Le Grand Reims chasse les mauvaises odeurs et vous invite à les signaler sur une application

C’est une première en France. Avec l’observatoire de la qualité de l’air de la région (ATMO), la communauté urbaine du Grand-Reims propose aux habitants de signaler les mauvaises odeurs qu’ils constatent dans leur commune, en les notifiant sur une plateforme en ligne. 

Bazancourt est le site le plus signalé pour ses mauvaises odeurs par les habitants
Bazancourt est le site le plus signalé pour ses mauvaises odeurs par les habitants © AFP

C’est une première en France. En partenariat avec l’observatoire de la qualité de l’air de la région (ATMO), la communauté urbaine du Grand-Reims propose aux habitants, depuis plus d’un an, de signaler les mauvaises odeurs qu’ils pourraient constater dans leur commune, en les notifiant sur une plateforme en ligne. 

Toutes ces données sont agrégées, triées, et permettent de produire une cartographie assez précise des odeurs dans la métropole. 

 

Après un an d'existence, le dispositif baptisé “Melchior” recense près de 600 signalements. Pour le Grand Reims, un chiffre “encourageant” mais pas encore suffisant pour obtenir toutes les informations nécessaires à la chasse aux mauvaises odeurs. Quelques réponses pour tout comprendre au dispositif. 

 

Pourquoi un tel instrument ? 

Premier constat : les mauvaises odeurs sont les premiers motifs de plainte des habitants.. C’est une étude menée l’INSERM qui le démontre. Les nuisances olfactives sont même ressenties, “comme une pollution de l’air”

Pourtant, comme l’explique Margot Desautez de la communauté urbaine, en France, un vide juridique demeure quant aux problèmes d’odeur : “il existe des lois sur la pollution, sur la qualité de l’air, mais rien sur les odeurs. On essaie de pallier cela en posant un diagnostic sur des problèmes ressentis par de nombreuses personnes”

 

Comment signaler une mauvaise odeur ? 

Pour accéder à la plateforme de signalement, deux méthodes sont disponibles : sur Internet, ou via une application mobile. Pour le web, il suffit de se rendre à l’adresse suivante https://www.atmo-odo.fr/publicgrandreims Le téléchargement de l’application est disponible sur les plateformes IOS et Android, en écrivant “ODO ici” dans la barre de recherche.

L’application est assez intuitive. Après avoir placé sur une carte le lieu où vous avez constaté une nuisance olfactive, le système vous permet de donner des précisions sur l’odeur constatée.  

 

Comment signaler une mauvaise odeur ?
Comment signaler une mauvaise odeur ? © FTV

L’odeur est-elle perçue en continu ou seulement quelques heures par jour ? Quelle est son intensité, comment décririez-vous l’odeur ? Un bref questionnaire de cinq questions qui permettent de préciser sa plainte.  

La réponse est ensuite envoyée via un serveur vers l’ATMO et le Grand Reims, qui se chargent d'agréger les données afin d’en produire une carte. 

 

Où trouver les données pour ma commune ?

Tous les six mois, un bilan en open-data (en données libres d’accès) est publié sur Internet par la communauté urbaine du Grand Reims, et permet à tout habitant qui le souhaite de prendre connaissance des mauvaises odeurs. Il est accessible à l'adresse suivante : https://www.grandreims.fr/les-competences/developpement-durable/l-observatoire-des-odeurs-7886.html 

Le site internet permet d’obtenir de nombreuses informations sur ces odeurs, et agrège les données recueillies auprès des plaignants. Si le site peut paraître assez intuitif pour les mordus de technologie, les plus réticents à l’informatique devront y passer quelques minutes avant de comprendre son fonctionnement. 

 

Type d'odeur
Type d'odeur © FTV
Répartition journalière
Répartition journalière © FTV

Dès l’arrivée sur le site, une carte apparaît. Dessus, de grands ronds rouges permettent de visualiser directement les communes dans lesquelles les signalements ont été les plus nombreux. Ensuite, en cliquant sur la commune qui nous intéresse, on peut obtenir plus de précisions sur les odeurs. Quel jour de la semaine sont-elles les plus persistantes ? À quoi correspondent les odeurs signalées ? Par exemple, on peut constater que pour la commune de Witry-lès-Reims, les deux signalements correspondent à de l’épandage. Pas surprenant sur une commune agricole.  

Les habitants du Grand Reims signalent aussi les mauvaises odeurs dues à l'épandage / Photo illustration
Les habitants du Grand Reims signalent aussi les mauvaises odeurs dues à l'épandage / Photo illustration © MAXPPP - Hervé Kielwasser

Quelles sont les zones du grand Reims dans lesquelles les mauvaises odeurs sont les plus fréquentes ? 

Sans surprise, c’est la commune de Bazancourt qui écope du plus grand nombre de signalements : 117 sur 595. Un plébiscite qui s’explique assez facilement par la présence d’une zone agro-industrielle à proximité

C’est la ville de Reims qui occupe logiquement la deuxième place sur le podium des mauvaises odeurs. Parmi les odeurs mentionnées, après la catégorie fourre-tout “autres”, c’est le trio “oeuf-pourri, égout, soufre” qui l’emporte. Une position à relativiser : la population de Reims étant largement plus importante que celle des communes voisines, il est logique que les signalements y soient plus nombreux. 

 

Carte des odeurs dans le Grand Reims
Carte des odeurs dans le Grand Reims © FTV

 

Par ailleurs, le dispositif n’est lancé que depuis un an, “sans réelle communication auprès des habitants” de l’aveu même du Grand Reims. Si le chiffre est jugé “positif” par l’ATMO, il reste encore de la marge avant que les signalements soient assez nombreux pour être pleinement représentatifs de la présence des odeurs au sein de la communauté urbaine. Du côté de l’Atmo, on relativise : "ça fait quand même plus d’un signalement par jour. C’est pas mal pour une première année”.  

 

À quoi servent ces signalements ? 

C’est la deuxième facette du dispositif. Tous les six mois, un comité de pilotage est censé se réunir, afin “d'analyser les données et proposer un des solutions en collaboration avec les différents acteurs”. Mais cette formule issue du Grand Reims, c’est sans doute David Rozenfarb de l’ATMO Grand-Est qui l’explique le mieux : “tout reste à faire”. Tous les six mois, une table ronde réunira les différents acteurs : Grand Reims, Région, Chambre d’Agriculture, ATMO… Afin d’imaginer des solutions pour mettre un terme aux nuisances olfactives... Ou du moins, mieux les expliquer. 

Comme expliqué précédemment, la loi ne prévoit aucune mesure coercitive pour forcer les industriels ou les particuliers à faire cesser une odeur. Le comité de pilotage aura donc un rôle plus diplomatique, et permettra d’apporter “des éléments factuels” aux "signalants" ou aux "signalés"

Concrètement, le comité pourra aller voir un industriel, lui signifier que les odeurs qu’il dégage dérangent les riverains, et imaginer des solutions pour les réduire. “Ca peut prendre la forme d’un filtre anti-odeur par exemple”, explique-t-on du côté du Grand Reims. 

Rendez-vous en mars pour le prochain bilan du comité de pilotage. Du côté de l’ATMO, on espère “un effet domino” avec “de plus en plus de monde autour de la table”, ainsi qu’une explosion des signalements, seul moyen que la plateforme soit réellement efficace.

 

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
écologie environnement pollution