Témoignage. Femme, mère, boxeuse, battante et combattante, Valérie Hénin se raconte

Publié le Mis à jour le Écrit par Malika Boudiba

Ce vendredi 8 mars 2024, pour la journée internationale des droits des femmes, Françoise Soulima, préfète de Meurthe-et-Moselle, invite des femmes. Plusieurs sont aussi de grandes athlètes. Valérie Hénin, figure du monde de la boxe mondiale, témoigne de sa condition de femme dans le sport.

Pour la journée internationale des droits des femmes, Françoise Souliman, préfète de Meurthe-et-Moselle, a décidé de mettre à l’honneur des parcours de femmes dans le sport en cette année Olympique. Ce vendredi 8 mars 2024, plusieurs d’entre elles sont invitées en préfecture, comme Valérie Hénin, une figure bien connue en Lorraine et au-delà pour son parcours exceptionnel dans le sport, mais aussi dans le combat pour l’égalité des droits pour toutes et tous.

Valérie Hénin a commencé la boxe française au Haut-du-Lièvre, à Nancy, dans le club dans lequel entraînait son père Alain Hénin. Elle a été sacrée championne d'Europe en 1988 et championne du monde en 1990. Elle a été championne du monde de full-contact en 1993. Championne du monde Women's International Boxing Federation (WIBF) de boxe anglaise le 3 novembre 1996.

En taekwondo, elle a été sacrée trois fois championne de France (1999, 2000, 2001), a remporté deux fois la Coupe de France (1999 et 2001) et a remporté la médaille de bronze dans la catégorie des moins de 72 kg aux championnats d'Europe de taekwondo 2000. Voilà pour le palmarès sportif. Après sa carrière de boxeuse, elle a été animatrice sur RTL9. Elle a commenté des combats de kick/thaï sur Canal+. Elle s’est aussi essayée au cinéma en étant cascadeuse sur le film Danny the dog. Depuis de nombreuses années, elle est directrice et enseignante au Punch Nancy.

Violences sexistes et sexuelles dans le sport

#metoo existe depuis six ans maintenant. Dans le sport, un premier témoignage en 2020 a libéré la parole de beaucoup de sportives. Valérie Hénin que l’on imagine avoir de quoi se défendre, a d’abord été une enfant débutante dans la boxe.

Je l’ai vécu à 14 ans en boxe française du fait d’un entraîneur national à l’époque.

Valérie Hénin

Elle a eu à subir, elle aussi, certaines violences sexuelles. Elle raconte non sans une certaine émotion : "Je l’ai vécu à 14 ans en boxe française du fait d’un entraîneur national à l’époque. C’est pour cela que je ne voulais pas laisser ma fille à 12 ans prendre ce même chemin. Je n’ai rien dit pendant des années. J’ai revu ce monsieur, il n’y a pas si longtemps. Je suis restée tétanisée alors que j’aurais pu lui faire mal. Je comprends quand les femmes disent que c’est difficile de parler. Cela peut traumatiser beaucoup de femmes, surtout les plus vulnérables. Dans mon entourage et en discutant avec des personnes que je côtoie, j’ai connaissance de plusieurs histoires en lien avec des violences sexuelles dans le milieu sportif." Si Valérie Hénin encourage les femmes et les jeunes filles victimes à se manifester, elle a bien conscience de la difficulté que cela peut représenter.

Dans le sport, être une femme et être celle qui entraîne des sportifs ne semble pas non plus une chose aisée. "Je me suis vu refuser l’entrée d’un vestiaire de boxe anglaise alors que c’était moi l’entraîneur et que j'avais mon combattant à l'intérieur", raconte Valérie Hénin. "Une fois, on m'a demandé de porter un short plus court pour que cela soit plus sexy pour le "pay-per-view". Des anecdotes comme celles-ci, j'en ai des tonnes à raconter." Un autre point qui a toujours frappé Valérie Hénin, c’est la différence dans les rémunérations. "Quoi que l’on fasse, nous les femmes, et dans le sport comme ailleurs, la différence de rémunération entre hommes et femmes est très importante et injustifiée."

Journée internationale des droits des femmes

Valérie Hénin est une combattante. Bien entendu, elle a passé sa vie sportive sur des rings de boxe, puis elle a entraîné des femmes et des hommes pour les aider à décrocher des titres dans leur discipline. Mais elle se bat aussi pour les autres, contre le racisme et pour l’égalité.

Dans son club de Nancy, elle a poursuivi tous ces combats. Pour elle, la journée internationale des droits des femmes est un symbole très fort : "quand on est une femme et une athlète, cette journée représente beaucoup. J’ai vécu des choses compliquées dans le sport. Racisme, discrimination, je sais ce que cela signifie. Il faut que les femmes aient de la visibilité pour évoluer."

Une vie de combats

"Je ne suis pas dans la complainte, mais dans le combat." Valérie Hénin mène aussi le combat dans son association et dans son club depuis 35 ans. Elle accompagne des femmes battues. "Il y a aussi des hommes qui se font malmener. Dans notre club, on accueille aussi des personnes de pays étrangers, des hommes et des femmes qui ont traversé la mer, qui ont vécu des choses horribles.

On essaie de les accompagner, de les aider à lutter pour leurs droits. Le sport permet de réhabiliter les gens. Il permet aussi de créer du lien social. On est tous anonymes, mais ensemble au sein d’un club sportif."

Si elle pouvait changer quelque chose à la condition des femmes dans le sport. Elle aimerait que les femmes soient plus considérées. "Certaines femmes ont refusé de jouer au beach-volley pour les Jeux olympiques en raison de la tenue qu’on leur demandait de porter, un micro short. Il faut plus de tolérance et de bienveillance dans le sport. Il faut aussi des salaires équivalents à ceux des hommes."

Sa fille Magda, avant tout

Si vous demandez à Valérie Hénin une figure féminine qu’elle admire, elle vous répond : "Personne à part ma fille. J’admire ma fille, son parcours. Elle a traversé des montagnes. Dans sa discipline, le taekwondo, rien n’est simple." Magda Wiet-Hénin a remporté la médaille d'or dans la catégorie des moins de 67 kg aux Championnats du monde 2023 à Bakou.Elle sera au rendez-vous des Jeux Olympiques de 2024. 

Pour Valérie Hénin, les choses évoluent dans le bon sens pour les femmes. Mais, on est encore loin du compte.

"L'égalité à travers l'Objectif"

Une exposition, installée à la préfecture de Meurthe-et-Moselle, présente 16 portraits de femmes pour rendre hommage à ces sportives du Grand Est pour leur passion, leur engagement et leur contribution à briser les stéréotypes de genre dans le monde du sport. Cette exposition sera ouverte durant toute la journée à des visites par des centres aérés du Grand Nancy.

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