Bar-le-Duc : le cordonnier réfractaire obtient du ministère de pouvoir garder son commerce ouvert

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Écrit par Jean-Philippe Tranvouez avec Jcdr
Bruno Amicone, devant son magasin ouvert.
Bruno Amicone, devant son magasin ouvert. © JP Tranvouez / France Télévisions

L'acte militant de Bruno Amicone a payé : le cordonnier a obtenu du ministère, comme ses collègues proposant un service de cordonnerie multiservices, de rester ouvert pendant ce second confinement. Un courrier en ce sens a été reçu mardi 03 novembre par sa fédération.

Cordonnier à Bar-le-Duc (Meuse), Bruno Amicone peut désormais, en toute légalité garder son commerce ouvert. Sa fédération des artisans français de la cordonnerie et multiservices a obtenu, par un courrier daté du mardi 03 novembre 2020, l'autorisation de poursuivre ses activités. Le Meusien, qui refusait de baisser son rideau en justifiant du service rendu, s'estime satisfait.

Notre article initial :
Dans le quartier Notre-Dame, au coeur de Bar-le-Duc, l’ambiance est printanière ce samedi matin. Il fait beau, et les passants sont nombreux à rejoindre les uns le marché couvert, les autres les différents commerces ouverts du quartier : en tout, deux boulangeries, une maison de la presse, un fleuriste qui peut poursuivre son activité jusqu’à dimanche, et donc un marché couvert devant l’entrée duquel se pressent une bonne trentaine de badauds.

Alors devant sa boutique ouverte, Bruno Amicone ne décolère pas. “Psychologiquement, ça m’épuise” dit-il. Il devrait être fermé, mais il a choisi d’ouvrir ce matin pour profiter de cet afflux de clients. Il ne comprend pas pourquoi sa boutique, qui n’accueille qu’un seul client à la fois serait plus dangereuse que les autres autours de lui. 

Psychologiquement, ça m’épuise.

Bruno Amicone, commerçant.

Une voiture se gare, deux clients qui vont au marché. La discussion démarre : la cliente défend l’ouverture des librairies et lieux de culture, le cordonnier, lui, voudrait une règle unique pour tout le monde. “Ce gouvernement a réfléchi sur la consommation essentielle, pour moi l’essentiel, ce sont les petits magasins”, explique-t-il.

Et puis, il y a toutes les règles à mettre en oeuvre, et tous les investissements que les petits commerçants ont du faire après le premier confinement, pour pouvoir à nouveau accueillir du public : “Les coiffeurs, les fleuristes, on est capable de gérer le flux de clients, à savoir une personne dans la boutique. On a des plexiglas, du gel, on a tout ce qu'il faut pour bien cadrer”, explique-t-il. “On a mis beaucoup d’argent pour être en conformité et là on nous dit de fermer.”

En une heure, deux clientes sont passées. Surprises de voir le commerce ouvert, mais ravie de pouvoir y accéder. Quelques mots échangés, autours de la fermeture des commerces. Les clientes soutiennent leur commerçant dans son initiative. Bruno Amicone explique, chaque fois, sa position : “Je ne dis pas qu’il ne faut pas respecter le confinement, au contraire il faut le respecter. Mais psychologiquement le fait d’ouvrir, ça nous fait un bien et si on fait un ou deux clients on génère de l’argent, un potentiel financier qui pourra nous aider par la suite.”

Aujourd’hui, il était le seul à braver l’interdiction d’ouvrir. D’autres avaient contourné la mesure en organisant des points de retraits de commandes ou des livraisons à domicile. Certains commerçants en appelle à la préfète de Meuse, pour faire remonter au gouvernement la colère des commerçants de centre-ville. Chacun s’organise de son côté.

Bruno Amicone, lui, voudrait fédérer autours de son initiative pour mettre la pression sur le gouvernement : “On arrive à la veille des fêtes de Noël et on n’a pas de solution pour s’en sortir. Même avec les aides on ne compensera jamais les pertes de chiffres d’affaire. Alors, j’en appelle à tout le monde de fédérer et d’ouvrir. On n’a plus de solutions à l’heure actuelle. Il va falloir rembourser nos emprunts. Il va falloir rembourser les cotisations.” 
Bruno Amicone va continuer à ouvrir son magasin tant qu’il le pourra, avec au dessus de sa tête le risque de la verbalisation : “Le risque c’est l’amende et je l’assume, mais le risque aussi c’est de fermer définitivement et de mourir et de mettre sa famille en précarité, et je l’assume pleinement.” 
 
Le gouvernement a annoncé vouloir réévaluer la situation au bout de quinze jours. Mais c’est la crainte d’une prolongation du confinement qui occupe l’esprit de Bruno Amicone, inquiet pour la survie de son commerce.
 

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