Coronavirus : commandes de masques avant le 13 avril non subventionnées par l'Etat, des élus locaux voient rouge

Les collectivités les plus rapides à distribuer des masques seront-elles désavantagées ? De Charleville-Mézières à Troyes en passant par Reims, le mécontentement grandit quant aux modalités de subventions de l’Etat. Il ne prend pas en charge les commandes enregistrées avant le 13 avril.

Distribution de masques à Saint-Pouange (Aube)
Distribution de masques à Saint-Pouange (Aube) © Brice Bachon/ France Télévisions
La date n’est pas arbitraire selon l’Etat : le 13 avril dernier, Emmanuel Macron annonçait aux Français la fin du confinement et la nécessité de se préparer à se protéger pour en sortir. C’est donc sur cette date que le gouvernement s’est fixé pour proposer une subvention à l’achat de masques par les collectivités territoriales. En clair, l'État apporte désormais sa participation à hauteur de 50 % du coût des masques achetés par les collectivités à compter du 13 avril, sur la base d'un prix de référence. Le hic, c'est que dans l’ex-région Champagne-Ardenne, de nombreuses collectivités avaient déjà commandé les précieux sésames avant, pour une vie à l’extérieur.

Un parti-pris que dénonce le maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon (LR). "En corrélation avec le Département, nous avons mis un masque à la disposition de chaque Ardennais et notre engagement s’est concrétisé par une commande dès le 9 avril. A notre débit nous comptons 720.000 euros pour 288.000 masques. Avons-nous eu raison trop tôt ? C’est dommage que l’Etat ne le reconnaisse pas. Il nous reste encore à équiper les 900 agents de la ville pour l’année qui vient… Un coup de pouce de l’Etat nous aurait permis de financer cette nouvelle enveloppe. Nous travaillons avec l’Etat à une solution."

Retenu en visioconférence avec le gouvernement, le maire de Troyes (LR) et président de Troyes Champagne Métropole, François Baroin, s’est fait représenter ce 25 mai par son adjoint Marc Sebeyran lors de la visite d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, en déplacement chez le fabricant aubois de masques sanitaires Bioserenity.  Pas de petite phrase pour l’heure par conséquent…

 
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, en déplacement chez le fabricant aubois de masques sanitaires Bioserenity à Troyes, le 25 mai
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, en déplacement chez le fabricant aubois de masques sanitaires Bioserenity à Troyes, le 25 mai © Clément Meunier/France Télévisions
 

"On nous rembourse sur la base de 2€ par pièce, on les a achetés plutôt 6€"

En attendant, c’est son adjoint aux finances Bertrand Chevalier qui s’exprime : "Il faut être transparents sur les coûts… La position de l’Etat est arbitraire et pénalise la collectivité troyenne. Notre territoire riche en industries textiles comme Lacoste, Petit Bateau ou Chanteclair nous a permis de réagir très vite. Dès le 20 mars, nous procédions aux premières commandes. Or, au regard des dates, seuls 20% des 350.000 masques distribués dans Troyes Champagne Métropole pourraient être subventionnés."

La municipalité de Troyes souligne également la faiblesse du montant de la prise en charge. "Elle est largement en dessous de 50% du coût. Rien que sur les masques textiles, on nous rembourse sur la base de 2 euros par pièce alors qu’on les a achetés plutôt 6 euros. Au total, la facture s’élève à 1,7 millions d’euros ! On y ajoute les masques jetables, les autres équipements de protection, on dépasse largement les 3 millions d’euros. Tous les coûts de la crise directs et indirects ont été exposés en Préfecture. Nous aimerions les transférer à l’Etat."

Dans la Marne, le maire LR de Reims, Arnaud Robinet, fustige également "une règle nationale injuste qui pénalise les collectivités les plus vertueuses". Il va même plus loin. "Pour être encore plus juste et reconnaître que la prise d’initiatives des maires a été salutaire durant cette crise, j’estime que l’Etat devrait également rembourser les masques qu’il a réquisitionnés."

 

Il y a tout de même des communes pour lesquelles il n’y aura "pas de sujet". Ou en tout cas pas pour la date de début de prise en charge. A Romilly-sur-Seine, l’équipe d’Eric Vuillemin – soutenue par LREM aux élections – n’a pas de motif de grogne vis-à-vis de l’Etat. Elle a pourtant également fait preuve de célérité en demandant au Coq Sportif, en premier lieu, deux masques pour ses habitants. Depuis, elle a également investi pour ses agents. "Là où nous avons de la chance, c’est que nous avons dû attendre l’homologation par la Direction Générale de l’Armement et la certification Afnor. Notre commande a donc été faite après le 13 avril !"

 
Distribution de masques à Romilly-sur-Seine (Aube)
Distribution de masques à Romilly-sur-Seine (Aube) © Document remis


"Nous nous étions intéressés très tôt aux masques mais nos commandes ont été faites au bon moment,  affirme enfin le maire PS de Vitry-le-François, Jean-Pierre Bouquet, encore en balance avant le second tour des municipales. S’il y a débat chez nous, c’est sur la date de fin de ce dispositif, le 1er juin ! C’est un peu rapide, et même si nous avons déjà acquis 90.000 masques au titre de la ville et de la Communauté de communes, nous allons nous dépêcher d’en recommander et de faire des provisions !"
 
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