Affaire Albrecht : le collectif des victimes condamné à verser 1.000 euros, "c'est la double peine"

Le collectif de défense des victimes de l'affaire Albrecht et la Confédération paysanne, condamnés le 18 décembre 2019, appellent à venir participer à une remise symbolique d'un chèque de 1.000 euros à Jean Albrecht, le mercredi 17 février à 14h, devant le tribunal de grande instance de Colmar. 

Environ 300 viticulteurs manifestaient le 23 août 2017 devant le tribunal de Colmar pour demander justice dans l'affaire Albrecht.
Environ 300 viticulteurs manifestaient le 23 août 2017 devant le tribunal de Colmar pour demander justice dans l'affaire Albrecht. © Hervé Kielwasser, Maxppp

C'est une décision de justice qui ne passe pas chez les vignerons alsaciens. Non seulement ruinés par les malversations financières du négociant en vin, Jean Albrecht, les voilà aussi condamnés sur décision de justice, pour quatre d'entre eux, à lui verser un dédommagement de 1.000 euros. "C'est une double-peine", clame André Schlegel, viticulteur à Soultzmatt , qui ajoute ne pas comprendre "puisque, dit-il, nous sommes les victimes". André Schlegel a livré du raisin à la SA Lucien Albrecht en 2010 et 2011. L'équivalent d'une récolte et demie ne lui sera jamais payé, soit une perte d'environ 50.000 euros.

"Jean Albrecht se comportait comme un courtier"

En tout, répartis du nord au sud de l'Alsace, 137 vendeurs de vrac et de raisins ont été floués par la société Albrecht pour une somme estimée à sept millions d'euros.

"Jean Albrecht achetait du raisin et du vrac chez d'autres viticulteurs qu'il mettait sur le marché en le revendant à perte. La moitié du vrac alsacien dans les années 2009 à 2011 transitait dans ses caves", explique André Schlegel, alors que les caves du négociant n'avaient une capacité de stockage que de 3.000 hectolitres, quasiment dix fois moins que la production alsacienne de vin en vrac. Ce qui fait dire à André Schlegel que "Jean Albrecht se comportait comme un courtier pour faire de la trésorerie".  

Jugé à Colmar en novembre 2019, le négociant Jean Albrecht a été condamné le 27 février 2020 à trois ans de prison avec sursis pour banqueroute et abus de bien social. (Relisez ici notre dossier de novembre 2019).

"Le monde viticole est dans une grande détresse"

Du côté des parties civiles, c'est la déception. D'abord pour la légèreté de la peine. Ensuite parce que l’Association des viticulteurs d’Alsace et la Confédération paysanne d'Alsace, représentant les victimes, ont été déboutées. "Le juge a considéré que nous n'avions pas de préjudices en tant que organisations professionnelles et donc que nous nous n'étions pas légitimes à aller en justice", explique François Baumann, porte-parole de la confédération paysanne d'Alsace. 

Les viticulteurs estiment ne pas avoir été entendus par la justice. Dans un communiqué adressé aux médias ce mardi 16 février, le collectif des victimes de Jean Albrecht, avec la confédération paysanne, dénonce suicide, burn-out et dépression chez les viticulteurs floués par Jean Albrecht. "Le désastre qui touche la filière des vins d'Alsace ne se limite pas uniquement aux créances", peut-on y lire. Allusion aux conclusions du tribunal correctionnel de Colmar ayant considéré qu’il n’y avait pas de préjudice autre que celui lié à la liquidation judiciaire. "Le monde viticole est dans une grande détresse", va jusqu'à dire François Baumann. (Voir notre dossier consacré au procès ici.)

La justice se retourne contre les victimes

Difficile, dans ces conditions, pour les membres du collectif des victimes d'admettre et de comprendre ce qui leur a valu d'être condamné par le tribunal correctionnel de Colmar. "Sans doute parce que nous nous sommes constitués partie civile", tente d'avancer comme explication André Schlegel. Entre le procès de Jean Albrecht, en novembre 2019, et le verdict rendu quatre mois plus tard, quatre vignerons, ainsi que la Confédération paysanne d'Alsace, ont été condamnés à verser 1.000 euros de dédommagement à Jean Albrecht. C'était le 18 décembre 2019.

Un an plus tard, Jean Albrecht envoyait un huissier chez les viticulteurs touchés par cette condamnation pour les sommer de payer. "Entre gens de la terre, nous aurions pu avoir une explication virile. On n'a pas l'habitude de nous envoyer les huissiers pour nous expliquer", ne finit pas de s'insurger André Schlegel.

Un baroud d'honneur

Pour ne pas laisser passer ce qu'ils considèrent comme une provocation, le collectif de défense des victimes et la confédération paysanne iront manifester le mercredi 17 février à 14 heures devant le tribunal de grande instance de Colmar. "Demain, nous mettrons en lumière que les victimes ont été condamnés à verser 1.000 euros à monsieur Albrecht", explique Jean Schlegel. Un chèque de 1.000 euros sera remis symboliquement à la justice. L'idée, surtout, selon François Baumann, est de relancer ce dossier. Les juges attendent la remise d’un rapport financier définitif, le rapport Moncorgé, qui devrait leur permettre d'identifier les acheteurs de vin à perte, à l’origine du préjudice subi par les viticulteurs. La dernière chance pour eux d’espérer pouvoir récupérer tout ou partie de leurs impayés.

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