INSOLITE. Le record d'Arnaud Klein, qui a vu Kaamelott 204 fois, déjà battu par un Américain ayant regardé Spiderman 284 fois

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Arnaud Klein, un monteur et fan de "Kaamelott" vivant à Reims (Marne), a battu le record mondial du film vu le plus de fois au cinéma. Le 19 octobre, il a été officialisé avec 204 visionnages du film d'Alexandre Astier. Mais ce samedi 12 mars, l'Américain Ramiro Alanis, détenteur du précédent record, l'avait déjà rattrapé en regardant "Spiderman : No Way Home"... 284 fois.

Difficile de ne pas avoir entendu parler du record établi par Arnaud Klein. Il y a eu un sacré battage médiatique jusqu'à ce que ce monteur audiovisuel de 34 ans entre au livre Guinness Book des records, officiellement comme ayant vu au cinéma 204 fois le film Kaamelott au cinéma à Reims (Marne).

Depuis l'automne, la pression est retombée; le jeune homme a retrouvé une vie normale. Mais outre-Atlantique, quelqu'un s'activait. En Floride, plus précisément. Il s'agit de l'Américain Ramiro Alanis, précédent détenteur du record. Il avait vu 191 fois Avengers : Endgame au cinéma en 2019. C'était avant qu'Arnaud Klein ne débarque en 2021 avec ses 204 Kaamelott pour lui chiper le record.

Las, l'Américain l'a d'ores et déjà récupéré. Pas encore officiellement : la diffusion au cinéma doit s'arrêter, et il faut envoyer les preuvres du record au Guinness. Mais en ce samedi 12 mars 2022, il avait déjà vu 284 fois au cinéma Spiderman : No Way Home... film toujours à l'affiche. De quoi creuser l'écart (voir tweet ci-après).


C'est si rapide que la nouvelle édition du Livre des records, pas encore imprimée, pourrait passer directement d'Avengers à Spiderman sans avoir le temps de mentionner Kaamelott (toutefois officialisé sur le site Web). Arnaud Klein n'aura donc détenu son précieux sésame que pendant une poignée de mois, mais il n'est pas chafouin pour autant. Et même si il aurait quand même bien aimé voir sa tête imprimée dans ce fameux bouquin, ce ne sera pas grave.

Des réactions parfois un peu vives

France 3 Champagne-Ardenne en a profité pour le recontacter. Et il a toujours autant de choses à raconter. "Ça fait du bien que le battage médiatique se soit calmé... C'était une expérience hors-norme, il y a eu un buzz que je n'ai absolument pas contrôlé. Ça a pris une très très grosse ampleur."

Ampleur dont il n'a d'ailleurs "pas très très bien vécu la fin". C'est un peu le point négatif de cette expérience, qui lui a quand même permis de rencontrer le réalisateur Alexandre Astier dans Quotidien puis d'aller voir le film en sa compagnie exclusive. "Je suis resté concentré sur mon objectif. Mais quand la pression est redescendue, j'ai eu pas mal de gens qui m'ont envoyé des critiques négatives, même des menaces de mort." Il explique avoir dû se mettre un peu en retrait pour "calmer le jeu".


Mais pourquoi de telles réactions négatives ? "Il y avait aussi énormément de critiques positives. Plein de gens m'ont dit de ne pas faire attention [aux négatives]. Mais on a beau se dire de ne pas y faire attention, on [le fait] quand même. Avec l'accumulation, ça finit par nous atteindre même si on ne s'en rend pas compte."

Il y avait énormément de critiques positives.

Arnaud Klein

Il n'avait pourtant rien fait de mal. "On m'a accusé d'être le roi de l'oisiveté, d'être celui qui profitait des aides sociales, de ne rien faire de ma vie... Si la France allait mal, c'était limite à cause de moi." On précisera toutefois qu'Arnaud Klein n'a jamais cessé de travailler durant son record : il travaillait en freelance le matin, et allait au cinéma l'après-midi. Avec, évidemment, une carte d'abonnement illimité, et la bénédiction de sa compagne.

"Je ne sais pas pourquoi ils l'ont pris extrêmement mal." Peut-être la jalousie... "J'y ai songé. Je me suis dit que ces gens-là qui perdent leur temps à m'écrire ça sur les réseaux, ce sont en fait des gens qui n'ont pas la foi de faire ce qu'ils ont envie de faire."

"Ça a pourtant fait plaisir à énormément de gens, et cette blague est allée loin car
Avengers a été battu par Kaamelott." Oui, l'un des plus pharaoniques blockbusters américain (365 millions de dollars de budget) a été étrillé par un "petit" film franchouillard, qui narre les déboires d'un roi Arthur flirtant avec la dépression. Qui aurait pu l'imaginer ?

Retour à la normale

Une fois le record passé, Arnaud Klein a pu "revoir le soleil". Ce qui l'a aidé à récupérer ses repères (il avait des difficultés à se situer dans le calendrier car toutes ses journées étaient les mêmes). Ses problèmes de rétention d'eau (malgré une hygiène de vie devenue quasiment monacale) se sont aussi envolés depuis qu'il ne passe plus des heures assis tous les jours sur les sièges du cinéma Opéraims (visible sur la carte ci-dessous).


Il a aussi passé beaucoup de temps avec sa femme et sa famille pour rattraper le temps perdu. "Ça m'a fait énormément de bien. Une fois que c'était passé, c'était passé. C'était une grande expérience, mais maintenant, on est passé à autre chose. J'ai repris une vie normale."

Il a aussi rencontré du beau monde (et pas que des fans qui le reconnaissent dans les cafés de Reims et demandent un selfie ou un autographe). Au fil des semaines après l'officialisation de son record, et pas plus tard qu'il y a quelques jours à Lyon (Rhône), il a fait dédicacer l'affiche de son record à une partie des acteurs et actrices de Kaamelott.


"J'ai aussi découvert ce que tous ces gens faisaient en dehors de Kaamelott. Je savais quelques petites choses. Mais je ne savais pas, par exemple, que la maman d'Alexandre Astier tenait une école de théâtre. Elle gère l'Acting Studio avec d'autres acteurs de Kaamelott. Tous les petits nouveaux qu'on voit dans le film viennent de cette école. Tout le monde se connaît : c'est une très grande famille."

Un recordman fairplay

"Si je ne suis pas arrivé à 222 visionnages du film", précise-t-il au sujet de ce "joli nombre palindrome" qui devait lui permettre de dépasser un peu plus le record, c'est parce que "j'avais tellement l'objectif du 203 en tête qu'à la 204e fois, j'ai trop subi cette séance et me suis dit que je ne pourrais pas aller plus loin. Psychologiquement, je n'y arrivais plus. Si je m'étais fixé 222 à la base, j'y serais sûrement arrivé."

Ce qui n'aurait au final rien changé : Arnaud Klein a d'ores et déjà été battu, avec une différence de 80 qui ne cesse de s'accroître. Mais il est fort bon joueur (ce qu'on voit dans le tweet ci-dessous en réponse à l'annonce du nouveau record - encore officieux - de l'Américain).


"Je le prends très bien, car ça n'enlève absolument rien à ce que j'ai fait et vécu. Ça a été une expérience de fou. Je le comprends : je lui ai piqué son record et il a voulu le rebattre. Mais cette guéguerre transatlantique ne nous empêche pas de très bien nous entendre. On s'envoie des messages : je lui redonne la force qu'il m'avait donnée pendant mon propre record." En fait, et c'est un comble, Arnaud Klein est même un peu triste pour Ramiro Alanis, car il n'arrivera probablement pas à atteindre les 300 visionnages pour asseoir sa domination. Pour le Guinness Book, le décompte s'arrête lorsqu'un film commence à être diffusé en streaming. Ce qui sera le cas incessamment sous peu, Spiderman étant sorti à la mi-décembre.

"Je peux le refaire. Mais ce qui me dérangerait, ce n'est pas de rebattre le record quand Kaamelott 2 va sortir, c'est d'avoir l'assurance d'avoir toutes les séances." Car Kaamelott n'est pas le blockbuster Spiderman : le cinéma Opéraims ne peut pas bloquer une de ses salles indéfiniment pour un record ("ils ont déjà fait des pieds et des mains pour la première fois"), même si Arnaud Klein est bien vu. Il y a bien l'UGC Châtelet à Paris qui l'a diffusé six fois par jour à un moment, mais ça demanderait un sponsor financier... Il préférera sans doute adapter son record, par exemple en tentant de voir le même film dans le plus de cinémas différents possibles. Un record qui n'existe pas... encore.

Futur nouveau record ou pas, l'aventure Kaamelott n'est pas prête de s'arrêter de sitôt. Arnaud Klein, disposant maintenant d'une petite notoriété, s'est vu demander d'interviewer Anne Girouard (interprétant la reine Guenièvre) à l’occasion du Carolo Game Show. "Un honneur." Ce sera le week-end des 9 et 10 avril. Et il y a bien d'autres projets en préparation.