Strasbourg : "On n’est pas payé pour être assis des heures dans notre camion", l'agacement et l'inquiétude des pompiers face à la crise aux urgences

Publié le Mis à jour le
Écrit par Astrid Servent .

A Strasbourg, la crise aux urgences touche de plein fouet l’activité des pompiers. Leurs ambulances passent des heures à attendre que les patients soient pris en charge. C’est autant de temps et de moyens bloqués par une mission qui dévoie leur cœur de métier.

Manque de lits, de personnels, les urgences du Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg et de Hautepierre sont sous tension depuis plusieurs semaines, obligeant la direction à déclencher le plan blanc le 25 novembre 2022. Contraints à passer des heures à attendre la prise en charge des patients, les pompiers du SDIS 67 sont las et inquiets.

"On a toujours connu des périodes tendues, comme au moment de la grippe. C’est un pic classique et on absorbe. Mais là, c’est en continu", explique Cédric Hatzenberger, secrétaire général FO au SIS 67. Les remontées de terrain rapportent des temps d’attente de deux heures en moyenne. Or, pour ces pompiers professionnels, le délai de prise en charge respectable se situe en dessous de la demi-heure.

Depuis la Toussaint, "on atteint parfois des records avec 4 heures bloqués devant les urgences, à attendre que la personne soit prise en charge. Avant, le problème concernait surtout le NHC. Maintenant, et c’est la nouveauté, ça bloque aussi à Hautepierre".

L'effet papillon

C’est l’aboutissement d’un délitement général. Il explique : "Les médecins de ville ne sont pas assez nombreux, ceux qui sont là ne font presque plus de visite à domicile. Résultat : ces gens, qui devraient être vus par des généralistes, nous appellent pour une prise une charge. La décision de la régulation du Samu 67 aboutit souvent à les conduire aux urgences. Et là, on attend des heures, assis dans nos camions".

Les 320 pompiers professionnels du SIS 67  qui interviennent sur l’Eurométropole disposent de 10 ambulances pour couvrir l’Eurométropole : "Quand on en a cinq bloquées à Hautepierre et trois au NHC, vous voyez ce qui reste pour assurer le reste de nos missions", souffle le secrétaire général FO du SIS 67.

Selon Cédric Hatzenberger, "le secours à la personne représente aujourd’hui 80% de l’activité des sapeurs-pompiers du SIS 67, sachant que le reste (incendie, accident de la route, risques industriels, pollution) n’a pas baissé !".

Inquiétudes en cascades

Cette situation est alarmante. "Comment fait-on s’il y a un gros pépin sur Strasbourg et que les deux tiers de notre flotte sont bloqués aux urgences. On ne va pas mettre nos personnes prises en charge dehors !"

Au-delà de cela, c’est le moral des troupes qui est affecté. Les hommes se sentent pris en otage d’un système. Leur fonction est dévalorisée. "On est absorbés par ce flux de gens à emmener à l’hôpital. On perd la foi !", s’exclame le syndicaliste.

Alors que faire ? Réclamer plus d’ambulances ? "Certainement pas ! Cela reviendrait à dévoyer encore plus le système", s’agace Cédric Hatzenberger. "Il faudrait vraiment que l’hôpital ait les moyens de s’organiser différemment et qu’à l’autre bout de la chaine, les gens aient bien conscience que le service public a ses limites".

Il déplore une montée de l’assistanat et une surconsommation du public quand le privé fait défaut.

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