Coronavirus : 100 millions de bouteilles de champagne invendues en 2020, 1,7 milliard d'euros de pertes financières

Selon les professionnels, 100 millions de bouteilles de champagne auront été invendues en 2020, en raison de la crise du covid-19. / © FTV
Selon les professionnels, 100 millions de bouteilles de champagne auront été invendues en 2020, en raison de la crise du covid-19. / © FTV

Fortement impacté par la baisse des ventes suite à la crise du covid-19, le monde du champagne est dans l'incertitude. 100 millions de bouteilles ne seront pas vendues en 2020. Une perte évaluée à 1,7 milliard d'euros pour la Champagne. 

Par Sophie Dumay

Comment préserver les acteurs et la valeur du Champagne avec un effondrement de 1,7 milliard d’euros lié à l’arrêt brutal de la consommation de champagne dans le monde ? Le comité Champagne prend des mesures pour éviter un désastre. Si l’Histoire avait déjà retenu la date du 7 mai 1945, à Reims, l’Histoire du Champagne retiendra, peut-être, celle du 7 mai 2020 à Epernay. 

Dans les locaux du Comité Champagne, les deux présidents du comité interprofessionnel du Vin de Champagne, (Maxime Toubart président du Syndicat Général des Vignerons et Jean-Marie Barillère président de l’Union des Maisons de Champagne) signent une décision hors norme afin de préserver la valeur de l’Appellation champagne. En fin de journée, le 7 mai, la décision n°189 est transmise sur l’extranet pro à destination des maisons de champagne et des vignerons. En voici le détail. 
  

Un décalage des paiements de la vendange 2019

Le paiement de la vendange en Champagne s’effectue en quatre fois, en décembre de l’année en cours, puis mars, juin et septembre de l’année suivante. Alors que les deux premières échéances de la vendange 2019 ont été payées, il s’agit désormais d’offrir la possibilité aux acheteurs de raisins, de reporter celle de juin au 5 octobre, et celle de septembre au 5 janvier 2021. Pour compenser ce décalage de règlement, un taux d’intérêt de 1,5% annuel accompagne cette mesure exceptionnelle. « Le vendeur de kilo de raisin a cependant la possibilité de refuser et d’exiger le versement de cette traite aux dates initialement prévues. » précise Maxime Toubart. 

Dans quel but ? Pour les co-présidents de la filière, cet outil doit donner une bulle d’oxygène aux acheteurs de raisins, qui n’auront peut-être pas la trésorerie pour payer ces deux échéances. Un décalage qui peut être utilisé pour présenter une trésorerie moins exsangue à leurs actionnaires ou adhérents. Cet aménagement de créance doit accompagner l’ensemble des acheteurs, qu’ils soient grand groupe, coopérative ou toute petite maison de négoce. Le taux d’intérêt qui permet le décalage de paiement de quatre mois est deux fois plus élevé que ce que proposent les banques.
 
Alors que les deux premières échéances de la vendange 2019 ont été payées, il s’agit d’offrir la possibilité aux acheteurs de raisins, de reporter celle de juin au 5 octobre, et celle de septembre au 5 janvier 2021. / © FTV, Sophie Dumay.
Alors que les deux premières échéances de la vendange 2019 ont été payées, il s’agit d’offrir la possibilité aux acheteurs de raisins, de reporter celle de juin au 5 octobre, et celle de septembre au 5 janvier 2021. / © FTV, Sophie Dumay.

Protéger la valeur du champagne

La deuxième mesure concerne la suspension du marché des bouteilles en cours d’élaboration (vins sur latte) jusqu’au 8 juin. Ainsi, il s’agit de protéger la valeur du stock et d’éviter une chute des cours. Actuellement, la grande distribution prépare les achats pour les fêtes de fin d’année. Face à une offre conséquente en volume, le prix de la bouteille pourrait s’effondrer. L’interprofession est en attente de la décision de la commission européenne, qui doit se prononcer sur la possibilité de mettre en place un prix plancher. « Ce marché est suspendu le temps d’élaborer un dossier et d’obtenir l’autorisation de l’Europe, d’encadrer les promotions.

En temps normal ce n’est pas possible, mais il existe des mesures restrictives qui peuvent être mises en place en cas de crise comme celle-ci.
Jean-Marie Barillère, le président de l’Union des maisons de Champagne.


Jusque-là les stocks de la Champagne étaient basés sur 300 millions de bouteilles vendues par an. Le Président de l’Union des Maisons de Champagne avance en raison de la crise : "Le niveau des stocks en cave correspond à 4 ans, le calcul est simple, ce sont 400 millions de bouteilles en trop".  
 

Ces mesures d’urgence ne sont qu’une première salve pour faire face à cette perte estimée de 100 millions de bouteilles en 2020. Un déficit abyssal, de 30% lié à la fermeture des bars, des restaurants et l’annulation de tous les évènements festifs dans le monde. D’autres mesures d’accompagnement vont être prises notamment celles qui décident du volume à cueillir lors de la vendange. Une décision collective toujours très attendue, prise traditionnellement au cours de la troisième semaine de juillet.
 

Quel rendement à l'hectare cette année ?

Si aucun des deux co-présidents ne s’avance sur un chiffre, (qui doit faire l’objet de négociations entre vignoble et négoce) il est nécessaire de comprendre que le négoce exigera un volume qu’il est « capable » de vendre dès la réouverture des lieux de vie dans le monde jusqu’en décembre. Quant au vignoble lié par des contrats avec le négoce, dont la très grande majorité a été renouvelée l’année dernière, il exigera un volume qui protège l’équilibre économique de ses exploitations. 
 
La crise du champagne en chiffres / © FTV - Piktochart
La crise du champagne en chiffres / © FTV - Piktochart


Il reste encore 1.700 contrats à signer explique Maxime Toubart, "il ne faudrait pas non plus que le prix moyen du kilo de raisins vendu en champagne s’effondre pour cette partie-là. Ces contrats risquent d’être renégociés au plus près de la vendange, à cette période-là c’est toujours plus tendu". Cette situation économique grave amène certains observateurs à lancer des calculs fiction. "7000 Kg/hect, 7500 Kg /hect. sur trois ans ?" Aucun chiffre ne sortira de la bouche des deux co-présidents déjà en train de réfléchir à l’organisation de la vendange 2020 et de la problématique main d’œuvre en temps de crise sanitaire.

L'Histoire semble donc se répéter. Les héritiers du Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne créé le 12 avril 1941, (dont les fondations avaient été posées dès 1935, suite à la grande dépression de 1929) doivent aujourd’hui gérer comme leurs pères fondateurs l’avaient fait avant eux, une crise inédite. Avec pour seul cap une Champagne qui doit s’en sortir grandie et plus forte.
 

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