Meuse : les fruits et légumes au top du bio d'Emilie Lemmer

Emilie Lemmer est une maraîchère fraichement installée dans le nord de la Meuse. Elle cultive en bio, mais regrette que le label ne soit pas assez contraignant.

Pour Emilie Lemmer, les premières récoltes ont commencé il y a deux semaines.
Pour Emilie Lemmer, les premières récoltes ont commencé il y a deux semaines. © Emilie Lemmer pour France Télévisions.
En ce début mai 2020, voilà deux semaines qu'Emilie Lemmer récolte les premiers légumes bios de son exploitation. Des radis, des navets, des salades, semés il y a quelques mois à Pillon, tout au nord du département de la Meuse. Elle les propose sous forme de paniers de légumes, vendus via l'Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) du pays de Spincourt. Avec un gros succès dès le début, le confinement a incité les gens à consommer à proximité. Toute la récolte est partie, malgré l'impossibilité de faire de la vente directe.

A Pillon, aux Meix du Baugeron, elle cultive seule 4.000 m² de terre, elle a planté 1.000 petits fruitiers (fraisiers, framboisiers...) et 200 arbres fruitiers, qui donneront dans quelques années. 

Merci à notre voisin pour cette belle photo !!! Quel changement !🥰

Publiée par Les Meix du Baugeron sur Mardi 14 avril 2020

Pour Emilie, le choix du bio est évident. Elle tient à respecter la terre et la saisonnalité des fruits et légumes. "Cette année, il a fait beau, ça aide pour certains légumes, mais ça ne paie pas à d'autres, comme les épinards, explique Emilie Lemmer. Mais pour les tomates, il faut encore attendre."

Besoin de pédagogie

Pourtant, des consommateurs demandent encore des tomates tôt au printemps, habitués d'en trouver, même bio, en supermarché. "A force d'industrialiser le bio, on autorise de plus en plus de produits (pesticides) et de pratiques", se désole Emilie.

Par exemple, depuis juillet 2019, les producteurs bios ont le droit de chauffer les serres. "On va avoir des légumes qui vont mûrir ou démarrer sans soleil donc sans aucune saveur", s'inquiétait à l'époque Florence Henry, maraîchère bio à Remoiville (Meuse). Une réponse à la demande en produits bios, qui a explosé ces dernières années.
 
Emilie Lemmer aurait voulu se tourner vers un label plus contraignant que le label AB, comme la mention Nature et Progrès. Mais les consommateurs ne connaissent pas ces autres labels et pourraient se détourner des produits qui ne sont pas estampillés AB. "Des légumes comme les miens sont assimilés à des productions extensives, dans des serres chauffées, et ne sont donc pas mis en avant."

Un président hors-sol

Emilie a par exemple en travers de la gorge la récente visite du président de la République Emmanuel Macron chez des producteurs de tomates en Bretagne le 22 avril 2020. Le chef de l'Etat s'était promené dans des serres chauffées, où des tonnes de tomates étaient cultivées hors-sol. 
Le chef de l'Etat Emmanuel Macron a visité des serres chauffées pour promouvoir la "Ferme France", selon ses termes.
Le chef de l'Etat Emmanuel Macron a visité des serres chauffées pour promouvoir la "Ferme France", selon ses termes. © Gwendal Hameury. MaxPPP.

"On ne peut pas défendre un modèle où votre nourriture poussent dans des sacs plastiques! Et hors saison! Les tomates, concombres et autres légumes d’été, ça se consomme en été, [...] mais il faudrait déjà que Monsieur le Président montre l’exemple!" s'exaspère Emilie. "On met en avant des fermes qui font des choses pas terribles."

Pour beaucoup de petits producteurs bio dans les territoires, il est incohérent, de la part du gouvernement, de prôner la transition écologique et de montrer des exploitations qui font beaucoup de mal à la planète, avec notamment un bilan carbone désastreux.

L'évolution pourrait venir des consommateurs, qu'il faut encore sensibiliser. "On met en avant les produits du moment, en donnant des recettes originales, pour inciter les gens à consommer de saison, raconte Emilie. Les personnes qui achètent mes légumes ont déjà cette conscience environnementale." Des interventions auprès des écoles sont également prévues pour éduquer dès le plus jeune âge, dans la communauté de communes de Damvillers-Spincourt

De Milka à l'agriculture bio

Ce projet d'exploitation bio a mûri dans l'esprit d'Emilie pendant sept ans. Mais avant de mettre les mains dans la terre, elle a connu tout un cheminement professionnel. 
Elle a d'abord travaillé au service qualité chez Milka, avant de se réorienter vers un CAP cuisine. Elle travaille comme commis, puis comme chef dans un restaurant à Etain (Meuse). Elle a même été enseignante en bac pro "aide à la personne", où elle donnait notamment des cours de cuisine. 

Mais tout cela reste trop éloigné de ses convictions. "J'ai eu envie d'un retour à la terre, explique Emilie. Et je crois qu'aujourd'hui, je touche plus facilement les gens parce que je suis passionnée par ce que je fais."
 
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