Déconfinement : la pêche rouvre en partie en Alsace, les pisciculteurs espèrent se relancer après deux mois d’arrêt

Avec le début du déconfinement lundi 11 mai, la pêche est à nouveau autorisée dans les cours d’eau. Pas dans les lacs ni les étangs. Un premier pas indispensable pour les pisciculteurs et détaillants, sans activité pendant le confinement et dont certaines entreprises sont menacées.

La pêche à la truite n'avait ouvert qu'une semaine avant le confinement, les amateurs n'ont quasiment pas pu en profiter.
La pêche à la truite n'avait ouvert qu'une semaine avant le confinement, les amateurs n'ont quasiment pas pu en profiter. © Laurent Madelon / Fédération Nationale de la Pêche en France
Les pêcheurs vont pouvoir ressortir leurs cannes de leurs garages à partir du lundi 11 mai avec le début du déconfinement. En Alsace, la pêche est autorisée dans les cours d'eau, mais se déplacer au bord des lacs ou dans les parcs et jardins publics (plans d'eau compris) est toujours interdit. Les amateurs vont donc devoir se contenter dans un premier temps des rivières ou canaux, à condition de rester à moins de 100 kilomètres de chez eux, de ne pas se regrouper à plus de dix personnes et de respecter les mesures barrières. "On attendait ça avec impatience", sourit Robert Erb, le président de la Fédération de pêche du Bas-Rhin. Le confinement est intervenu au moment où la grosse saison démarrait, quelques jours à peine après l'ouverture de la pêche à la truite, que les adeptes de ce poisson attendaient depuis près de six mois.

Robert Erb est soulagé de cette avancée, même s'il voit déjà plus loin : "Pour les étangs, les lacs, les plans d'eau, il faudra solliciter chaque maire et lui-même décidera de demander ou non l'autorisation d'accès au préfet. Certains spots sont très recherchés, on espère pouvoir y accéder bientôt. Mais la santé passe avant tout", indique-t-il.

Avec la crise, moins de cartes de pêche

L'enjeu n'est pas seulement la pêche en elle-même et le plaisir qu'elle procure à ceux qui la pratiquent. Il en va aussi de la santé financière de tout un secteur. À commencer par les AAPPMA, les associations agréées pour la pêche et la protection du milieu aquatique. Elles sont 117 dans le Bas-Rhin.

Au printemps, en temps normal, les sites qu'elles gèrent ou occupent grouillent de monde. Les concours de pêche se multiplient chaque week-end. Des passionnés de longue date, venus entretenir leur technique, croisent des familles à la recherche d'occupation pour les enfants. Des scènes de vie et des manifestations qui ne peuvent pas avoir lieu cette année et, par conséquent, des rentrées d'argent qui vont cruellement manquer.
La pêche pourra reprendre dans la Sauer.
La pêche pourra reprendre dans la Sauer. © Laurent Madelon / Fédération Nationale de la Pêche en France
Pour les associations, le droit de pêcher autant que possible, même de façon isolée, est donc fondamental. Car elles vivent aussi en partie des cartes de pêche qu'elles vendent. Là encore, le coronavirus a fait mal. "Pendant le confinement, les gens n'ont pas acheté de carte. Pour l'instant, dans le Bas-Rhin, on recense 12.000 pêcheurs, c'est environ 25 à 30 % de moins que les années précédentes à la même période. On espère que ça va repartir à partir du 11 mai", détaille le président de la Fédération de pêche du Bas-Rhin. Certaines entreprises en dépendent.


Trop de poissons chez les pisciculteurs 

À Sparsbach, tout petit village du nord du Bas-Rhin, les étangs de la pisciculture Kircher sont bondés. Entre sept et dix tonnes de truites auraient dû en sortir pour l'ouverture de la pêche, mi-mars. La pluie, tombée en abondance au début de mois, a retardé la livraison aux associations de quelques jours et entre temps, la crise sanitaire l'a rendue impossible. Pour le gérant, Geoffrey Kircher, aux manettes depuis janvier, le déconfinement est une libération. Il avoue "ne plus pouvoir dormir la nuit".

Mes sous sont en train de nager dans mes étangs.
-  Geoffrey Kircher, gérant de la pisciculture Kircher

"Il faut que j'arrive à garder mes poissons en vie, explique-t-il. Je ne peux pas me permettre d'avoir un problème sur mon cheptel, car mes sous sont en train de nager dans mes étangs. On cherche des bassins un peu partout, les poissons ont besoin d'oxygène pour vivre". Ses truites pèsent aujourd'hui près de 600 grammes, deux fois plus qu'il y a deux mois. Il a dû payer la nourriture, 1.200 euros environ la tonne - qui ne suffit pas pour une semaine - sans avoir d'argent qui rentre. Les restaurants, fermés, ne lui achètent plus de marchandises. Seule la vente aux particuliers (voir le tweet ci-dessous) qu'il vient de lancer - et qui "marche bien, on est content" - l'aide à tenir : 20% à peine de son chiffre d'affaires, mais c'est au moins ça.Ce lundi 11 mai, son salarié sera de retour après près de deux mois de chômage partiel. Geoffrey Kircher, lui, sera sur les routes toute la journée, de tôt le matin à tard le soir, pour pouvoir enfin livrer son poisson. Une tonne rien que pour ce premier jour. Il espère pouvoir se verser bientôt un salaire : ce n'est plus arrivé depuis février, alors que sa grosse période d'activité devait démarrer. 


Les magasins d'articles de pêche au point mort

Dans les magasins d'articles de pêche, les rayons n'ont pas bougé depuis le début du confinement. La plupart des commerces ont fermé pendant deux mois. Denis Klein, lui, tient une animalerie à Dorlisheim (Bas-Rhin). Elle a pu rester ouverte, mais quasiment aucune vente autour de la pêche, qui représente d'ordinaire le quart de son chiffre d'affaire.

J'ai surtout peur pour les petits magasins de pêche. Certains risquent de ne pas résister.
- Denis Klein, propriétaire indépendant d'une animalerie à Dorlisheim

"Le stock du matériel de la truite est toujours là, on a jusqu'à septembre pour se refaire. Mais c'est compliqué, c'était le démarrage de la grosse période de vente, on a perdu au moins un mois et demi. Pour un commerçant indépendant comme moi, c'est difficile. Mais j'ai surtout peur pour les petits magasins de pêche. Le secteur était déjà en difficulté, un tiers des commerces ont fermé en dix ans. Certains risquent de ne pas résister", craint-il.
Cannes, hameçons, appâts... au repos forcé, les pêcheurs n'ont rien acheté dans les magasins.
Cannes, hameçons, appâts... au repos forcé, les pêcheurs n'ont rien acheté dans les magasins. © Laurent Madelon / Fédération Nationale de la Pêche en France
D'autant que de nombreux consommateurs ont changé leurs habitudes pendant la crise sanitaire. Pour éviter les contacts, ils ont privilégié les achats en ligne. "Est-ce que les gens vont revenir ? Est-ce qu'ils nous ont oubliés ?", s'interroge Denis Klein. Il a maintenu le contact avec certains habitués qui lui ont déjà promis de refaire leurs réserves chez lui. Il les attend dès le 11 mai, jour de réouverture de la pêche, à laquelle ce passionné s'empressera de re-goûter lui aussi.
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