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Fessenheim : une centrale en sursis

La délibération du conseil d'administration d'EDF sur Fessenheim a eu lieu jeudi à Paris. Retour sur le vote des administrateurs et ce qu'il implique. Sur la déclaration de Ségolène Royale ce vendredi sur RTL et sur les réactions des habitants de Fessenheim et des anti-nucléaires.  
© MaxPPP
La décision :

La délibération adoptée jeudi par le conseil d'administration d’EDF prévoit l’arrêt de Fessenheim mais pas tout de suite. Avant de stopper la production d’électricité dans la plus vieille centrale de France, EDF enverra une demande à l’Etat "dans les six mois précédant" la mise en service de l'EPR de Flamanville, prévue à l'horizon 2019. L’Etat devra ensuite signer le décret qui actera la fermeture définitive de Fessenheim. 

Au sein du conseil d'administration d'EDF, les six administrateurs salariés ont voté contre cette délibération et les six administrateurs indépendants, dont le PDG du groupe Jean-Bernard Lévy qui a une voix prépondérante en cas d'égalité ont voté pour. Les six administrateurs représentant l'Etat n'ont pas pris part au vote de jeudi, en raison d'un conflit d'intérêt, puisque l'Etat est actionnaire à plus de 83% de l'électricien.

Cette délibération entérine le caractère "irréversible et inéluctable" de la fermeture de la centrale.

Ségolène Royale assure ce vendredi que le décret sera pris avant la fin du mandat Hollande

A l’issue du vote chez EDF jeudi, la ministre de l'Energie Ségolène Royal s’est d’abord réjouie évoquant un "bonne décision", "au caractère irréversible". Interrogée sur RTL vendredi matin, la ministre a expliqué qu’en réalité le gouvernement n'attendrait pas qu'EDF lui transmette une demande d'abrogation d'exploiter la doyenne des centrales françaises pour prendre un tel décret. "Je considère que la décision du conseil d'administration vaut demande et ce décret sera pris d'ici à la fin du quinquennat. (…) Je crois qu'il faut cesser de tergiverser", a martelé madame Royal, accusant "le lobby nucléaire" d'avoir voulu "ralentir la décision" de fermeture, réclamée par les écologistes ainsi que par l'Allemagne et la Suisse mais à laquelle s'opposent les syndicats de la filière au nom de la défense de l'emploi.
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Ségolène Royale assure ce vendredi que le décret sera pris avant la fin du mandat Hollande


Soulagement à Fessenheim

5 000 personnes dépendent directement ou indirectement de la centrale nucléaire de Fessenheim. Les riverains rencontrés vendredi matin dans les rues de la commune sont donc globalement satisfaits de cette décision. Une jeune femme croisée dans un magasin parle de la difficulté à trouver du travail et se demande ce que feraient tous les gens qui dépendent de la centrale si celle-ci disparaissait. L’avenir économique de la région serait menacé selon elle. Un autre habitant affirme que sans la centrale, il n’y aurait plus rien dans le secteur, "ça fait des années qu’on vit avec, y a pas de raison que ça ne continue pas", ajoute t-il. Enfin cette propriétaire d’un hôtel de Fessenheim ne regrette pas non plus la décision prise hier car la centrale lui fournit l’essentiel de sa clientèle.

Ce délai est un camouflet pour les anti-nucléaires

Ils ne sont pas contents du tout les militants anti-nucléaire qui luttent pour une fermeture rapide de la centrale. Même si l’exploitant reconnaît le principe de la mise à l’arrêt définitif et inéluctable, il leur manque une date précise faute de quoi ils craignent un report de cette fermeture. Pour Jean-Marie Brom de l’association alsacienne contre le nucléaire, la décision du CA d’EDF entérine le fait que la centrale "ne fermerait pas avant que l’EPR n’ouvre, mais François Hollande l’avait déjà dit il y a un an, (…) autrement dit c’est rien". Quant aux citoyens qui vivent près de la centrale, certains se disent déçus par ce nouveau report : "Chez nous c’est le pas de deux, un pas en avant un pas en arrière, plus personne ne sait sur quel pied danser" regrette Lucien Jenny du Collectif des citoyens vigilants des environs de Fessenheim lorsqu’il compare la France à l’Allemagne où déjà neuf réacteurs ont été fermés depuis la décision prise par Angela Merkel de stopper le nucléaire en Allemagne.
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Ce délai est un camouflet pour les anti-nucléaires


Berlin déçu du report obtenu par EDF

Le Ministère allemand de l'environnement a qualifié jeudi de "grande déception" le nouveau délai obtenu par EDF pour la fermeture la centrale Fessenheim, "La décision du Conseil d'administration d'EDF est une grande déception. Une opportunité a été manquée", a déploré Rita Schwarzelühr-Sutter, la secrétaire d'Etat au Ministère allemand de l'environnement qui est en charge de la sécurité nucléaire.

Le Ministère allemand de l'Environnement a dans le passé fait part de ses inquiétudes quant à un éventuel risque sécuritaire lié à l'ancienneté de l'installation alsacienne. "Nous attendons du gouvernement français qu'il prenne ses responsabilités et s'assure que la fermeture de la centrale de Fessenheim soit mise en place rapidement", a ajouté la secrétaire d'Etat social-démocrate (SPD) dans un communiqué. L'Allemagne s'est engagée dans un projet de transition énergétique passant par une sortie du nucléaire. Le dernier des huit réacteurs nucléaires en service en Allemagne doit s'arrêter en 2022.
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