Meurthe-et-Moselle : toujours non essentiels, les savonniers artisanaux envoient du savon à Jean Castex pour protester

Sous les hashtags "du savon à Matignon" et "bien moussant pour Olivier Véran", les savonniers artisanaux se mobilisent avec humour. De toute la France, des colis de savons ont été envoyés au Premier ministre. Ils sont toujours non-essentiels dans une période où l'hygiène est capitale.

Le courrier de la savonnerie de Coyviller à Jean Castex et Olivier Véran.
Le courrier de la savonnerie de Coyviller à Jean Castex et Olivier Véran. © Les jardins de Lilith

Mardi 27 avril 2021, Charlie Marandet, savonnière à Coyviller, en Meurthe-et-Moselle, prépare son colis pour Jean Castex. Elle a choisi de lui envoyer un savon baptisé "la fin des soucis".
Il y a des semaines où l'on est particulièrement gâté quand on est Premier ministre. Après les dizaines de petites culottes envoyées par les boutiques de lingerie -en colère de devoir rester fermées-, ce sont des savons que le secrétariat de Matignon est en train de recevoir en masse. Et attention par n’importe lesquels. Des savons artisanaux, faits dans les règles de l’art, par saponification à froid, une technique millénaire.

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, des savonniers de toute la France du collectif  "savonniers mobilisés" se passent symboliquement un pain de savon de main en main. Ils expliquent : "Bien décidés à ne pas nous laisser savonner la planche, nous les artisans savonniers sommes plus que jamais unis pour montrer que nous sommes bien ESSENTIELS !"

Passer un savon au gouvernement

On veut plus faire sourire que faire pleurer.

Charlie Marandet, savonnière

"Passer un savon au Premier ministre", "faire mousser" leurs actions sur les réseaux, ils jouent sur les mots avec humour. Le mouvement à commencé de façon informelle, par un groupe de travail sur Facebook, où les artisans s’échangeaient des astuces de fabrication.
"On veut plus faire sourire que faire pleurer", explique Charlie Marandet, "on essaie d’avoir tout de même une mobilisation légère, car on sait que l’on n'est pas les seuls à avoir des problèmes. On veut surtout que le public pense à nous."

Artisans en difficulté

Et pourtant, pour beaucoup, la situation est critique.
La plupart, comme Charlie, se sont reconvertis dans le métier par passion. Diplômée en histoire, elle a commencé à s’intéresser au savon artisanal avec la mode du fait-maison. D’un blog, elle est passée à une entreprise.
Elle et ses deux salariés s’en sortent grâce aux prestations de conseil et de fabrication à façon pour d’autres entreprises, mais ce n’est pas le cas de tous les artisans. La plupart font de la vente directe, dans leur atelier ou sur les marchés artisanaux.

"On a le droit de rester ouverts pour la fabrication. Du coup, on ne dispose même pas des aides prévues en cas de fermeture administrative. Il ne nous reste plus que la vente sur internet. On demande, à minima, de pouvoir reprendre nos stands sur les marchés alimentaires qui se déroulent en plein air."

Charlie Marandet rajoute : "je connais au moins un savonnier qui a mis la clé sous la porte. Beaucoup d’autres sont très découragés et ont perdu 60% de leur chiffre d’affaires. Ça devient très compliqué."

Absurdité administrative

Ce que les savonniers ne digèrent surtout pas, c’est que les grandes surfaces ont le droit de continuer à vendre leurs savons industriels et leur gel hydroalcoolique.
"Ce qu’on ne comprend pas, c’est qu’on vend des produits d’hygiène. Ça devrait être considéré comme essentiel. Le gouvernement a fait des campagnes de communication sur l’importance de se laver les mains en période d’épidémie. En plus, nos produits n’abîment pas la peau".

Sophie Vergnat, savonnière à Leyr depuis presque cinq ans, a enchaîné les annulations de manifestations, foires expo ou visites guidées dans sa savonnerie.
"J’ai beaucoup de clients qui n’utilisent que du savon saponifié à froid et ça, on en trouve très peu en grande surface. Ça va être des produits de grands laboratoires qui ne sont pas forcément de très bonne qualité et c’est problématique pour les gens qui ont des problèmes de peau."

Interrogés par l’Agence France Presse, les services de Matignon ont confirmé la semaine dernière avoir reçu les colis de lingerie et envisager de les offrir à des associations caritatives.
Les savonniers ont demandé une réponse officielle, mais ils espèrent surtout une mobilisation du public pour acheter leurs produits.

Pour trouver un savonnier artisanal, cliquez ici.
 

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