TEMOIGNAGE. Pierre Houin, champion olympique, parle de la "peur" : l'ennemie intime du sportif de haut-niveau

Ce n'est pas facile pour un sportif d'avouer ses failles. Chacun a sa manière de les gérer. Le Toulois Pierre Houin fait partie des 20 français à avoir remporté une médaille d'or aux Jeux olympiques 2016 de Rio. Il en parle sans haine et sans crainte: la peur du sportif de haut niveau. 

 

Le toulois Pierre Houin sacré champion olympique en aviron avec son coéquipier Jérémie Azou à Rio en 2016.  Il parle de cette peur qui accompagne les sportifs de haut niveau.
Le toulois Pierre Houin sacré champion olympique en aviron avec son coéquipier Jérémie Azou à Rio en 2016. Il parle de cette peur qui accompagne les sportifs de haut niveau. © FTV
Pierre Houin, 25 ans, fait partie des vingt français à avoir remporté une médaille d'or aux Jeux Olympiques 2016 de Rio au Brésil. 
A l'époque, le sportif du pôle France aviron de Toul est dans une situation plutôt confortable. Il domine son sujet. Pour lui tout semble facile. Et pourtant, à Rio, à quelques minutes de la finale "j'avais envie de faire demi-tour et de partir loin avant la course". Pourquoi? "Parce que j'avais peur".

Cette peur qui accompagne les sportifs de haut niveau. "Le problème c’est qu’il faut se concentrer uniquement sur le résultat" dit Pierre. "Avant et pendant la course, le champion essaye de se détacher du résultat pour se reconcentrer sur les moyens", analyse Jean-Christophe Seznecpsychiatre, spécialiste en psychologie du sport. 

Impossible de perdre

Pierre Houin en parle avec franchise, sans pudeur, sans langue de bois, de cette "trouille". Il a 25 ans. A l'époque, il y trois ans en 2016, ils sont candidats annoncés à l’or à Rio, avec son camarade de jeu, Jérémie Azou. Dans une course serrée, Azou et Houin vont devancer l’Irlande et la Norvège. Et gagner l'or ! 

Cette année-là, Pierre est un jeune rameur de 22 ans. Et il revient de loin car pour être sélectionné aux Jeux olympiques, il prend la place au dernier moment de Stany Delayre pendant une étape de coupe du monde à Lucerne, en Suisse. Et forcément au moment du départ de la finale, il a cette sensation de ne pas avoir le droit à l'erreur. A ce moment-là, sa plus grosse frayeur reste le regard des autres, "le jugement". 
"Ma plus grosse peur par le passé reste la possibilité de ne pas gagner les jeux. Car lorsque l'on regarde la manière dont s'est formé le duo Azou-Houin ça aurait jasé dans tous les sens. Ça ne pouvait pas se passer autrement. Il fallait gagner".
 
Pourquoi Pierre Houin, comme d'autres grands champions, aussi forts soient-ils, médaille d'or ou non, connaissent et vivent ce sentiment "d'imaginer le pire" ? La peur.
Le psychiatre Jean-Christophe Seznec, attaché à l'Hôpital Saint-Anne à Paris, explique que "dans son cabinet les sportifs de hauts niveaux partagent avec lui cette pensée du tout ou rien, cette pensée anxiogène. Penser à gagner cela veut dire aussi, évidemment dire penser à perdre".

Et si? 

Et au fil des consultations le médecin constate que tous les candidats à une médaille d'or commencent tous leurs phrases par des "et si": "et si ça marche pas, et si je me blesse et si je perdais". Car une fois qu'il a atteint son objectif Pierre Houin, comme les autres, se pose toujours cette question : "la médaille d’or et après ?" "On aimerait que les gens conservent l'image du champion qui réussit car finalement c'est pour ça qu’on fait autant de sacrifices" raconte-t-il, très lucidement.  

Tous les participants se sont entraînés durant des heures. Tous se sont préparés pour le jour J. "Ils travaillent beaucoup leur imaginaire. Pierre sait que ce qui fera la différence ce sont les détails car il n’y a pas de hasard", dit Jean-Christophe Seznec.

Il est donc devenu avec le temps un perfectionniste. Mais il n'est pas différent des autres sportifs, des coureurs automobile, des navigateurs, des judokas, etc... Il a juste envie d’être le meilleur. Avec beaucoup d'appréhension. La hantise de Pierre Houinreste la peur de manquer un entraînement. "Il faut que je m'entraîne tous les jours. J'en ai besoin. Alors oui évidemment j'ai peur de la blessure. De cette douleur insidieuse qui risque de t'empêcher de te préparer""C'est un véritable démon. Quand je ne m’entraîne pas je suis pas bien dans ma peau, je suis très mal. C’est une névrose C’est devenu incontrôlable. C’est quelque chose que je dois faire encore et encore au quotidien."

Chute, accidents, naufrage, dépression, un sportif  peut prendre toujours le risque d’avouer ses peurs. "C’est important il n’a pas le choix. Il est obligé de s’avouer ses peurs sinon  elles vont le ronger" exprime Pierre Houin. "Un sportif va contrôler son entraînement. Ça le rassure. Mais cela reste très rare qu'il contrôle parfaitement une course, une finale", analyse Jean-Christophe Seznec.

Et maintenant?

La peur du moment c’est ne pas être sûr de réussir à gagner. Car Pierre Houin est confronté un autre problème. Le départ son compagnon de Rio, Jérémie Azou. L'histoire entre Jérémie Azou et le Toulois Pierre Houin s'est arrêtée le 21 octobre 2017. Jérémie Azou, plus vieux, a pris sa retraite. Donc il faut trouver un remplaçant. Et depuis plusieurs mois Pierre vit avec un sentiment mêlé de peur et de perte de confiance. Et de défaite. 
Pierre Houin et Hugo Beurey ont été éliminés en quarts de finale aux championnats du monde d'aviron de Linz (Autriche). Au mois d'août. Ce n’est pas suffisant pour être sélectionné aux Jeux de Tokyo en 2020.
"C'était une course avec la densité qu'on redoutait, on n'avait pas le droit à la moindre erreur, et pourtant on a perdu", explique-t-il au journal l'Equipe à l'arrivée de la course.
Maintenant, ils devront donc impérativement passer l'an prochain par la difficile régate de qualification olympique de Lucerne (Suisse) pour participer aux Jeux de Tokyo en 2020.
Une ocasion de plus d'avoir peur.
Et de devoir la gérer.
 
Pierre Houin en bref
Pierre Houin est né le 15 avril 1994 à Toul.
Il a remporté deux titres européens, trois titres mondiaux et un titre olympique, à Rio en 2016. 
Il fait partie du pôle France aviron de Nancy. 
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