Elections régionales dans le Grand Est : l'aéroport Metz Nancy Lorraine et le tabou de la fermeture

C'est un dossier peu présent, voire absent durant cette campagne. La Région est pourtant propriétaire de Lorraine Airport. Quel avenir pour cet établissement ? Doit-il rester son giron ? Comment relancer ses activités ? Doit-il fermer ? Les principaux candidats répondent.

L'aéroport Metz-Nancy-Lorraine plus que jamais en zone de turbulences
L'aéroport Metz-Nancy-Lorraine plus que jamais en zone de turbulences © Alexandre Marchi - MAXPPP

Off, une grande majorité des élus lorrains disent qu'il faut “arrêter avec cet aéroport qui est au bout du rouleau.” A chacun sa formule : “Au début, on pouvait dire qu'il n'était pas couteux, mais maintenant, ça commence à peser sérieux.” Ou encore : “On n'a pas discuté de façon intelligente avec le Luxembourg. Jean-Pierre Masseret a été beaucoup trop prétentieux sur le sujet”. Ou encore, et là, c'est net et clair : “Personne ne vous le dira, mais il faut fermer l'aéroport.

Lorsque la région était moins vaste et qu'elle se limitait à la Lorraine, l'aéroport a toujours été un sujet de débat. Où le construire ? Mais entre Metz et Nancy. Qu'en faire ? Y développer le frêt. Ah non, le tourisme. Les vols de nuit avec DHL ? Oui, c'est bon pour l'économie. Ah mais c'est catastrophique pour l'environnement... L'aéroport a toujours divisé. La droite comme la gauche et au sein même de chaque camp. Même lorsqu'il a changé de nom pour s'appeler “Lorraine airport”, il n'y a pas eu de consensus.

Et la naissance de la région Grand Est n'a guère amélioré les choses. Pire, elle a sans doute complexifier la situation. Car aujourd'hui, on compte huit aéroports dans la Grande Région, sur un espace de 65.000 kilomètres carrés. Trois en France (Paris-Vatry, l’aéroport international de Strasbourg et Metz-Nancy-Lorraine), un au Luxembourg, un en Sarre (Sarrebruck-Ensheim) un en Rhénanie-Palatinat (Francfort-Hahn) et deux en Wallonie (Charleroi et Liège). Le seul où la Région, c'est l'unique patron, c'est Lorraine Airport. Une gestion qui a ses limites.

La Région souhaite ouvrir la structure de gestion de l’aéroport à l’ensemble des collectivités locales, départements et intercommunalités

Jean Rottner, Plus fort ensemble

A ce jour, l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine est le seul aéroport accueillant des passagers commerciaux dont la gouvernance est assurée uniquement par la Région, rappelle Jean Rottner, président sortant et candidat à sa succession (Plus fort ensemble), en effet que ce soit pour Strasbourg-Entzheim ou pour Vatry, dans la Marne, l’ensemble des collectivités locales sont membres ou actionnaire de la structure de gestion de ces aéroports, ce qui permet de partager des objectifs et de définir une feuille de route répondant aux besoins locaux qui s’expriment sur les territoires. Aussi, pour accompagner la période de relance et de reprise du trafic post-crise, la Région souhaite ouvrir la structure de gestion de l’aéroport à l’ensemble des collectivités locales, départements et intercommunalités, qui en exprimeront la volonté. Cette ouverture doit permettre de créer une communauté de destin pour cet équipement qui a avant tout comme vocation de rendre un service aux habitants de ces territoires, il importe donc que les acteurs locaux soient associés à la définition du projet de relance du trafic de Metz-Nancy-Lorraine.

Changer de gouvernance, c'est aussi ce que réclame le candidat Rassemblement national, Laurent Jacobelli (Rassemblement pour l'Alsace, la Champagne-Ardenne et la Lorraine) mais dans un cadre qu'il souhaite redéfinir : "la région doit travailler en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie. Cependant, tant que la région Lorraine existait, toutes les parties prenantes (région, départements, CCI) étaient réellement motivées. Aux yeux du Grand Est et des structures régionales du Grand Est, il n’y a plus de véritable motivation territoriale. Encore une fois, on voit qu’il est indispensable de revenir à nos trois anciennes régions. L’actuelle est trop grande pour être efficace. On doit tenir compte des dynamiques économiques et des atouts locaux plutôt que de tenter, sans succès, de créer une identité qui n’existe pas."

Doit-il rester dans le giron de la région ? La réponse est oui mais avec un partenariat fort avec les autres collectivités départementales, métropolitaines, et les chambres de commerce

Brigitte Klinkert, LREM

De son côté, Brigitte Klinkert, la ministre LREM (La force de nos territoires) ne peut s'empêcher de pointer une situation qu'elle juge sévérement. "Les transports représentent un budget de 984 millions d'euros à la Région et la politique menée jusqu’à aujourd’hui manque singulièrement d’approche globale. Les mobilités sont gérées de façon décousue, par secteur et sans vision stratégique d’ensemble. Le ferré, l’autoroutier, l’aéroportuaire et le fluvial font ainsi l’objet de brides de décision, sans chercher une organisation générale et sans organiser les complémentarités."

Pour Brigitte Klinkert, une évidence : la Région ne sait pas s'y prendre avec cet outil, il est temps que ça change. "Il y a deux ans, la Région a financé une mission d’assistance d’ouvrage pour 200.000 euros, pour faire un bilan et poser des perspectives, mais cette étude est demeurée sans suite. Sans doute a-t-elle rejoint les grandes armoires où l’on stocke les rapports, schémas directeurs et plans régionaux. Il faut faire enfin cette étude sur l’ensemble des aéroports régionaux. De cette étude et en concertation avec les territoires avec une vision globale, en complémentarité avec le rail, nous prendrons des décisions. Il est évident que la proximité de l’aéroport de Luxembourg à Nancy-Metz mérite d’avoir une réflexion sur les complémentarités possibles. Doit-il rester dans le giron de la région ? La réponse est oui mais avec un partenariat fort avec les autres collectivités départementales, métropolitaines, et les chambres de commerce."

Les conséquences de la crise sanitaire sur le trafic engagent fortement la région Grand Est à commanditer un audit de l’ensemble du secteur aérien de son ressort

Aurélie Filippetti, L'appel inédit

Du côté d'Aurélie Filippetti (L'appel inédit), on préfère parler d'audit. Pour l'ex-ministre socialiste, alliée aux Insoumis, "la nécessité de réduire notre empreinte carbone et une futur législation sur une fermeture des lignes aériennes pouvant être substituée par le train, interroge encore quant à son avenir. Les conséquences de la crise sanitaire sur le trafic engagent fortement la région Grand Est à commanditer un audit de l’ensemble du secteur aérien de son ressort. L’audit permettra de nourrir une réflexion globale sur la place et le rôle que pourrait jouer l’aéroport Metz-Nancy-Lorraine dans l’espace aérien régional, et sur la recherche de synergies avec d’autres aéroports voisins, Nancy-Essey, Épinal-Mirecourt et Paris-Vatry." Pas un mot sur Luxembourg ou Sarrebruck. Tant pis pour eux.

Continuer ou fermer ?

"L’aéroport Metz-Nancy-Lorraine demeure une infrastructure centrale des mobilités en Lorraine et dans le Grand Est, rappelle Jean Rottner, c’est pourquoi, malgré l’adversité et la concurrence, elle sera soutenue. Les approches innovantes, tant dans la recherche de débouchés que dans sa gouvernance, seront encouragées afin de lui offrir un avenir durable et prometteur."

"Cet établissement a été créé en pensant à une interconnexion avec le train explique, Aurélie Filippetti, cette interconnexion n'existe pas et donc l'avenir même de cet aéroport doit être discuté."

Pour la Lorraine, cet aéroport est indispensable car c’est le seul

Laurent Jacobelli (Rassemblement national)

"Pour la Lorraine, cet aéroport est indispensable car c’est le seul, insiste Laurent Jacobelli, un aéroport contribue à l’attractivité économique et à l’arrivée d’entreprises nouvelles... Il est  prioritaire de lui redonner un nouveau souffle.Par la faute des présidents successifs et notamment du président sortant, rien de sérieux n’a été fait pour développer cet aéroport et lui donner une réelle viabilité économique. Il faudrait faire ce qui a été envisagé depuis de nombreuses années et qui n’a jamais été mis en œuvre : développer les lignes aériennes low cost et le fret aérien."

Pour Brigitte Klinkert, une question et une réponse : "Comment relancer les activités de Nancy-Metz ? En assurant une connexion avec la gare d’interconnexion et en faisant développer le Fret pour désengorger Roissy."

Du côté d'Éliane Romani, (Il est temps !), difficile d'y voir clair. Si la liste souhaite "rendre accessible à toutes et tous des transports en commun de qualité, en investissant dans les mobilités du futur et en abandonnant les grands projets d’infrastructures d’un autre temps (aéroports, infrastructures routières, etc)", doit-on en déduire que Lorraine est condamné sans le dire clairement ? "Il faut mettre fin aux fortes subventions publiques aux aéroports en raison de leur coût environnemental, leur grande précarité économique et leur avenir incertain, Pour Aéroport de Lorraine, il faut décliner une stratégie avec les aéroports nationaux et transfrontaliers comme l’aéroport international de Luxembourg et celui de Strasbourg. Il faut aussi prévoir un large programme d'aide à la reconversion des emplois aéronautiques vers des secteurs d’avenir : transition énergétique, mobilités vertes, ingénierie médicale, etc."

Des chiffres dans le rouge

Côté chiffres, ils ne sont guères encourageants. La crise du Covid a amplifié des statistiques de fréquentation catastrophiques. "A fin décembre 2020, 38.535 passagers avaient transité par Lorraine Airport, contre 263.619 à fin décembre 2019, soit -85,4% de fréquentation, les chiffres pour les premiers mois de l’année 2021 confirment ces difficultés", explique Jean Rottner. Et avec le départ de Hop, la filiale régionale d’Air France, et la fin des vols internationaux vers le Maghreb, les perspectives d’avenir sont plus que limitées. Il n’y a plus qu’une seule compagnie active, Twin Jet, qui dessert Lyon. En 2020, on parle de chiffre d’affaires en baisse de 90% pour un manque à gagner de 4,3 millions d’euros. Son propriétaire, la région Grand Est, éponge le déficit mais a supprimé du coup une vingtaine d'emplois sur les 80 d'un établissement de plus en plus fragilisé.

"Si le contexte actuel de crise sanitaire a plongé le secteur aéronautique dans un profond marasme, cela ne doit en aucun cas servir de prétexte à une réorganisation sauvage dommageable à l'avenir de cette structure dénonçait l'intersyndical des personnels travaillant sur le site en novembre 2020, halte au fatalisme ! Nous avons là un bel aéroport qui doit offrir au bassin de population environnant des vols vacances ou à caractère professionnel sans être obligé de franchir des frontières pour aller prendre l'avion. Il suffit pour cela de... volonté ! Ce qui se passe actuellement sur cet aéroport est grave et doit être dénoncé. Sous prétexte de Covid-19, des postes stratégiques sont supprimés, des compétences irremplaçables disparaissent. Malgré les aides de l'État, au lieu de préparer le rebond, on licencie du personnel. On trouve de l'argent pour alimenter les chiffres du chômage mais pas pour développer cet aéroport qui semble laissé pour compte. Le travail de sape actuel doit cesser ! Il est encore temps de stopper cette spirale négative, faire redécoller Lorraine Airport une fois la Covid-19 derrière nous et repartir sur de meilleures bases."

Un site accueillant moins de 700.000 passagers par an est voué à un déséquilibre financier chronique, estime l’Union des aéroports français tout en se gardant bien de parler de fermeture. C'est tabou. "On", une grande majorité des élus lorrains disent qu'il faut continuer avec cet aéroport qui a de l'avenir.

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