Coronavirus : le Haut-Rhin, probable département “rouge”, ne s’attend pas à une réouverture des écoles dès le 11 mai

Une classe vide de l'école élémentaire du Fehlacker à Pfastatt (Haut-Rhin) pendant l'épidémie de coronavirus. Beaucoup de parents haut-rhinois préfèreraient que cela reste ainsi jusqu'aux grandes vacances. / © T. Gachon/MaxPPP
Une classe vide de l'école élémentaire du Fehlacker à Pfastatt (Haut-Rhin) pendant l'épidémie de coronavirus. Beaucoup de parents haut-rhinois préfèreraient que cela reste ainsi jusqu'aux grandes vacances. / © T. Gachon/MaxPPP

Dans son discours à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a annoncé que le déconfinement serait différencié selon la situation des territoires. Le Haut-Rhin, très meurtri par l’épidémie, ne s’attend pas donc une réouverture des écoles dès le 11 mai. Et n’y est pas prêt.

Par Caroline Moreau

« C’est bon, les écoles ne rouvriront pas le 11 mai ! ». C’est presque soulagée que Florence Claudepierre, une mère de famille haut-rhinoise, nous fait part de ses impressions après avoir écouté Edouard Philippe. Le Premier ministre vient de présenter les grandes lignes du plan de déconfinement devant l’Assemblée nationale. Maintenu à partir du 11 mai, il sera « progressif », et « différencié » entre les départements "verts", où il sera appliqué largement, et "rouges", où il prendra une forme plus stricte.

Les départements "rouges" seront soit ceux qui auront un "taux de cas nouveaux dans la population sur une période de 7 jours, (qui) reste élevé", soit ceux qui ont "des capacités hospitalières régionales en réanimation tendues", soit ceux qui ont un "système local de tests et de détection des cas contacts pas suffisamment prêt".

Edouard Philippe, Premier ministre

Aucun doute pour Florence Claudepierre, le Haut-Rhin – l’un des départements qui a payé le plus lourd tribut dans cette crise du coronavirus  - sera classé en rouge. Cela lui fait un gros poids en moins sur les épaules. Comme beaucoup de mamans haut-rhinoises, elle était très inquiète à l’idée que les écoles rouvrent d’ici deux semaines : « si ça ne tenait qu’à elle, ma fille aurait envie de retourner en classe dès le 11 mai pour retrouver ses copains. Mais moi ça me fait peur. J’ai un profil à risque. Et puis il y a encore beaucoup de malades autour de nous, la crise sanitaire est loin d’être réglée ici, constate-t-elle depuis la vallée de Masevaux où elle réside. Hors de question dans ces conditions de prendre le risque de relancer l’épidémie », assène cette porte-parole des parents, elle qui est présidente de la Fédération de parents d'élèves (FCPE) du Haut-Rhin.
Florence Claudepierre en pleine séance d'école à la maison, avec Marion, sa fille lycéenne. / © V. Voegtlin/MaxPPP
Florence Claudepierre en pleine séance d'école à la maison, avec Marion, sa fille lycéenne. / © V. Voegtlin/MaxPPP
« Les parents sont vraiment très inquiets. J’ai même eu une maman qui élève seule ses cinq enfants et qui continue malgré tout de travailler. Je m’attendais à ce qu’elle soit pour la réouverture rapide des écoles, raconte la responsable associative. Mais pas du tout. Pour elle, ce n’est pas envisageable. Elle dit avoir réussi à s’organiser toute seule pour concilier son emploi et sa famille depuis le début du confinement, elle préfère continuer comme cela. Elle a trop peur de la maladie. »

Lors de ses échanges avec les parents, un mot revient de manière récurrente : la confiance, ou plutôt désormais le manque de confiance envers les mesures annoncées par le gouvernement. 

Les parents n’ont pas l’impression que cette réouverture des écoles est faite dans l’intérêt des enfants. Ils ont le sentiment d’être sacrifiés sur l’autel de la reprise économique. 

- Florence Claudepierre, présidente de la FCPE du Haut-Rhin.

Demande de report à Mulhouse

Cette inquiétude palpable chez les parents haut-rhinois est partagée par certains élus du département. A Mulhouse, la maire LR Michèle Lutz a elle aussi écouté avec attention les déclarations du Premier ministre. Si elle entend les impératifs sociaux et économiques d’une réouverture des établissements, elle prend note de la souplesse laissée à certains territoires et dont sa ville aura besoin. « L’une des demandes que je vais faire au préfet sera de décaler le 11 mai à une date ultérieure, annonce-t-elle. Il faut que j’ai la certitude de pouvoir préparer et désinfecter les écoles et d’avoir à disposition le personnel nécessaire pour accueillir les enfants dans les meilleures conditions ». 

Elle n’avance encore aucune autre date. Seule case pour l’heure à cocher dans les calendriers : celle du 7 mai, annoncée devant les députés par Edouard Philippe. On devrait alors connaître la liste des départements « verts » et des départements « rouges ».
Ce petit Mulhousien devrait continuer à suivre les cours de l'école primaire à la maison au-delà du 11 mai. / © JF. Frey/MaxPPP
Ce petit Mulhousien devrait continuer à suivre les cours de l'école primaire à la maison au-delà du 11 mai. / © JF. Frey/MaxPPP
Mais reprendre l’école pour quelques semaines seulement avant les grandes vacances a toutefois pour du sens pour la maire de Mulhouse. « Tenir les enfants éloignés six mois de l’école n’est pas une bonne chose. Il est important pour leur épanouissement de retrouver un nouveau contact social qu’ils n’ont plus depuis des semaines, argumente Michèle Lutz qui doit faire face à un dilemme. Sa commune est l’un des épicentres de la pandémie mais ses écoles sont quasi-toutes en réseau d’éducation prioritaire, donc avec un risque accru de décrochage scolaire. Etant donnée la sociologie des petits Mulhousiens, il est important de s’occuper en priorité des enfants les plus éloignés de l’école, qui n’ont pas accès au numérique par exemple. »

A Colmar, les enfants devront avoir un masque

Il y a la date de la reprise, il y a aussi les conditions sanitaires dans lesquelles elle s'effectuera. Selon les préconisations du Premier ministre, le port du masque pour les enfants sera "prohibé" en maternelle, "non recommandé" en élémentaire et obligatoire au collège. Des recommandations sur la foi d'avis scientifiques qui ne suffisent pas au maire LR de Colmar Gilbert Meyer. "Ma consigne demeure concernant le port du masque pour les enfants en école élémentaire. Chaque curé est maître dans son église". L'adage vaut avertissement. L'édile a déjà fait savoir à la préfecture du Haut-Rhin qu’il n’autoriserait pas la réouverture des 47 maternelles et des 69 écoles élémentaires de sa commune tant qu’il n’y aura pas un masque pour chaque enseignant et chaque élève. Les commandes ont été passées mais des retards sont annoncés pour les livraisons : ils ne devraient arriver que fin mai, et les premiers stocks attendus ne permettront d’équiper que 80% de la population colmarienne, selon le maire. 
« Je ne veux pas avoir à faire de tri, commente Gilbert Meyer. Je ne veux pas avoir à trancher si je dois plutôt donner des masques aux enfants ou aux personnes âgées. C’est une trop grande responsabilité à assumer. » 
Panneau apposé pendant l'épidémie de coronavirus devant l'école des tulipes, à Colmar. La ville compte 5228 élèves en maternelle et élémentaire. / © L. Schaeffer/FranceTélévisions
Panneau apposé pendant l'épidémie de coronavirus devant l'école des tulipes, à Colmar. La ville compte 5228 élèves en maternelle et élémentaire. / © L. Schaeffer/FranceTélévisions
Pour les parents colmariens qui souhaiteraient toutefois remettre leurs enfants à l'école au plus vite, le maire fait savoir que les élèves pourront être pris en charge dès le 11 mai, mais uniquement sur inscription préalable. A la date de rédaction de cet article, 1972 inscriptions ont été enregistrées en écoles maternelle et primaire, soit 38% des effectifs.

Qui sera responsable en cas de problème ?

Si Florence Claudepierre n’est pas ressortie totalement soulagée de l’allocution d’Edouard Philippe, c’est parce que beaucoup de questions restent en suspens. La responsabilité en cas de problème est une préoccupation qui revient souvent chez les parents qui s’inquiètent du retour en classe. « Si un enfant propage la contamination dans une école, et que cette contamination entraîne des décès, qui sera responsable ? Le parent, l’enseignant, le directeur d’établissement, le maire ? » se demande Florence Claudepierre qui relaie aux élus les innombrables questions des familles. Pas de précision sur ce point de la part du Premier ministre. « Et d’abord comment savoir si un enfant est porteur ? On ne connaît toujours pas les symptômes précis du covid19. Une diarrhée est-elle un signe ? Qu’est-ce qu’on fait de l’enfant qui va bien en arrivant à 8h et qui ne se sent pas bien deux heures plus tard ? Comment l’isoler ? Si l’enseignant est seul dans sa classe, il fait quoi ? » Trop d'interrogations encore en suspens, alors Florence Claudepierre a comme beaucoup de Haut-Rhinois déjà pris sa décision : elle ne renverra pas ses enfants à l’école d’ici la fin de l’année scolaire.

 

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