaux d’artistes sur ce type de presse", se réjouit-il. En effet, bien bichonnées, ces vieilles machines increvables ont encore de beaux jours devant elles.  

"C’est un accomplissement, et on ne s’en lasse pas, jubile Herrade Nehlig, une autre bénévole. Une machine qui tourne, un lieu qui vit, où un métier ancien peut servir à des jeunes qui veulent faire des activités artistiques. Car jusqu’à présent, il n’y a rien, à Strasbourg, autour des métiers liés à l’imprimerie. Alors que nous sommes dans la ville de Gutenberg."

Mais les portes de l’ancienne imprimerie Geistel ne s'ouvriront pas uniquement aux artistes. L'équipe de bénévoles espère qu'elle deviendra aussi un endroit où transmettre un savoir-faire, et pouvoir y initier les plus jeunes. Sans oublier son aspect muséal.

"Beaucoup de gens aiment découvrir des lieux restés tels quels, estime Alain Hurstel. Or, on trouve bien dans certains musées un petit département de lithographie. Mais on n’y rentre pas, comme ce sera le cas ici, dans le vécu d'une véritable imprimerie. Dans ce quartier populaire de Strasbourg-Cronenbourg, il nous semble important d’offrir un nouveau lieu culturel." Tout à la fois musée, imprimerie et site de petites productions, pour des amateurs comme des professionnels.

Un financement à compléter

Seulement, pour en arriver là, il reste encore du pain sur la planche. Outre la restauration des machines, il s’agit aussi d’isoler le bâtiment, installer des sanitaires et aménager un espace d’accueil du public. Des travaux de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’euros.

Pour trouver les fonds nécessaires, des mécènes sont sollicités, et une cagnotte a été lancée en ligne. En outre, le 25 mai, de 10h à 18h au 48 rue du Gazon, 67200 Strasbourg, les autres biens de l’ancienne propriétaire seront vendus lors d’un vide-maison, au profit du fonds d’investissement.

Mais l’équipe est confiante. Car rien qu’avec le bouche-à-oreille, Alain Hurstel assure qu’il y a "déjà beaucoup de gens qui ont envie de s’impliquer dans cette aventure." Et de redonner une seconde vie à cette imprimerie d’antan.

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