Coronavirus : étudiant à Reims en temps de confinement, "dans 9m2, je vis allongé dans mon lit"

À l'annonce du confinement, certains étudiants qui logent en résidence universitaire à Reims ont décidé d'y rester. Ils pensaient pouvoir le supporter, mais les prolongements successifs ont compliqué les choses.

La résidence universitaire Gérard Philipe à Reims, le 28 avril 2020.
La résidence universitaire Gérard Philipe à Reims, le 28 avril 2020. © Florence Morel, FTV
Alex ouvre ses volets. C'est la première fois qu'il revoit le soleil depuis plusieurs jours. Dans sa chambre universitaire de 9m2 exposée sud-ouest, même à Reims, laisser entrer la lumière tourne vite à la fournaise. "Au départ, ma voisine venait profiter du soleil dans ma chambre. On a vite tout fermé. Je prenais des douches froides la journée pour ne pas avoir trop chaud", raconte l'étudiant en première année de droit à l'université de Reims.

À 18 ans, Alex (son prénom a été modifié) avait une vie bien remplie. Membre de l'association Corpo droit Reims, il passait la plupart de son temps au local ou chez des amis, car pour manger, il dépend de la cuisine commune de sa résidence. Alors à l'annonce du confinement, son sang n'a fait qu'un tour. "Je me suis tout de suite demandé comment j'allais faire… J'aurais pu retourner chez moi, mais j'ai des problèmes de famille, je ne parle plus à ma mère. Si j'avais pu rentrer, je me sentirais peut-être moins seul", regrette-t-il. 
 
248 euros par mois la chambre en Cité U à Reims. Malgré la promiscuité, certains étudiants ne trouvent pas meilleures solutions.
248 euros par mois la chambre en Cité U à Reims. Malgré la promiscuité, certains étudiants ne trouvent pas meilleures solutions. © Florence Morel, FTV
 

Les jobs étudiants à l'arrêt

Comme Alex, ils sont 700 étudiants à être restés à Reims dans leur résidence universitaire. Beaucoup d'entre eux ont décidé de rester pour leur job étudiant. C'est le cas de Michaël Kenny Radriamanantena, étudiant belge d'origine malgache. Le 16 mars au soir, lui et ses amis décident de rester dans leur résidence universitaire. "On s'est dit que ça n'allait durer que 15 jours, que ça serait comme des vacances", se souvient Michael. Surtout, lui et ses amis travaillent tous pour financer leurs études. "Sauf que je n'avais pas anticipé que le magasin fermerait aussi pour des mesures sanitaires…", se désole-t-il.

"Beaucoup d'étudiants ont perdu leur travail et ont du mal à payer leurs factures", a remarqué Matéo Mevizou, président de la Fédération intercampus. Un constat partagé par Ahmed Tara, président de l'Aserca Reims, qui entre autres, distribue des repas aux étudiants. "Les étudiants inscrits à l'année continuent à venir nous voir et la crise sanitaire a fait apparaître de nouvelles demandes. Avant, ces sollicitations étaient avant-tout alimentaires, maintenant, on voit que certains ont des problèmes pour payer le loyer ou la connexion internet." De nombreux étudiants, employés dans la restauration ou livreurs, ont perdu leur emploi. 

Et Ahmed Tara d'ajouter : "On les aide aussi d'un point de vue psychologique. Cela concerne principalement à la continuité pédagogique à distance. C'est quelque chose de nouveau pour eux, surtout pour ceux qui n'ont pas les moyens ni les outils, même si la plupart arrive à s'adapter. On met en relation les étudiants qui y arrivent avec les autres."
Confiné dans 9m2.
Confiné dans 9m2. © Florence Morel, FTV



Confiné dans 9m2

Aux difficultés économiques s'ajoutent celles du confinement. Comment s'occuper dans un petit espace, loin de sa famille et ses amis ? Michaël et Alex ont deux modes de vie très différents. Le premier dispose de sa propre cuisine dans un appartement de la résidence universitaire sur le campus Croix-Rouge et s'astreint à un certain rythme. "Alors au début, cela devait durer quinze jours, j'ai un peu pris ça comme des vacances, mais ça fait un mois maintenant. Quelques routines ce sont installées : se lever le matin, ouvrir les fenêtres l'après-midi pour profiter du temps, ne pas se coucher trop tard." Ses journées sont occupées par des projets pédagogiques, nombreux et facilement adaptable pour cet étudiant en informatique.

Pour le second, Alex, garder le rythme relève de la prouesse dans une chambre de 9m2. "Je reste toute la journée allongé dans mon lit. On se sent à l'étroit, on ne fait pas énormément de pas." Volets fermés toute la journée, il se lève à 16h pour se coucher vers 4 ou 5h du matin. "J'ai l'impression que je ne sais même pas l'heure qu'il est. Je me réveille, il fait nuit et je me couche, il fait de nouveau nuit."  

Je vis la nuit, je suis une chauve-souris.
- Alex, étudiant en droit à Reims.


Difficile de conserver une vie normale. Le soir, les étudiants ne sont pas censés prendre leur repas au même moment. Le Crous a demandé à ce qu'ils ne mangent pas dans la salle commune, mais dans leur chambre, se servant de la cuisine commune uniquement pour préparer des plats. "Notre seul vrai repas, c'est le soir, aux alentours de 19h. Je ne mange pas de frais, essentiellement des pâtes. Je dois dire que je varie beaucoup : sauce tomate, pesto, jambon…, raconte le Rémois avec humour. Quand on se lève, on grignote un gâteau, on n'a pas de quoi cuisiner dans les chambres, c'est interdit."
 

Boulot, dodo, films

Côté activité, Michael et Alex révisent leurs cours, après avoir consacré beaucoup de temps à Netflix. "Le confinement a été le prétexte pour certains étudiants d'arrêter les cours, a constaté Alex. Certains ont décroché. Pour moi au contraire, ça m'a rappelé la réalité." Et le Rémois d'ajouter : "J'ai pas pu acheter des bouquins car je n'en ai pas les moyens. D'habitude j'aime bien aller à la bibliothèque. Je me suis rabattu sur les films, vidéos internet. Boulot, dodo, films et travail associatif." Michael, lui, préfère les cours en ligne, plus adaptés à son caractère. "Avant, on osait moins poser de questions. En classe, on avait l'habitude de faire les éléments, une fois que c'était fait, on laissait de côté, mais on n'allait pas forcément se rediriger vers le professeur pour poser des questions", a constaté l'étudiant en informatique. Un moyen efficace de mobiliser son esprit et oublier la pandémie.
 
Autre point commun, le deux étudiants ont rencontré leurs voisins à qui ils n'avaient jamais parlé auparavant. Michael joue de la guitare à la fenêtre pendant qu'un autre embraye au violon. Toujours adossés à la fenêtre, ils organisent des batailles navales et ont même créé un groupe de discussion pour échanger sur le confinement, les cours et quelques bons plans. "Avec un autre résident, on cherche une alternance pour septembre prochain. Alors on s'envoie CV et lettres de motivation", raconte Michael. Au sein de la résidence Croix-Rouge, les étudiants s'organisent pour les courses. "On essaie de faire en sorte que si une personne fait les courses, elle les fasse pour d'autres qui ont plus peur de sortir en les laissant sur le pas de la porte", raconte-t-il.

Alex lui, a sympathisé avec sa voisine de pallier. "C'est ma confidente, on mange ensemble tous les soirs, on se raconte nos vies, nos tracas…", confie l'étudiant en droit. Seulement, avec des soucis familiaux et une vie sociale à l'arrêt, l'étudiant entame une psychothérapie. Faute de place auprès de la psychologue du Crous, c'est la mère d'une amie, thérapeute, qui lui offre des séances. "Sinon je ne peux pas payer", précise-t-il. 

Mes amis, ma famille me manquent. Même si je peux les voir en appels vidéos, ce n'est pas pareil.
- Alex, étudiant en droit.


Michaël et Alex regardent vers l'avenir. L'étudiant belge pense à sa future alternance. Le Rémois s'active pour trouver un travail dans les vignes durant l'été, afin de garder sa chambre étudiante. Malgré le confinement et ses conditions de vie spartiates, il l'a décidé : "Je reste, je n'ai pas les moyens pour me payer autre chose. 248 euros pour une chambre avec internet, électricité et l'eau, sans taxe habitation, vous pouvez pas faire plus compétitif."
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