Coronavirus : les réactions en Alsace au plan gouvernemental de déconfinement présenté par Edouard Philippe

Le Premier ministre, Edouard Philippe, présentant le plan gouvernemental de déconfinement, devant l'Assemblée nationale / © Michel Clementz /Max PPP
Le Premier ministre, Edouard Philippe, présentant le plan gouvernemental de déconfinement, devant l'Assemblée nationale / © Michel Clementz /Max PPP

En Alsace, l'un des territoires les plus violemment frappé par le covid19, de nombreux responsables politiques et de santé ont réagi suite à la présentation par le Premier ministre Edouard Philippe du plan de déconfinement du gouvernement, mardi 28 avril.

Par Catherine Munsch

Des personnalités politiques alsaciennes comme Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, Christian Klinger, président de l'association des maires du Haut-Rhin, Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin et Roland Ries, maire de Strasbourg réagissent plutôt favorablement au plan de déconfinement, présenté par le Premier ministre. Mais le chef des urgences de Colmar, estime lui, que "le gouvernement n'a rien compris".
 

 

Un déconfinement progressif indispensable pour les élus locaux alsaciens

A partir du jeudi 30 avril, le plan de déconfinement prévoit une classification des départements en fonction de différents critères, en faveur ou défaveur d'un déconfinement au 11 mai. Tous les soirs, à partir de jeudi 30 avril, sera publié une carte de France, traduisant l'état des lieux des départements. Ils seront classés en catégorie verte ou rouge selon leur situation, en fonction du taux de circulation du covid19 dans le département, de la charge des services de réanimation des hôpitaux et des capacités locales pour procéder ou non aux tests de dépistage.
 
Pour la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, il est indispensable de tenir compte de la spécificité des territoires. "Pour l’instant, les mesures sont nationales, mais là il faut tenir compte des territoires. Il y a encore beaucoup de "patients covid" hospitalisés en réanimation dans le Haut-Rhin. Aujourd’hui encore, le nombre de lits en réanimation dépasse le nombre que nous avions avant la crise". Pour elle c’est évident : "Nos départements alsaciens sont dans l’incertitude du déconfinement le 11 mai, mais nous sommes à disposition du gouvernement pour travailler avec lui en confiance et au plus vite, pour gérer ce déconfinement".

Satisfaction pour Frédéric Bierry, le président du Conseil départemental du Bas-Rhin, après la présentation du plan de déconfinement du Premier ministre, présenté à l’Assemblée nationale, ce mardi 28 avril. Au moment de leur rencontre la semaine dernière, le président du conseil départemental avait exposé trois requêtes au premier Ministre pour le plan de déconfinement : la prise en compte du périmètre pertinent de celui-ci pour l’Alsace, la prise en compte de la réalité sanitaire alsacienne et un déconfinement progressif et différencié pour notre région. Le président du département du Bas-Rhin se félicite également que ce déconfinement soit annoncé comme "progressif et révisable en cas de besoin - selon les indicateurs de suivi sanitaire et les comportements observés".
 

Acter qu’il convient d’avoir un déconfinement local différencié, c’est à dire ajusté à la réalité alsacienne, me satisfait. C’est du concret. J’ai le sentiment d’avoir été entendu par le Premier ministre.
-Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin


La réaction est très différente du chef du pôle des urgences de Colmar, Yannick Gottwalles. Selon lui "le gouvernement n'a rien compris à la situation, pour lui l'essentiel est la reprise économique". Contrairement aux élus locaux, globalement satisfaits, même s'ils n'ont pas eu de réponses sur de nombreux points concrets, le chef du pôle des urgences de Colmar, Yannick Gottwalles, est déçu par le plan du gouvernement. "Nous n’avons rien appris dans la présentation de ce plan. Le gouvernement n’a pas compris ce qui se passe. Pour lui, le plus important, c’est l’économie. La remontée annoncée des informations, pour déterminer si un département est en rouge ou en vert, se base sur des éléments qui n’existent pas à l'heure qu'il est. Nous n’avons pas les kits de prélèvements, pas les machines, pas les masques." 

"Je veux bien qu’on se fixe des objectifs, mais nous n’avons pas les capacités de les atteindre rapidement. Nous faisons 250.000 tests actuellement en France avec des efforts considérables. On nous demande de faire le triple à partir du 11 mai, c’est matériellement impossible, sauf à nous trouver des machines, des automates d’analyses qui viennent en général de Chine, d’Allemagne ou des Etats-Unis, je ne vois pas comment on peut dire ça.
"
 

Nous n’avons rien appris dans la présentation de ce plan. Le gouvernement n’a pas compris ce qui se passe. Pour lui, le plus important, c’est l’économie
-Yannick Gottwalles, chef du pôle des urgences de Colmar


Selon lui, la notion de « protéger-tester-isoler », aurait dû être appliquée dès le début de l'épidémie. "Mais nous n'étions pas en capacité de le faire, car comment protéger une population sans masques efficaces et bien portés, comment tester sans kits de prélèvements, ni machines pour les analyses, ni le personnel formé pour cela ?"
 
Le déconfinement sous condition est le seul élément qui a trouvé grâce aux yeux du chef de pôle des urgences de Colmar. "J'ai trouvé très positif la précision du Premier ministre, quand il a dit que si les indicateurs n'étaient pas au rendez-vous, nous ne déconfinerions pas le 11 mai. Il faut marteler cela à la population, car nous sommes encore dans une phase active de la pandémie. Jusqu’au lundi 27 avril, le seul traitement c'était le confinement. Et on voit sur les courbes des cas d'hospitalisation, qui maintenant stagnent, qu'il y a un fond de roulement permanent, avec tous les jours encore des nouveaux cas qui arrivent. Cela signifie que le virus circule encore, alors que nous sommes théoriquement en confinement. Il va falloir vivre avec encore quelques semaines, peut-être des mois. Sans oublier une réactivation d’ici quelques mois ou années d'une souche apparentée."
 

Les départements alsaciens demandent un accompagnement et une réelle prise en compte de leurs actions

Prévu au 11 mai 2020, le déconfinement tant attendu par la population française ne se fera pas d'un bloc dans tout l'Hexagone. Impossible de loger tout le monde à la même enseigne, au vu des différences de situations notoires entre les territoires. L'Alsace par exemple a été frappée très tôt et très violemment par le virus. La crise sanitaire y a créé un engorgement sans précédent des services d'urgence et poussé les personnels hospitaliers jusqu'à l'épuisement. Au moment même où le Premier ministre présente le plan gouvernemental de déconfinement, le nombre de lit en réanimation dépasse le nombre de lits existant avant l'épidémie. 

Brigitte Klinkert appelle l'Etat à "accompagner l’Alsace en terme de dépistage, de mesures et de moyens de sécurité et de soutien à l’économie sinistrée." Au niveau du département du Haut-Rhin et de l'Alsace, elle propose de mettre en place une coordination locale. "Ce serait des réunions de concertations associant les forces vives politiques, syndicales, économiques, sociales, culturelles et associatives pour avancer pas à pas, en fonction de l'évolution de l'état sanitaire local, tout en tenant compte des difficultés que connaissent les acteurs économiques et associatifs." Pour elle, une chaîne de solidarité a été bâtie en Alsace et il faut s'appuyer sur ce travail collectif.

Dans le Bas-Rhin, Frédéric Bierry se réjouit que le Premier ministre ait compris que "la sphère publique territoriale est celle qui a du sens, c’est elle qui est pertinente pour l’action publique d’urgence". Le président du conseil départemental souhaite qu'à l'avenir aussi, le gouvernement prenne réellement conscience que "l’action publique du territoire est essentielle". Si l'avancée dans la coopération entre gouvernement et territoires est remarquable à ses yeux, il existe une marge de progrès, pour atteindre ce qu'il appelle de ses voeux, à savoir la co-construction. 

 "L’action publique du territoire est essentielle"
- Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin
 

Beaucoup de questions en Alsace, autour de la rentrée scolaire

Dans les territoires, le gouvernement propose de gérer le déconfinement en créant des binômes entre les maires et les préfets. Selon les maires, c'est une coopération indispensable qui fonctionne heureusement déjà depuis le début de l'épidémie du covid19. Pour Christian Klinger, président de l'association des maires du Haut-Rhin, et maire de Houssen, les deux soucis majeurs à gérer pour les maires sont la rentrée scolaire et la vie sociale des communes. 
 

La rentrée scolaire nous préoccupe le plus. On a compris qu'elle serait progressive et basée sur le volontariat. Mais il faudra nous préciser ce que l'on entend par volontariat.
-Christian Klinger, président de l'association des maires du Haut-Rhin


"Dans le plan du Premier ministre, nous avons compris que pour les écoles primaires et maternelles qui accueilleront à nouveau des enfants, la reprise se fera en petits groupes, que les crèches rouvriront aussi le 11 mai, mais nous n'avons pas de consignes quant à la désinfection des locaux, la fourniture de gels, comment organiser la restauration scolaire". C'est aux maires de gérer ces réalités techniques et très concrètes avec le préfet.

Une visioconférence entre le bureau de l’association des maires du Haut-Rhin est d’ailleurs prévue avec la préfète Josiane Chevalier, ce jeudi 30 avril. « Nous avons beaucoup de questions pratiques, en terme d’organisation. Si nous faisons des groupes de 10 ou 15, nous ne pourrons pas accueillir tous les élèves en mai. Il faudra en discuter, mais le préfet devait attendre les annonces du gouvernement." Pour les maires alsaciens, cette rentrée dépendra de toute façon de la saturation des hôpitaux. "Si dans le Haut-Rhin l’épidémie reste élevée, la rentrée du 11 mai devra peut-être être reportée au 18, voire au 25 mai", conclut le président de l'association des maires du Haut-Rhin. 

Pour Roland Ries, le maire de Strasbourg : « Strasbourg et l’Alsace ont été très impactés par le virus. Je pense qu’ici, on sera dans une rentrée probablement plus progressive qu’ailleurs ». Quant aux effectifs dans les écoles, il estime le nombre d'élèves par classe, non pas à 50%, mais plutôt à 30%.
 

En Alsace, le combat contre le virus continue

Tous sont d'accord sur un point : la possibilité d'un retour du virus à plus ou moins longue échéance. Pour Frédéric Bierry, "le combat contre le virus continue, il faut nous préparer à sa contre-attaque. C’est pourquoi, les conseillers départementaux et les agents du département restent mobilisés. C’est pourquoi, nous contribuerons au plan de déconfinement bas-rhinois quand nous y serons officiellement invités."  Distanciation sociale et rentabilité économique ne sont pas faciles à conjuguer. Certains de nos pays voisins ont redémarré plus rapidement que nous.

Chez nos voisins allemands où Angela Merckel dénonçait récemment "une orgie de discussions autour des mesures de relâchement", le taux de contamination semble déjà repartir à la hausse, une semaine seulement après la reprise de l'activité économique du pays. En France et en Alsace notamment, un taux de contamination à la hausse serait extrêmement difficile à gérer, voire catastrophique, car la tension est encore forte dans les hôpitaux et reconfiner la population semble impensable. Tout le défi de la France et de l'Alsace, lourdement frappée, est là : relancer l'économie et la vie sociale du pays, sans relancer l'épidémie.

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