Confinement : l’engouement pour les produits locaux booste l'activité de jeunes entrepreneuses en milieu rural

Depuis le début du confinement, le 16 mars 2020, la demande en pain, en farine et en produits locaux explose. Une aubaine pour certains jeunes entrepreneurs en milieu rural qui ont vu leurs commandes s’envoler. Exemple dans le Lunévillois avec une boulangère bio et une épicière itinérante.
 

L'augmentation des commandes oblige les associés du Gaec du Haut du Clos à travailler à deux à la boulangerie, et à la livraison
L'augmentation des commandes oblige les associés du Gaec du Haut du Clos à travailler à deux à la boulangerie, et à la livraison © Valérie Odile, FTV

J’ai quasiment  triplé mes commandes de farine depuis le début du confinement le 16 mars 2020.
Anne Genay, paysan-boulanger, Gaec du Haut du Clos à Charmois

Alors que certains commerces tournent au ralenti…d’autres ont mis les bouchées doubles. C’est le cas d’Anne Genay, paysan-boulanger près de Damelevières. Cette jeune entrepreneuse, qui a démarré son activité de pains et de farines bios il y a moins de deux ans, est la première surprise des effets du confinement.
Le Gaec du Haut du Clos produit 240 pains par jour, trois fois par semaine, contre deux avant la crise du Coronavirus.
Le Gaec du Haut du Clos produit 240 pains par jour, trois fois par semaine, contre deux avant la crise du Coronavirus. © Valérie Odile, FTV

Il est 11h du matin, et la première fournée vient juste de sortir, libérant dans la boulangerie du Haut du Clos à Charmois une odeur délicieuse.

"Nous avons reçu beaucoup d’appels des nouveaux clients locaux, qui se sont soudainement rendu compte qu’on existait", explique Anne, "ou qui n’avaient pas le temps de venir aux horaires d’ouverture du Fournil avant la crise".

Beaucoup se sont mis à faire du pain eux-mêmes, et leur demandent des conseils sur la cuisson. Les farines spéciales telles que le seigle ou l’épeautre ont eu soudain de nouveaux adeptes, ces farines se gardant plus longtemps.
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Coronavirus : le confinement booste l'activité d'artisans en milieu rural

Avec son associé, ils ont été contactés par des groupements de consommateurs, des magasins bio, et plusieurs "ruches qui dit oui". Mais à deux, il est difficile de répondre positivement à toutes les demandes.

"On est déjà au taquet de nos possibilités, explique Anne", qui se lève un jour sur deux à 4h du matin pour préparer la pâte et chauffer le four. 

On est passé à trois de jours de boulange par semaine, au lieu de deux avant la crise.
- Anne Genay, paysan-boulanger, Gaec du Haut du Clos à Charmois

"On revient au fournil les mercredis, et les week-ends pour ensacher les farines. Tous les jours je reçois des dizaines de SMS de nouvelles commandes à gérer".
 
Anne est au fournil depuis 4h du matin pour assurer les commandes depuis le confinement.
Anne est au fournil depuis 4h du matin pour assurer les commandes depuis le confinement. © Valérie Odile, FTV
Deux fournées par jour, soit 240 pains, trois fois par semaine
Deux fournées par jour, soit 240 pains, trois fois par semaine © Valérie Odile, FTV
Les pains et farines spéciaux tels que le seigle ou l’épeautre ont du succès
Les pains et farines spéciaux tels que le seigle ou l’épeautre ont du succès © Valérie Odile, FTV

Avant la crise, Anne gérait le moulin, le pain et la farine toute seule, ainsi que les livraisons et le marché de Damelevières. Mais depuis, Thibaut, son associé qui s’occupe plutôt du travail des champs, a dû venir lui prêter main forte. "Il faut sortir 240 pains par jour, trois fois par semaine, puis aller les vendre ou les livrer, c’est une grosse organisation !" explique Anne Genay.

Mais les deux associés ne se plaignent pas. Ils sont en avance sur leur prévisionnel et pourront donc amortir leur investissement plus rapidement...voire même recruter un salarié.

"Si le montant des commandes reste le même après le déconfinement, il va falloir penser à embaucher quelqu’un pour nous aider", explique Thibaut. Les cultures de céréales vont nous demander d’être plus présents dans les champs.
 
Depuis le début de la crise du Coronavirus, la camionnette 'graines d'essentiel' se déplace tous les jours dans les villages du Lunévillois, souvent à la demande des consommateurs.
Depuis le début de la crise du Coronavirus, la camionnette 'graines d'essentiel' se déplace tous les jours dans les villages du Lunévillois, souvent à la demande des consommateurs. © Laëtitia Carciofi

Les épiceries itinérantes plus sollicitées 

Dans le Lunévillois,  Laëtitia Carciofi et son épicerie itinérante ‘graines d’essentiel’ sont devenus beaucoup plus visibles qu’avant. Dans sa camionnette au look "bohème", elle propose des produits locaux, alimentaires et cosmétiques, et même d’entretien.

Depuis le début de la crise les kilomètres défilent plus vite sur le compteur, et pour cause : les points de vente se sont multipliés, à la demande des consommateurs comme à Marainviller, ou même des maires comme celui de Pettonville.

Les gens m’achètent surtout des produits plaisir comme le sucre, le chocolat, la farine, les biscuits apéritifs et toutes les petites douceurs qui se grignotent et remontent le moral.
- Laëtita Carciofi, Epicerie "graine d’essentiel", Reillon.

Elle vend également plus souvent des savons, des shampooings, et des produits d’entretien ; certains de ces clients n’osant plus s’aventurer trop loin pour aller faire les courses.
L'épicerie itinérante 'bohème' propose des produits alimentaires locaux, bio, mais aussi des cosmétiques et des produits d'entretien.
L'épicerie itinérante 'bohème' propose des produits alimentaires locaux, bio, mais aussi des cosmétiques et des produits d'entretien. © Laëtitia Carcofi

Ses plannings d’avril et de mai sont déjà  bien remplis ! Pour la première fois, Laëtitia a atteint ses objectifs financiers. Ouvrir un commerce en milieu rural, c’est un vrai challenge. Elle espère que ses nouveaux clients seront fidèles après le 11 mai, date du déconfinement, pour lui permettre de pérenniser son activité.
 
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