Installation illégale des gens du voyage : "nous sommes envahis" déplore un élu qui en appelle à l'État

L'installation de quarante caravanes de gens du voyage dimanche 2 juin 2024 sur le stade de foot de Longwy provoque la colère des élus de la communauté d'agglomération du Grand Longwy. Ils demandent l'intervention de l'État.

L'installation de quatre-vingts caravanes de gens du voyage dimanche 2 juin 2024 sur le stade de foot de Longwy (Meurthe-et-Moselle) a déclenché la colère du vice-président de la communauté d'agglomération de Longwy (CCAL) chargé de leur accueil.

Confronté à cette occupation sans autorisation, Jean Huard ne décolère pas. Prévenu de leur arrivée imminente, la CCAL a aménagé "en un temps record" selon l'élu, un terrain sur le pôle européen de développement, terrain que les gens du voyage ont refusé : "on a mis 70.000 euros de travaux avec l'argent des contribuables pour les accueillir convenablement. Ils nous ont dit qu'ils iraient s'installer là où ils ont envie. C'est ce qu'ils ont fait dimanche". Ce problème ne date pas d'hier, reconnaît l'élu, impuissant face à une situation qui se répète depuis des années et dépasse les moyens de la collectivité locale.

Un terrain impraticable

Nos journalistes Valentin Piovesan et Pascale Thine sont allés à la rencontre des Français du voyage, appellation préférée à celle de gens du voyage. Il s'agit d'une mission évangélique de passage avec des familles originaires depuis très longtemps du Pays-Haut.

Le pasteur David qui les accompagne explique les raisons du refus de s'installer sur le site prévu : "le terrain ne convenait pas. Quand on l'a visité, avec les intempéries, il était boueux. Il a ensuite été compacté, mais il n'est pas stable pour accueillir des caravanes de deux tonnes". Cette aire dite " de grand passage", aménagée dans l'urgence, est en effet provisoire. Le représentant de la communauté déplore aussi l'absence de voirie aménagée pour y accéder.  

Mis devant le fait accompli, Jean Huard exprime l'exaspération des élus et de la population face à une situation qu'il juge incontrôlable et coûteuse pour les finances publiques : "la CCAL dépense 400.000 euros par an pour gérer les poubelles, l'eau, les réparations des dégradations et la mise en sécurité des sites. L'État doit agir". Le pôle européen de développement (PED) au lieu-dit "des Trois frontières" est situé sur les friches industrielles des anciennes Aciéries de Longwy. Il accueille quelques entreprises, mais présente aussi d'immenses vides désolés, sans herbe ni arbres. Sans compter la pollution des sols. 

Il faut des sanctions financières parce qu'on n'a pas le droit de s'installer n'importe où, n'importe quand, quelle que soit la façon dont on a décidé de vivre.

Jean Huard, vice-président de la CCAL

L'élu estime cependant que la collectivité locale a fait son devoir en aménageant cette aire de grand passage. Il demande que l'État joue enfin son rôle en sanctionnant les installations illégales. Il prend en exemple la Belgique et le Luxembourg où la police intervient. Situés à quelques centaines de mètres du site français, ils sont exempts de toute présence de caravanes.

Longwy, un cas particulier

La position de l'agglomération de Longwy, frontalière avec la Belgique et le Luxembourg, est un cas particulier : "Il y a les familles sédentarisées, les saisonniers qui vont travailler quelque temps dans les entreprises belges et luxembourgeoises puis les Gens du voyage qui sont de passage comme les missions évangéliques" explique Adèle Boumessaoud, assistante sociale en charge du secteur de Longwy à l'association "Amitiés tsiganes" de Nancy (Meurthe-et-Moselle).

Cette situation entraîne une saturation des trois aires d'accueil existantes : à Longlaville, Mont-Saint-Martin et Longuyon. Le problème est aussi exacerbé par le fait que certaines communautés ne cohabitent pas pour des raisons culturelles. C'est le cas des Français du voyage installés à Mont-Saint-Martin et des Roms à Longlaville.

On s'est installé sur ce terrain de sport, car il est inutilisé. On ne voulait pas poser de problème.

Pasteur David, représentant de la communauté

Conscients des difficultés auxquelles est confrontée la CCAL, la préfecture et Meurthe-et-Moselle et le sous-préfet de Briey en particulier ont la volonté de trouver un terrain éligible pour l'aménagement d'une aire de grand passage pérenne. Aménagement indispensable pour assurer une bonne cohabitation entre les Gens du voyage et la population locale.

Le pasteur David a rendez-vous ce lundi 3 juin 2024 avec un huissier afin de faire constater l'impraticabilité du terrain proposé par la CCAL. La communauté évangélique souhaite rester quinze jours avant de se rendre à Thionville (Moselle).

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