Confinement : l’association Kaléidoscope offre des masques en tissu aux habitants de Jarville

Face à la pénurie de masque, les membres de Kaléidoscope et neufs infirmiers libéraux ont décidé d'agir. Depuis fin mars, ils confectionnent et distribuent des masques aux habitants les plus fragiles qui résident dans le quartier de la Californie, pour qu'ils se protègent du coronavirus. 
 

Les couturières de Kaléidoscope.
Les couturières de Kaléidoscope. © Aurore Kepa
Olivier Véran, le ministre de la santé et Jérôme Salomon, directeur général de la santé, étaient pourtant formels. "Il n’y aura pas de pénurie de masques" avaient-ils annoncé lors de leurs interventions télévisées en février et mars 2020. Mensonges ou inconscience? Pour Aurore Kepa, présidente de l’association Kaléidoscope, basée dans le quartier Californie à Jarville-la-Malgrange, "l’heure n’est pas au bilan. Nous, on est vraiment dans l’action." Et comment!
Depuis le lundi 30 mars, trois salariés de l’association, deux bénévoles et quatre mamans cousent des masques en tissu. Ces doigts de fée se réunissent du lundi au vendredi, de 14h à 18h, dans leurs locaux, au 2 rue Des-Forges-du-Nord-Est, prêtés par la mairie de la ville. Elles en confectionnent environ 50 par jour. Objectif? En produire jusqu’à 200 par semaine. Jusqu’ici, 500 masques ont été créés.

Aider le plus de monde possible

Leur but? En distribuer en priorité et le plus rapidement possible à ceux qui sont en première ligne face au coronavirus et aux plus fragiles qui résident à Jarville.
"Pour le moment, les masques sont donnés aux patients des infirmiers libéraux de la ville atteints par le covid-19 et au personnel soignant", précise Aurore Kepa. Mais l’association ne compte pas s’arrêter là: "Nous comptons étendre cette distribution, dans la mesure du possible, à tous les habitants du quartier de Californie dans les jours à venir".
Pour aider un maximum de personnes, Assima, Jennifer, Maimouna, Nabila, Noëlle, Patricia, Francine, Sarah et Charlotte savent qu’elles doivent prendre soin d’elles. Port du masque, distance de sécurité, lavage des mains, plan de travail désinfecté, tous les gestes barrières sont scrupuleusement respectés.
Les couturières dans le local de l'association à Jarville-la-Malgrange.
Les couturières dans le local de l'association à Jarville-la-Malgrange. © Aurore Kepa

 Bénévoles et infirmiers unis contre la maladie

Si le projet a vu le jour malgré le confinement, c’est grâce aux valeurs humanistes portées par les salariés de Kaléidoscope.
"Au bout de deux semaines (de confinement), ça commençait à être très dur pour nous de ne pas aider dans ce contexte si particulier. Et comme nous travaillions sur un projet couture avant l’épidémie, nous avions déjà du tissu, des élastiques et trois machines à coudre!".
Très rapidement, l’association contacte la mairie pour lui faire part de son intention de confectionner des masques. Au même moment, une union d’infirmiers libéraux de Jarville -dénommée "équipe de soins primaires de la Californie"- téléphone également à l'hôtel de ville pour savoir s’il existe "un dispositif de création de masque et si elle avait adhéré à l’un deux". Préoccupés par l’ampleur de la crise sanitaire et l’absence de moyens de protection alors que le déconfinement approche, ils en recherchent activement 20.000 pour équiper les habitants. "Nous pensons que la distribution de masques commandés par le département ne se fera pas le 11 mai comme prévu", s’inquiète Olivier Babel, infirmier. La mairie les met alors en relation avec l’association pour trouver une solution alternative.

C’est à ce moment-là que notre partenariat a commencé.
- Aurore Kepa, présidente de l’association Kaléidoscope

Un savoir-faire médical indispensable pour la réalisation de masques solides

Pour Olivier Babel, l’union fait la force: "Comme notre parole a plus d’écho en raison de notre réseau, nous arrivons à trouver plus facilement des stocks de matériaux pour les fournir ensuite à Kaléidoscope". À tour de rôle, les neuf infirmiers récupèrent nappes, draps, élastiques et molletons déposés par des particuliers au magasin Bio c’ bon à Nancy, leur point de collecte principal.

Quelques exemples de masques "grands publics".
Quelques exemples de masques "grands publics". © Aurore Kepa

"Il y a pleins de stocks dormants dans les usines textiles et dans les boutiques comme Mondial tissus", explique l'infirmier. "C’est dommage que tout soit fermé car ils pourraient nous donner quelques rouleaux de tissus, un peu de fil… Le matériel que l’on recherche est sommaire, nous n’avons pas besoin de grand-chose."

Il faut juste que nous arrivions à en collecter et à faire savoir que nous avons besoin de ce matériel.
- Olivier Babel, infirmier

Ils prodiguent également aux couturières des conseils judicieux qui sont indispensables à la confection de masques adaptée contre le covid-19: "Il faut mettre une couche de molleton entre les deux couches de tissus pour avoir un masque assez épais. L’idée, c’est de reproduire les masques FFP1 que l’on connait, mais en tissu!".

Un masque en tissu peut être porté trois ou quatre heures par la même personne et peut être lavé une vingtaine de fois avant d’être jugé comme défectueux.
- Olivier Babel

Pour coudre dans les règles de l’art, les couturières s’aident des tutoriels disponibles sur le site de l'Afnor "pour faire des masques qui correspondent aux normes officielles", précise Aurore Kepa.

Une action plus globale de protection de la population 

Donner simplement des masques ne suffit pas. Les infirmiers doivent également faire de la prévention pour protéger les habitants et plus particulièrement celles et ceux qui résident dans le quartier de la Californie.
"Une grande partie de la population est étrangère et beaucoup ne parlent pas très bien le français. ¾ des confinés n’ont pas accès à l’information comme nous nous pouvons l’avoir. Nous préparons une série de flyers avec des pictogrammes simples et explicites que nous distribuerons avec les masques": comment mettre et porter correctement un masque, de quelle manière l’entretenir, quels gestes adopter pour ne pas tomber malade ou ne pas contaminer les autres.

"Nous cherchons de nouvelles couturières sur Jarville et aux alentours qui pourraient travailler chez elles", précise Olivier Babel. "Nous leur déposerons les patrons et nous viendrons collecter ensuite les masques pour les distribuer avant la fin du confinement."
Les affiches des infirmiers libéraux.
Les affiches des infirmiers libéraux. © Olivier Babel

Olivier, Natacha, François-Julien, Viviane, Nadège, Marjorie, Linda, Myriam et Johana, qui ont décidé de s’unir au début de l’épidémie pour s’entraider, mènent une véritable mission d’éducation et de responsabilisation.
"Après avoir mis en place une tournée infirmière réservée aux patients covid-19, nous avons fait une campagne d’affichage pour inciter les habitants des barres d’immeubles à nettoyer leur appartement et les parties communes: désinfection des poignées de portes, des interrupteurs, des rampes d’escaliers, des boutons d’ascenseurs, etc.", indique Olivier Babel.

Amer, Olivier et ses collègues ne décolèrent pas. Après la crise, ils souhaitent demander des comptes au gouvernement: "Il y a eu une mauvaise gestion de la crise sanitaire par l’Etat: ce n’est pas notre rôle de chercher des charlottes, des blouses ou des lunettes pour nous protéger et de coudre des masques en tissus protéger la population!".
Affaire à suivre.
 

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