ENTRETIEN. Fin de vie : "l'euthanasie, ce n'est pas donner la mort, c'est un soin"

La 16ᵉ journée mondiale pour le droit à mourir dans la dignité a lieu ce jeudi 2 novembre, à quelques semaines de la présentation d'un projet de loi sur le sujet. Huguette Wieczerzak, déléguée de l'ADMD dans le Haut-Rhin, souligne l'importance cruciale, selon elle, de la légalisation de l'euthanasie.

La date fatidique approche. D'ici à quelques semaines, les participants de la Convention citoyenne sur la fin de vie, composée de 184 personnes tirées au sort, sauront enfin si leurs conclusions seront reprises ou non dans le projet de loi sur la fin de vie. Rendues en mars 2023, celles-ci jugeaient nécessaires d'autoriser l'euthanasie et le suicide assisté en France. Pour autant, les associations craignent que le projet de loi n'aille pas aussi loin.

À l'occasion de la journée mondiale pour le droit à mourir ce jeudi 2 novembre, nous avons interrogé la déléguée de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) dans le Haut-Rhin, Huguette Wieczerzak.

Votre association a publié le 16 octobre dernier un document mettant en avant "20 éléments constitutifs d'un nouveau droit en fin de vie", alors que la Convention citoyenne sur la fin de vie avait déjà rendu une série de préconisations similaires en mars dernier. Pour quelle raison ? 

"Nous avons été très satisfaits des conclusions de la Convention, qui nous confirment dans notre combat pour le droit à mourir dans la dignité. Mais on a une crainte : c'est que le gouvernement répète ce qu'il avait fait pour la Convention citoyenne pour le climat (seules 28 mesures avaient été retenues sur les 149 soumises par les participants à l'époque, NDLR)."

"Il est par exemple important de rappeler que l'aide active à mourir comprend aussi bien l'euthanasie que le suicide assisté. Sans euthanasie, les personnes inaptes à faire le geste du suicide assisté, comme les tétraplégiques ou les personnes atteintes de la maladie de Charcot, seraient exclues de la mise en œuvre de la loi." 

L'Ordre des médecins estimait, dans un avis rendu en avril, qu'un médecin ne pouvait "provoquer délibérément la mort par l'administration d'un produit létal". Que répondez-vous à ces professionnels de santé qui se dressent contre une légalisation de l'euthanasie ? 

"Selon moi, l'euthanasie est un soin, ce n'est pas donner la mort. C'est permettre à un malade d'en finir avec son agonie. Ce n'est pas aux médecins de décider du degré de souffrance que les gens peuvent endurer. Actuellement, la sédation profonde à laquelle les Français ont droit n'est possible que dans les tout derniers jours."

En Belgique, les gens sont bien plus sereins vis-à-vis de leur fin de vie

Huguette Wieczerzak

Déléguée de l'ADMD68

"On entend tous les jours des malades qui vivent dans l'angoisse, car ils ne savent pas s'ils pourront s'en aller paisiblement. En Belgique, par exemple, où l'euthanasie est autorisée, les gens sont bien plus sereins vis-à-vis de leur fin de vie."

Près de 3 000 euthanasies ont été réalisées en Belgique en 2022, dont un certain nombre de Français qui font le voyage spécifiquement pour cette raison, selon un rapport publié début 2023. En quoi ces flux réguliers sont-ils problématiques ? 

"Il y a d'abord une réalité : les médecins belges ou suisses n'en peuvent plus de voir arriver des patients français. Ils sont déjà débordés, ils aimeraient que la France prenne ses responsabilités. Autre aspect non négligeable : tout le monde n'a pas les moyens de se payer une aide active à mourir à l'étranger."

"En Suisse, ça coûte entre 10 000 et 11 000 euros. En Belgique, c'est gratuit ou quasiment, mais il faut y retourner plusieurs fois et mis à part pour les frontaliers, ça revient à très cher. En Alsace, par exemple, c'est très compliqué pour les personnes qui n'ont pas trop de revenus, car l'Allemagne n'autorise pas non plus l'euthanasie. Il y a une inégalité face à la mort aussi." 

L'Alsace, justement, est un territoire où l'Église a une place encore particulière par rapport au reste de la France. Compte tenu de la position toujours très claire du pape François sur le sujet (il mettait en garde lors de sa visite en France en septembre contre "la perspective faussement digne d'une mort douce"), constatez-vous chez les Alsaciens une réticence plus importante pour une évolution de la législation ? 

"Non, pas du tout. Par contre, c'est sûr que la position de l'Église a une influence dans l'acceptation de ces évolutions, en Alsace comme ailleurs. Malgré la séparation entre l'Église et l'État en France, malgré les valeurs d'égalité, de liberté et de fraternité, j'ai l'impression que les décideurs restent sous l'influence d'une pression qui vient du monde religieux. Je suis moi-même croyante et pratiquante, mais je pense que la religion n'a rien à faire dans ces débats."  

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