Reims : l’homéopathie bientôt déremboursée, les laboratoires Boiron dans la tourmente

A Reims, les trente salariés des laboratoires Boiron vivent dans l’angoisse d’un plan social. Le groupe pourrait annoncer en mars si des emplois sont supprimés dans toute la France. Le chiffre d’affaire est en baisse, suite à l’annonce du déremboursement de l’homéopathie.

Les salariés de Boiron, à Reims, craignent pour les 32 emplois du site
Les salariés de Boiron, à Reims, craignent pour les 32 emplois du site © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
A Reims, les trente salariés des laboratoires Boiron vivent dans l’angoisse d’un plan social. Le groupe pourrait annoncer courant mars 2020 selon les délégués du personnel, si des emplois sont supprimés dans toute la France. En cause : la chute du chiffre d’affaire, suite à l’annonce du déremboursement de l’homéopathie.

Karine Brasseur a consacré presque toute sa vie à Boiron. Elle avait la vingtaine lorsqu’elle a franchi pour la première fois la porte des laboratoires à Reims, dans la Marne. A l’époque, elle ne pensait y faire qu’un stage, elle y restera finalement plus de 30 ans. « Je n’ai travaillé que chez Boiron, dit-elle la voix chevrotante. Je n’ai pas encore fait de CV ou de lettre de motivation, car je veux y croire encore. J’ai deux enfants encore à charge, une maison à payer, et à 52 ans, où voulez-vous que je trouve du travail ? »

Si elle se retrouve bientôt au chômage, ce sera selon elle la faute de l’ex-ministre de la santé Agnès Buzyn, qui a décidé de dérembourser l’homéopathie l’été dernier : « Je suis en colère car tout ça c’est uniquement à cause de cette femme, qui a pris la liberté toute seule de tuer l’homéopathie.

Maintenant, quand je fais le trajet chaque matin pour aller chez Boiron, je me dis que c’est peut-être la dernière fois.
- Karine Brasseur, employée chez Boiron à Reims

 

"L’entreprise a subi un choc"

Comme elle, les trente salariés des laboratoires Boiron à Reims vivent chaque jour dans l’angoisse. Le groupe pourrait annoncer en mars si des laboratoires ferment ou non : au niveau national, 1.000 des 2.500 salariés de Boiron pourraient prendre la porte. L’annonce du déremboursement de l’homéopathie, et la « campagne de dénigrement » dénoncée par Boiron, auraient plombé le chiffre d’affaire : « Concrètement, l’entreprise a subi un choc, confie la directrice du site, Catherine Romani-Richard. On a eu une baisse en 2019 de 15% de notre chiffre, alors que déjà en 2018 on avait une baisse de 7 ou 8%, et là en début d’année on est pas bien non plus ».

Le déremboursement a fait suite à la tribune publiée par 124 médecins dans la presse au printemps 2018. Pour ces professionnels de santé, l’homéopathie est une fausse médecine, et rien de mieux que du sucre hors de prix. Le professseur Jacques Cohen, de l’université de médecine de Reims, était l’un des signataires. Pour lui, l’homéopathie n’est qu’une croyance et elle ne guérit rien : « c’est leurs droits aux gens d’acheter des illusions, mais la collectivité n’a pas à payer pour les croyances des uns et des autres".

Nous sommes pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, y compris pour la séparation des granules et de l’Etat. 
- professseur Jacques Cohen, de l’université de médecine de Reims


Pour le moment, l’homéopathie est encore remboursée à 15% (au lieu de 30% jusqu’ici), et le déremboursement total n’est prévu que pour le début de l’année 2021. Déjà, certaines pharmacies annoncent réduire leurs stocks de produits Boiron dès l’automne, en prévision du déremboursement total.
 
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