Les capteurs de CO2 arrivent... à petite vitesse dans les établissements scolaires

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C'était une des revendications entendues dans les cortèges de profs lors de la journée de grève du 13 janvier 2022. Les capteurs de CO2 préconisés par le ministère - mais mis en place par les collectivités locales - tardent à être installés.

Bien sûr, ce n'est pas la solution miracle : le capteur de CO2 est juste un indicateur du niveau d'aération d'une pièce. Il rappelle aux utilisateurs la nécessité de renouveler régulièrement l'air ambiant pour faire baisser la densité de virus en circulation.

Dans une salle de classe, il est recommandé de ventiler dix minutes toutes les heures. Une mesure de simple bon sens, mais qui peut être difficile à respecter au quotidien... surtout en hiver ! Face à la forte demande des enseignants, le capteur de CO2 est aujourd'hui... dans l'air du temps.

Le Ministère de l'Education Nationale le préconise depuis des mois, mais c'est aux collectivités locales d'équiper les locaux dont elles ont la charge. Or, le coût n'est pas négligeable, entre 100 et 400 euros l'appareil selon les fabricants. Une ville moyenne comme Epinal (Vosges) compte 144 salles de classe en écoles primaires. Un département comme la Meurthe-et-Moselle gère 63 collèges... 

Mauvaise volonté

L'Etat a débloqué 20 millions d’euros pour aider les collectivités à s’équiper, notamment les communes rurales. Mais selon Jean-Michel Blanquer, elles sont peu nombreuses à avoir demandé de l'aide. Par manque d'infos... ou par manque d'intérêt. Le ministre appelait, il y a quelques jours, les élus à faire un effort, en annonçant que ce fonds serait augmenté si nécessaire. 

Mais beaucoup de villes, de départements et même de régions traînent les pieds, pour plusieurs raisons. Certains élus estiment que le capteur de CO2 est d'une utilité très relative en regard de son coût. D'autres estiment que, s'agissant de santé publique, c'est une prérogative de l'Etat et que c'est à lui de les prendre en charge en totalité.

En Lorraine, les bons élèves sont les départements de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse. Chaynesse Khirouni, présidente PS du CD54, annonce la commande de 150 capteurs... ce qui en fait trois par collège ! Charge aux enseignants de les faire "tourner" dans les classes. Budget : 25.000 euros. Le département fait valoir que les treize collèges les plus récents (construits aux normes HQE) sont pré-équipés de capteurs de CO2 dans leur système de ventilation automatisée. Les autres seront équipés à partir de la mi-janvier.

La subvention du gouvernement, c'est de la communication !

Jérôme Dumont, président du CD55

La Meuse vient également de passer commande, après beaucoup d'hésitations : l'Etat ne subventionne qu'à hauteur de 50 € des appareils qui coûtent "350 € pièce". Le département n'est pas très riche, même s'il n'y a qu'une vingtaine de collèges à équiper. Jérôme Dumont, son président, ne mâche pas ses mots : "C'est encore à nous de payer pour la santé des élèves... la subvention du gouvernement, c'est de la communication !" Il en a quand même commandé 40, deux par collège, dont un en priorité à la cantine. Particularité locale : les capteurs seront directement reliés... au Conseil départemental, qui pourra le cas échéant mettre "un vent" au chef d'établissement.

Expérimentations

Pour les écoles, sous tutelle municipale, mêmes annonces en ordre dispersé. Nancy avait commandé, dès l'été dernier "un capteur par école". Il semble qu'on en soit resté là. Thionville vient d'en commander 150. Epinal y réfléchit.

A Montigny-lès-Metz, Jean-Luc Bohl a déjà équipé la totalité de ses 70 classes... peut-être pour afficher son volontarisme vis-à-vis du voisin messin. La ville de Metz, en effet, a pour l'instant décidé... d'aérer. Quatre capteurs ont été installés : une "expérimentation". L'adjointe aux affaires scolaires, qui a déjà testé les purificateurs d'air l'an dernier - sans donner suite - fait plus confiance au bon sens qu'à la technologie. Il est vrai que la ville gère 500 salles de classe.

Alors, gadget ou pas ? Le capteur de CO2 a certes le vent en poupe, mais dans les collectivités locales, le débat est loin d'être éteint.