Haut-Rhin : en conflit avec le préfet sur les gens du voyage, le maire de Hésingue menace de ne pas faire les élections

Gaston Latscha, maire (LR) de Hésingue (Haut-Rhin), a menacé ce vendredi 11 juin de ne pas organiser les élections départementales et régionales. En cause : un conflit avec la préfecture, qu'il accuse de ne pas agir assez vite alors que des gens du voyage occupent "dangereusement" un chantier.

La ville d'Hésingue fait partie de la communauté d'agglomération de Saint-Louis.
La ville d'Hésingue fait partie de la communauté d'agglomération de Saint-Louis. © Capture d'écran, Google Street View

Ne s'estimant pas assez entendu par la préfecture, le maire (LR) de Hésingue (Haut-Rhin), Gaston Latscha, a mis sa menace à exécution. Celle d'inscrire à l'ordre de son conseil municipal, le lundi 14 juin 2021, le refus d'organiser les élections départementales et régionales.

La décision a été annoncée ce vendredi 11 juin. Elle fait suite à l'installation de gens du voyage sur une zone proche d'un chantier, jugée par le maire dangereuse pour cette communauté et pour les camions venant sur la zone.

Ces gens du voyage occupent une zone où se trouve le nouveau siège de Sterling, et le chantier du futur site où doit s'implanter une autre entreprise. Ce technoparc est situé à l'est de la commune, juste en-dessous de l'Euroairport (voir sur la carte ci-dessous).


Gaston Latscha a répondu aux questions de France 3 Alsace.

Expliquez-nous votre situation ?

"On est tout au sud, une quarantaine de communes dans Saint-Louis Agglomération. Ce sont principalement cinq ou six communes dans la couronne de Saint-Louis qu'il y a une occupation illicite par des gens du voyage. C'est le cas régulièrement, chaque année, dans ma commune depuis que je suis maire - depuis 2014. C'est déjà arrivé au mois de mars."


Où devraient aller les gens du voyage ?

"D'un côté, il y a une obligation règlementaire adoptée à Saint-Louis Agglomération [tirée de la loi Besson; ndlr]. On a deux sites d'accueil à Saint-Louis et à Huningue [30 places en tout, à voir sur la carte; ndlr]. Nous respectons donc la loi. D'un autre, il y a régulièrement ces gens qui ne veulent pas forcément aller sur ces aires d'accueil : parfois, ces aires n'ont pas assez de place pour accueillir tout le monde. Ils s'installent donc un peu partout."


Que se passe-t-il donc ?

"Il font des intrusions où ils peuvent. D'année en année, on doit barricader car ces sites sont occupés. Des zones de rétention d'eau, des entreprises, des commerces... Cette année, nous avons le technoparc où des entreprises sont en train de s'installer. Sterling vient de terminer son installation, ça représente 250 personnes. À côté, un site est en construction. On a une troisième en train d'acquérir un terrain."

"Ces entreprises sont embêtées par ces occupations car ces gens du voyage cassent les coffrets électriques - cassent et pas ouvrent - et s'y branchent, pareil pour les poteaux d'incendie. [...] Il y a des toilettes à l'air libre... Du point de vue sanitaire, c'est un problème, et du point de vue sécuritaire aussi."


Pourquoi c'est un problème sécuritaire ?

"Ils sont installés sur une piste cyclable. Et des camions viennent régulièrement vers cette entreprise nouvellement installée, ils passent juste à côté des caravanes, juste à côté des enfants qui jouent... Il y a des tuyaux sur la route et de l'eau qui coule depuis une semaine [risque d'aquaplaning; ndlr] : un couvercle de poteau d'incendie a été percé, du mastic a permis d'y bricoler un branchement, ça passe sur la route et les camions qui passent régulièrement l'ont percé."
 

"Des camions passent juste à côté des caravanes, juste à côté des enfants qui jouent..."

Gaston Latscha, maire de Hésingue


Pourquoi n'intervenez-vous pas ?

"Si vous voulez aller fermer le robinet, ou relever un branchement électrique... Tout de suite c'est l'agressivité, c'est la menace. Le personnel n'a plus le courage d'y aller, et on le comprend. On ne peut pas l'envoyer car le risque est quand même là. C'est un souci pour nous."


Que fait l'État ?

"L'État ne suit pas... On nous dit qu'on fait ce qui est possible, le préfet prend ses arrêtés, mais il y a des délais, parfois incompressibles. Il faut attendre deux, trois, quatre semaines... L'arrêté indique que ces gens du voyage doivent quitter le secteur des Trois Frontières, les 40 communes sont énumérées. Mais ensuite, ils vont dans la commune voisine, comme Village-Neuf : c'est toujours dans l'agglomération... Je dis donc que l'arrêté n'est pas respecté."


Quel sentiment ça vous donne ?

"De ne pas être écouté... On ne nous prend pas au sérieux. Et la population ne comprend pas cette situation, qu'on laisse faire. Il y a un ras-le-bol. Par contre, je constate, depuis la sortie de l'article des DNA, que j'ai beaucoup de retours. Des retours d'élus, qui ne veulent pas forcément trop se montrer, mais il y en a. Et surtout des retours de la population. Il y a des messages de soutien, parce qu'on voit bien que ça préoccupe. Il y a un ras-le-bol."


Et la préfecture, donc ?

"C'est cette situation qui m'a amené à agir ainsi. J'espère que ce sera entendu, que la réaction sera là, qu'on dira à ces gens de partir. Et que le départ ne sera pas pour la commune voisine... J'espère qu'on prendra en compte ce sujet d'une façon un peu plus cohérente, sérieuse, que dans le passé. Mon dernier contact avec le sous-préfet - en personne - date de jeudi soir, j'ai aussi eu un contact avec le secrétaire du préfet... On m'a dit que ce qu'il fallait faire était engagé, alors moi, j'ai dit : attendez voir..."

"J'ai mon conseil municipal lundi, et je prendrai la décision d'aller jusqu'au bout s'il le faut. Je n'aime pas embêter qui ce soit en n'organisant pas ces élections, surtout pas mes collègues qui se présentent... Mais s'il faut le faire, je le ferai. Car je pense que c'est une demande forte de beaucoup d'élus et de notre population. Sans condamner ces gens du voyage, il faudrait que la loi soit respectée par tout le monde : on le demande à nos concitoyens dans beaucoup de situations, et là, des gens se permettent des choses qui ne sont pas acceptables. J'aimerais que l'État soit vigilant et trouve des solutions."


Sollicitée par France 3 Alsace, la préfecture explique que ce sujet "est suivi depuis de longue date par les services de l’État en lien avec l'ensemble des interlocuteurs du dossier et évidemment le maire. Plusieurs démarches ont été initiées et suivent leur cours." Affaire à suivre, donc.

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