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Haute-Marne: le difficile retour à l'école de Timéo, victime de harcèlement scolaire

Silence, agressivité, coups de déprime… autant de symptômes qui peuvent alerter les parents d'élèves victimes de harcèlement scolaire / Image d'illustration / © Rémi DUGNE / MaxPPP
Silence, agressivité, coups de déprime… autant de symptômes qui peuvent alerter les parents d'élèves victimes de harcèlement scolaire / Image d'illustration / © Rémi DUGNE / MaxPPP

Le 9 septembre dernier, nous avons rencontré Timéo*, 11 ans, victime de harcèlement scolaire. Le jeune Haut-Marnais ne parvient toujours pas à retourner à l'école, malgré un emploi du temps aménagé et des cours à distance. Il nous raconte sa lutte quotidienne contre ses angoisses.

Par Florence Morel

Au téléphone, la voix de Timéo*, 11 ans, semble posée. A ses côtés, sa mère Noémie* paraît soulagée. "C'est encore difficile, mais nous avons fait d'énormes progrès", constate-t-elle.

Le 9 septembre dernier, Timéo témoignait des violences qu'il avait subies à son école primaire située en Haute-Marne et partageait ses maux de ventre et ses angoisses dès que l'heure de l'école arrivait. Huit mois plus tard, il revient sur les derniers mois qu'il a passés à lutter contre ses peurs.

Timéo, 11 ans, raconte les violences qu'il a subies dans son école primaire :
 

Des cours à distance

Malgré le changement de domicile et d'établissement à la rentrée 2018, Timéo ne parvient pas à remettre les pieds au collège. Au début du mois d'octobre, les enseignants décident que Timéo suivra ses cours à la maison, grâce au centre national d'enseignement à distance (CNED) avec les professeurs de son nouveau collège, situé dans la Meuse.

Les quinze premiers jours sont encore difficiles. "Les deux premières semaines de CNED, ce n'était pas gagné, se souvient Noémie. Timéo avait encore du mal à leur faire confiance. Ça recommençait… les douleurs de ventre, les vomissements… il restait même dans les toilettes quand ils venaient." Petit à petit, les professeurs rassurent leur élève. "Il faut dire qu'ils ont été très à l'écoute, ils n'ont pas brusqué les choses", ajoute la mère de famille.

Pour Timéo, c'est "un soulagement".  Il se remémore : "Au début, je ne savais pas ce que c'était, mais quand j'ai su, ce n'était plus le même stress. Quand je suis au collège, je ne sais pas pourquoi mais je stresse, alors que quand je suis chez moi, je ne stresse pas. Je suis 'normal'."
 

Une confiance difficile à regagner

Petit à petit, les angoisses s'estompent et l'adolescent se sent prêt à revenir à l'école. "Je voulais reprendre, car j'en avais marre de rester chez moi, de ne pas avoir une vie normale", assure-t-il. Le 7 mars, lors d'une réunion avec sa mère et ses professeurs, tous estiment qu'il est prêt à remettre les pieds dans une salle de cours. "Timéo était présent, et il était le premier volontaire, affirme Noémie. C'est lui qui a pris la parole. Il s'est très bien exprimé et a même voulu repartir à l'école. Il était prévu qu'il ait un emploi du temps aménagé, n'y retourner que le matin. Mais ça n'a pas fonctionné."

Tous les matins de la fin du mois de mars, sa mère l'emmène au collège. "Il était prêt à partir, mais les angoisses revenaient", regrette-t-elle.

Quand j'allais dans la voiture, tout se passait bien. Ce qui me bloquait, c'était une fois devant le collège, pas avant.
-Timéo, victime de harcèlement scolaire.

 

"La confiance, c'est quelque chose de rare"

Noémie en est certaine, cette tentative n'est qu'un faux départ et le retour de Timéo à l'école n'est que "partie remise". Entre septembre et avril, elle a remarqué de grands changements dans le comportement de son fils.

"Il est plus souriant, moins angoissé, même s'il l'est toujours un peu. Quand on fait des sorties avec des amis et d'autres enfants, il s'intègre toujours bien… ce n'est que l'école qui pose problème, son blocage."
-Noémie, mère de Timéo.

Elle souligne : "On est près du but. On ne lâchera rien. Il va falloir du temps et le déclic. Et ça, seul Timéo peut l'avoir. Nous, on ne peut qu'être à ses côtés, et l'aider."

Timéo tente toujours de reprendre de l'assurance. A ses yeux, le plus difficile est d'accorder sa confiance à ses camarade. "J'ai plus peur des élèves, confie-t-il. Avec tout ce que j'ai vécu, je n'ai pas confiance en beaucoup de personnes." Et d'ajouter : "La confiance, c'est quelque chose de rare."

Prochain objectif : la rentrée 2019. "La première fois, j'avais peur, je n'avais pas confiance", garantit le jeune Haut-Marnais. Il le garantit : "Si je reprends, ça ne va pas être la même chose. Maintenant, je connais mes professeurs, ça ira mieux." Cette fois, ce n'est pas une impression, la voix de Timéo est posée. Déterminée.


*Les prénoms ont été modifiés.
 

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