TEMOIGNAGE - “C'est de pire en pire, j'ai déjà pensé changer de métier”, nous confie Julien, pompier à Mulhouse

"On s’est fait tirer dessus avec un projectile. C’est de pire en pire. Tous les pompiers sont amenés à faire face à ce genre de situation." / © Alexandre Marchi, Maxppp
"On s’est fait tirer dessus avec un projectile. C’est de pire en pire. Tous les pompiers sont amenés à faire face à ce genre de situation." / © Alexandre Marchi, Maxppp

La nuit du Nouvel An a laissé des traces dans les esprits des pompiers bas-rhinois qui manifestent vendredi 17 janvier. Dans le Haut-Rhin aussi, la situation se dégrade. Julien Weckel, pompier à Mulhouse depuis 2004 est solidaire de ses collègues strasbourgeois, il se pose les mêmes questions.

Par Vincent Lemiesle

Après la nuit agitée du Nouvel An et les diverses interventions de ces dernières semaines marquées par la violence, les pompiers du Bas-Rhin ont décidé d'exposer au grand jour leur malaise. Ils manifestent vendredi 17 janvier à Strasbourg. Ils entendent, en particulier, sensibiliser la population sur la gravité des violences subies. 700 sapeurs pompiers avaient été mobilisés ce soir-là pour des interventions sur des incendies de véhicules ou de mobiliers urbains. Certains disent avoir craint pour leur vie, après avoir essuyé des jets de projectiles, dans des situations de guet-apens.

Les pompiers du Haut-Rhin, qui se disent complètement solidaires avec leurs collègues bas-rhinois, vont participer à la manifestation, pour certains d'entre eux. Julien Weckel, 35 ans, sapeur-pompier à Mulhouse, en exercice depuis 2004, ne pourra pas y participer, étant de garde ce jour-là, mais se pose les mêmes questions sur l'avenir de son métier. Il a bien voulu se confier pour en parler.
 


"On nous tire dessus"

"Un exemple parmi d'autres. Nous avons été appelés le 7 août 2019 pour une rixe entre deux adolescents, pour calmer les choses, au quartier des Côteaux. Sur place, ça se passe très bien, on arrive à calmer la maman qui voulait faire constater l’agression sur son enfant. Mais au moment de repartir, on s’est fait tirer dessus avec un projectile. Il y a eu deux impacts sur l’ambulance, ça a fait un bruit étourdissant. Je pense que c’était un pistolet à plomb ou à bille. J'étais avec deux jeunes qui étaient choqués, on ne comprenait pas. On s’est comporté correctement, on a fait tout ce qu’on a pu pour calmer la situation et derrière on nous tire dessus. Après, on est allé porter plainte."

"J’étais à Paris en 2005, au moment des émeutes. On venait pour un feu de poubelle. D’un immeuble, du 6e étage, on a essayé de m'atteindre avec un pot de fleurs, de 40 centimètres de diamètre. Il est tombé juste à côté de moi, si je l’avais reçu je pense que j’y passais, ça représentait un bon sac de ciment, de 30 ou 40 kilos. A l'époque, ça ne m’avait que légèrement choqué, mais maintenant à mon âge, je réagirais autrement."
 

"Ça ne donne pas envie de faire ce métier"

"J'ai le sentiment qu’on banalise tout ça, qu'on ne mesure pas ce que ça représente, que ça devient normal. On a l’impression qu’on n’a pas de soutien, qu’on est voué à vivre ce genre de choses. C’est désolant, ça ne donne plus envie de faire ce métier."

"C'est juste une petite claque dans le dos, "vous avez subi ça, on est désolé", mais après derrière, il n'y a rien qui est réellement fait par rapport à ce qui se passe."
 
 

"C'est de pire en pire" 

"C’est de pire en pire. Tous les pompiers sont amenés à faire face à ce genre de situation. J’ai un collègue qui a été traumatisé après une intervention dans un appartement, chez une personne déséquilibrée. Il s’est avancé en menaçant mon collègue avec un couteau de cuisine de 30 centimètres. Les policiers ont été obligés de lui tirer dessus avec un flash-ball. Mais depuis ce jour, il a très peur de renter dans des appartements et demande systématiquement l’assistance de la police."
 

"On n'est pas écouté"

"J’ai déjà pensé changer de métier pour ne plus vivre ce genre de chose, parce que ça devient très compliqué, on y pense souvent. On est en grève nationale pour faire comprendre à l’Etat que c’est une situation très dégradée et que ce serait bien de trouver des solutions. Mais on n'est toujours pas écouté, pour l’instant. On continuera pour que notre profession soit reconnue et tout faire pour éviter à l'avenir ce genre de choses."
 

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