Attaque au couteau au CHU de Reims: "paranoïa", haine des "blouses blanches", ce qu'il faut retenir du point presse du procureur

Troubles psychiatriques, ressentiment envers les "blouses blanches", médicaments retrouvés... Ce mercredi 24 mai, deux jours après l'agression de deux employées de l'hôpital de Reims, causant la mort de Carène Mézino, Matthieu Bourrette, procureur de la République de Reims, revient plus en détail sur les motifs de l'attaque et le profil de l'auteur présumé.

Quelles étaient les motivations de l'agresseur ? Comment a-t-il agi ? Quels sont ses antécédents ? Ce mercredi 24 mai, le procureur de la République de Reims, Matthieu Bourrette, a tenu une conférence de presse pour éclairer les questions encore en suspens dans cette attaque au couteau ciblant deux employées du CHU de Reims, lundi 22 mai, causant la mort de l'infirmière de 37 ans Carène Mézino. Une enquête pour tentative d'assasinat a été ouverte lundi, confiée au commissariat central de Reims.

Il ciblait les "blouses blanches"

Rapidement interpellé puis placé en garde à vue, le mis en cause a été interrogé sur les motifs de son acte. Lors de cet interrogatoire, l'agresseur a dit en "vouloir au milieu hospitalier" et plus spécifiquement "aux blouses blanches", qui, "à chaque fois qu'il en croiserait une (...) la planterait" pour "se venger". Des propos de nature similaire ont entendus par des employés du CHU qui l'ont vu déambuler dans l'établissement "quelques courtes minutes avant son passage à l'acte". 

Devant les enquêteurs, l'agresseur, pris en charge au sein d'un ESAT durant une vingtaine d'années, a également qualifié la psychiatrie de "criminelle", "assasin" et "faux-jeton", indiquant avoir "été mal traité depuis plusieurs années par le milieu psychiatrique".

Une lame de couteau de 15 à 20 cm

L'auteur présumé des faits, un homme de 59 ans souffrant de troubles psychiatriques "sévères", a utilisé un "couteau de cuisine" avec une lame de "15 à 20 centimètres" de long, a précisé de le procureur de la République. Il était encore en possession de l'arme au moment de son interpellation.

Précisons qu'il n'était pas suivi au sein d'un service de l'hôpital de Reims et n'y avait pas rendez-vous le jour de l'acte.

"Paranoïa et schizophrénie" : le profil du mis en cause

Cet homme, âgé de 59 ans, célibataire et sans emploi, est reconnu comme adulte handicapé. Il est diagnostique comme "schizophrène et paranoïaque" et fait l'objet depuis plusieurs années d'une mesure de protection de curatelle renforcée.

"Il est suivi sur le plan médical et psychiatrique depuis 1985, précise le procureur. Et a fait un certain nombre de séjours, y compris contraints en hôpital psychiatrique."

A propos de son suivi de traitement

Le psychiatre qui suivait l'agresseur depuis 2017 estimait son patient "stabilisé" et jugeait qu'il "suivait correctement son traitement". Le meurtrier présumé aurait consulté son médecin à cinq reprises ces six derniers mois.

Au contraire, la mandataire judiciaire avait constaté des "ruptures de soin et d’une forme de dangerosité" du malade. "Elle avait prévenu, à plusieurs reprises le psychiatre et le juge des tutelles au cours de ces dernières années", ajoute le procureur. 

Le meurtrier présumé aurait consulté son psychiatre à cinq reprises ces six derniers mois.

Des cachets retrouvés à son domicile

Le mis en cause, dans le cadre de ses pathologies, devait suivre un traitement médicamenteux auprès du centre médico-psychologique auquel il était rattaché. "En semaine, il venait tous les jours et prenait les médicaments devant les infirmiers, mais on ne vérifiait pas si l’ingestion était complète et en week-end, il venait le vendredi récupérer un sachet de médicaments, détaille le procureur de la République. A charge pour lui de prendre ces médicaments à son domicile."

Lorsqu’il a été interpellé, "un certain nombre de cachets" ont été retrouvés sur lui, "pouvant correspondre à une partie de ce qui a pu lui être remis jeudi". Puis, lors des perquisitions à son domicile, a été retrouvé "un sachet entier, complet, non ouvert, de médicaments qui pourrait correspondre à ce qui lui avait été remis vendredi pour sa prise de weekend". Potentiellement, donc, l'individu ne suivait plus correctement son traitement quatre jours au moins avant le drame.

Pas de non lieu pour ses actes de 2017

Matthieu Bourrette, procureur de la République de Reims, a corrigé une erreur concernant une affaire antécédente pour le mis en cause. Il a précisé que dans le dossier de l'agression au couteau de quatre membres de l'ESAT de Meix-Tiercelin (Marne), en 2017, ce dernier n'avait "pas bénéficié de non-lieu".

"Le juge d’instruction, au regard d’une pluralité d’expertise avait estimé nécessaire de renvoyer ce dossier devant la Cour d’appel, afin qu’il soit statué sur son éventuelle irresponsabilité et que des mesures de sûreté puissent être prises pouvant aller jusqu’à l’hospitalisation d’office", explique Matthieu Bourrette.

Audience prévu le 26 mai pour ces actes de 2017

Dans cette affaire, le mis en cause devait passer devant la cour d'appel de Reims, ce vendredi 26 mai. Toutefois, "rien ne permet de faire un lien entre son passage à l'acte et la date de l'audience", tient à rappeler le procureur. "L’intéressé a déclaré et indiqué qu’il avait la volonté de passer à l’acte depuis plusieurs mois, sans plus de précisions."