Tué d'un coup de couteau à la tête à 14 ans : émotion et fermeté à l'ouverture du procès au tribunal de Reims

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Le procès à huis-clos de l'auteur du coup de couteau mortel porté à la tête d'Éloi-An, un collégien de Saint-Joseph âgé de 14 ans, s'ouvre au palais de justice de Reims (Marne), ce mercredi 29 juin. Ses parents appellent de leurs voeux une peine sévère.

Malgré le vacarme des travaux environnants, l'heure est au recueillement devant le palais de justice de Reims (Marne), ce mercredi 29 juin 2022 à 08h10. C'est ici qu'a lieu le procès de l'auteur du coup de couteau mortel porté à Éloi-An, 14 ans.

Scolarisé au collège Saint-Joseph, il a été grièvement blessé le jeudi 2 juin 2021 près de la cathédrale, justement à deux pas du palais de justice. Le collégien "très sociable, dévoué, humble, serviable, et toujours souriant" ne s'est jamais remis du coup de couteau qu'il a reçu à la tempe (apparemment en raison d'une moquerie adressée à son camarade qui avait publié une vidéo de rap sur un réseau social).

Il est mort dans sa chambre d'hôpital, le samedi 21 août 2021. La famille Delattre a été déchirée lors de cette funeste journée, et panse encore aujourd'hui ses plaies. Si le ciel est bleu et le soleil rayonnant, les nuages couvent toujours dans les coeurs.

Que la justice soit forte, que la force soit juste

Une douzaine de personnes était rassemblée une heure avant l'ouverture du procès (à 9h). Vêtues de T-shirts blancs, elles portaient aussi des pin's noirs estampillés "Je suis Éloi-An". Car l'émotion a été vive suite à cette histoire dramatique : plus de cinquante personnes a participé à une marche blanche qui s'est tenue un an plus tard.


Parmi elles, les parents. Raides dans leurs habits sombres et le regard droit, l'attente d'une condamnation depuis une année entière a fait son oeuvre. "Nous sommes là pour entendre la justice", déclare calmement, mais fermement la mère, Valérie. "Prendre la sanction que mérite ce meurtrier."

Malgré l'accablante présence de témoins et les bandes vidéos récupérées via la vidéo-surveillance, l'auteur (présumé par la loi) du coup de couteau reste considéré comme suspect, et ne pourra être reconnu coupable qu'à l'issue du procès. Âgé de 14 ans, il a été incarcéré au lendemain de l'attaque, en marge de l'enquête et du procès. Il risque 20 ans d'emprisonnement (s'il était majeur, ce serait possiblement la perpétuité).


"[Il faut] la peine plus lourde possible compte tenu de la gravité des faits. Il faut qu'il comprenne que c'est grave, ce qu'il a fait : encore aujourd'hui, il ne se rend même pas compte. Il a retiré la vie et les perspectives d'avenir d'un enfant, il a mis une famille et des amis - il en avait énormément - dans le désespoir."

"Nous en avons besoin", poursuit la mère. "Nous sommes des parents à qui on a pris son enfant, avec violence. On attend réparation, et parmi la réparation, il y a la condamnation pénale la plus lourde possible. On va être attentifs : on sait que les juges sont souverains, ce sera à eux de décider. Il reste qu'on est en attente d'une peine sévère. Très sévère."


L'émotion se manifeste du côté d'autres proches. À côté des parents, une jeune fille pleure. Elle se trouve en compagnie d'une adulte qui reçoit elle-même une étreinte de réconfort.

"Épuisés comme au premier jour"

Plier mais ne pas rompre. Malgré l'année de procédure judiciaire, la famille tient bon malgré l'épuisement. "On est triste et en colère. C'est votre vie qui s'écroule. Chaque jour est une survie. On a du mal à se dire chaque jour qu'on ne va pas le voir, qu'il ne va pas être au petit-déjeuner, qu'on ne va pas lui dire au revoir quand il va partir au collège... Qu'on n'aura plus jamais tout ce qu'on avait programmé : son permis, sa petite copine qu'il nous présente..." Toutes les "étapes de la vie qu'on a avec les enfants", en somme. L'enfant ne sera jamais oublié; un site Internet perpétue même sa mémoire.


Éloi-An ne deviendra jamais garde républicain. Son rêve. "C'était un passionné d'équitation", observe son papa dont les yeux brillent un peu. "Il aurait été un magnifique très beau garde républicain, un noble métier étant donné ses valeurs, des valeurs très très fortes pour un jeune homme de 14 ans... Il n'aura jamais la chance de l'être." Il met d'ailleurs en avant ces valeurs en rappelant une anecdote : à l'issue d'une compétition de cheval, Éloi-An (qui avait gagné) a préféré consoler et soutenir une camarade qui avait échoué, plutôt que fanfaronner sur sa victoire... la faisant "repartir avec la pêche".

Soutien matin et soir

Parmi les soutiens de la famille, on s'est organisé pour manifester sa présence pendant les trois jours. Pas toute la journée, le procès étant du reste à huis clos, mais tous les matins et soirs afin que la famille ne se sente pas esseulée : "on est là pour eux", "on veut pas qu'ils sortent de là seuls", "c'est important d'être là".



La soeur aînée, Li-Anne, a été brisée par le drame. D'abord assise sur les marches du tribunal, un peu à distance, elle s'est ensuite levée pour aller à la boulangerie et acheter un en-cas destiné à ses parents. De quoi tenir la longue durée du procès. Car la vie continue...

La première journée est consacrée à l'audition des témoins. Le jeudi 30 juin, ce sera au tour d'un ballet "d'experts, de la police, des scientifiques, des médecins". Les réquisitoires seront délivrés le vendredi. L'avocat de la famille, Simon Miravete, n'a fait aucun commentaire.


À 8h50, les portes s'ouvrent. Il faut passer les portiques de sécurité. La famille Delattre s'y engage. Pour y porter ses espoirs "d'une justice forte et d'une force juste", comme l'aurait dit Blaise Pascal.