Sport et Covid-19 : sponsors, finances, supporters, comment les clubs haut-marnais s’adaptent malgré les difficultés

Arrêt des entraînements, compétitions suspendues. Les clubs sportifs, pros comme amateurs, subissent les conséquences de la crise sanitaire. Mais face aux difficultés financières et à la crainte de perdre des licenciés, le sport haut-marnais tient bon.
Le football touché par l’épidémie de Coronavirus
Le football touché par l’épidémie de Coronavirus © Laurent Vilain @FTV
La saison sportive avait à peine commencé qu'il a fallu tout arrêter. Déjà fragilisés par le premier confinement la saison passée, les clubs sportifs font face aux difficultés financières : ils ne peuvent plus compter sur les recettes liées aux différents événements et aux buvettes, et craignent que les sponsors réduisent leur soutien financier par manque de visibilité. S'ajoute à cela l'inquiétude face à la perte de licenciés. Alors que les entraînements extérieurs sont de nouveau autorisés pour les mineurs à partir de ce 30 novembre, les clubs sportifs sont toujours dans l'incertitude. Ils essayent malgré tout d'adapter leur stratégie pour traverser au mieux la crise.

 

"La buvette, c'est 5000 à 6000 euros par an"

Au Chaumont Football Club, comme dans tous les clubs de sport amateur de France, cela fait plus d'un mois qu'aucun joueur n'a foulé la pelouse. Les équipes ont pu disputer quelques matchs en tout début de saison, mais avec une jauge de spectateurs réduite, et sans buvette. "Pour l'instant, la situation financière n'est pas catastrophique, observe Benoît Collin, président du Chaumont FC. La trésorerie du club était plutôt solide avant la crise, mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps".

Depuis le mois de mars, la buvette est fermée durant les rencontres. Le manque à gagner est conséquent pour un club comme celui de Chaumont. "La buvette, ça représente quand même 5.000 à 6.000 euros par an, déclare Benoît Collin. Et puis notre grand tournoi du mois de mai à aussi été annulé, c'est l'une de nos rentrées d'argent les plus importantes sur la saison. On espère vraiment que les compétitions pourront reprendre en janvier ou en février".

Le sport amateur n’est pas le seul à payer les conséquences de la crise sanitaire. Les clubs professionnels, eux aussi, sont inquiets. Au CVB 52, même si le championnat n’a pas été interrompu, les matchs se jouent à huis-clos depuis plusieurs semaines. “Jouer sans public, ça veut dire pas de billetterie, pas de buvette, pas de boutique, pas de recettes publicitaires, indique Bruno Soirfeck, le président du CVB. Si on additionne tout, on estime qu’on perd 45 000 euros pour chaque match joué à huis-clos”.
  

Des salariés au chômage partiel

Le club amateur du Chaumont FC possède 6 salariés, majoritairement des éducateurs sportifs. Suite à l'arrêt des entraînements, ils ont été placés en chômage partiel. "La prise en charge de l'indemnité chômage est assurée par l'Etat, explique Benoît Collin, donc il n'y a pas vraiment de conséquences économiques pour nous. En revanche, il y a des conséquences sociales, humaines... L'arrêt brutal des entraînements et des activités du club, c'est difficile pour tout le monde, pour les joueurs comme pour le staff".

Le constat est le même au CVB 52, frappé de plein fouet par le virus début novembre. A l’exception d’un joueur, la totalité de l’effectif pro a été testée positif à la Covid-19, ainsi que de nombreux dirigeants, membres du staff et bénévoles. “On a dû tout mettre sur pause pendant 15 jours, raconte Bruno Soirfeck. Nos matchs de championnat ont été annulés, et on a été éliminés de la Coupe d’Europe sans même avoir joué.”

Comme Chaumont, 90 % des clubs de volley pro ont été touchés par le virus. Il n’est pas question pour autant de suspendre le championnat. “C’est dommage, soutient Bruno Soifeck. Je milite depuis octobre auprès de la Ligue pour qu’on fasse une pause dans le championnat. Ça permettrait aux clubs de prendre le temps de s’organiser, de trouver des solutions au lieu d’annuler les matchs les uns après les autres.
 
 

De nouvelles stratégies pour convaincre les sponsors

Avec 22 équipes et près de 330 licenciés, le Chaumont FC est le plus gros club de football du département. Pourtant, trouver des sponsors n'a pas été chose aisée. La stratégie de sponsoring a donc été totalement repensée : "Désormais, on a quelqu'un au club qui est dédié à la recherche de sponsors, explique Benoît Collin. Ça a payé, puisqu'une vingtaine de partenaires nous soutient cette saison, dont plusieurs nouveaux. Mais dans le même temps, on a déjà un de nos sponsors qui a décidé d'arrêter. Il fallait s'y attendre, les difficultés économiques touchent tout le monde, et les entreprises n'ont pas envie d'investir si elles n'ont pas de visibilité en retour."

Avec l'arrêt des compétitions, difficile en effet de mettre en avant les partenaires via les différents espaces publicitaires. Le club de football chaumontais, là aussi, a dû s'adapter. "Un webmaster est arrivé au club pour gérer notre site internet et nos réseaux sociaux, confie le président. Au lieu de promouvoir nos partenaires pendant les matchs, on le fait en ligne. Par exemple, pour la réouverture des commerces ce 28 novembre, on a fait plusieurs posts sur Facebook pour mettre en avant les entreprises qui nous soutiennent".

Côté sponsors, le club de volley chaumontais a aussi rencontré des difficultés : “Plusieurs partenaires nous ont lâché juste avant le début de la saison, déplore le président. On peut les comprendre, c’est difficile d’investir des sommes d’argent importantes sans être sûr d’avoir quelque chose en contrepartie. D’autant plus que ces entreprises sont parfois elles-mêmes en difficulté. Au total, c’est environ 90.000 euros de sponsoring qui se sont envolés. Ça représente presque 20 % de notre budget partenariat”.
 
Avant de pouvoir assister à un match de football, il faudra probablement attendre...longtemps.
Avant de pouvoir assister à un match de football, il faudra probablement attendre...longtemps. © Ligue Grand Est de football


Retenir les licenciés

Si les dirigeants des clubs sont inquiets face à la situation, les licenciés le sont d'autant plus. Après l'interruption brutale des entraînements au printemps dernier, certains ont déserté les associations sportives, ou sont réticents à s'engager de nouveau. "On a perdu près de 25 licenciés sur 330, explique Benoît Collin. Certains ont disparu dès le premier confinement de mars dernier, d'autres n'ont pas renouvelé leur licence en septembre".

Fidéliser les adhérents, c'est donc l'une des priorités des clubs amateurs. Le président du Chaumont FC a déjà réfléchi à une compensation financière pour les licenciés qui renouvelleraient leur adhésion : "Si la trésorerie du club le permet, on pourrait faire une remise sur le prix des licences l'année prochaine".
 

Bientôt la reprise ?

Depuis ce lundi 30 novembre, les mineurs sont à nouveau autorisés à s'entraîner en extérieur. Une nouvelle encourageante pour le président du FC Chaumont : "L'activité du club va pouvoir redémarrer doucement avec la reprise des entraînements pour les jeunes. Ça représente tout de même plus de la moitié de nos licenciés ! Mais les compétitions ne sont toujours pas à l'ordre du jour. On espère une reprise début 2021."

En attendant une reprise complète, le club de football chaumontais travaille sur de nouveaux projets. “On va lancer une boutique en ligne, annonce Benoît Collin. C'est vraiment une nouveauté sur laquelle on ne se serait pas penchés sans la pandémie. On travaille actuellement avec un équipementier pour fabriquer des maillots et des produits dérivés à l'effigie du club. En les vendant en ligne, on espère faire quelques bénéfices pour renforcer la trésorerie".
 
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