20 ans après la fin du charbon : l'avenir de la Moselle-Est s'écrit toujours sous le signe de l'énergie

Vingt ans après la fermeture du dernier puits de charbon à Creutzwald, la Moselle-Est voit se multiplier les projets industriels autour de l'hydrogène, du solaire et du gaz de couche. L'énergie est toujours au cœur du développement industriel du territoire. Rencontre avec le président de la communauté de communes du Warndt.

Vingt ans après la fermeture, le 23 avril 2004, de La Houve, dernier puits de charbon de France, Creutzwald (Moselle), au cœur de la communauté de communes du Warndt (CCW) poursuit sa mue économique. S'il prend acte de ce qui fit pendant 150 ans la richesse de la Moselle-Est, son président ne cultive pas la nostalgie du bon vieux temps des Houillères du bassin de Lorraine (HBL).

Comme tous les élus du secteur, Jean-Paul Dastillung tire les leçons des inconvénients de la mono-industrie, ce Moloch pourvoyeur de milliers d'emplois, mais à l'ombre duquel rien ne pousse : "les Houillères ont beaucoup œuvré pour éviter que d'autres entreprises ne viennent, notamment Ford qui s'est installé à Sarrelouis dans le Land de Sarre alors qu'il était prévu que le constructeur s'implante à Creutzwald. Les Houillères manquaient de main-d’œuvre. Elles étaient même obligées de recruter dans les pays du Maghreb". Autant dire que la fermeture annoncée des mines en 1984 a laissé une région orpheline confrontée à une grosse incertitude quant à son avenir économique.

Amateurs de patrimoine industriel, ne cherchez pas les vestiges de l'ancien siège de la Houve, tout a été rasé. La mémoire de la mine est préservée à quelques kilomètres, sur l'impressionnant carreau Wendel à Petite-Rosselle. Il conserve entre autres installations des années 50 et des reproductions de galeries de mine, le puits Vuillemin foncé en 1882 et son chevalement à câbles plats.  Au plus fort de l'activité, le bassin houiller a compté jusqu'à 58 puits. Le choix a été fait de rationaliser la conservation de la mémoire industrielle sur un site emblématique.

Nous avons pris très tôt la mesure de ce que pouvait entrainer la fermeture de la mine et la nécessité de réindustrialiser le territoire.

Jean-Paul Dastillung, président de la communauté de communes du Warndt

Diversifier les activités

Pour la communauté de communes du Warndt, la fin de l'histoire du charbon a été anticipée bien avant la date du 23 avril 2004 :"nous avons eu la chance à Creutzwald d'être le dernier puits à fermer en France. Ça signifie que nous avons eu 40 ans pour créer les conditions d'un nouveau développement économique harmonieux sur le territoire en attendant la fermeture des houillères".

"Développement économique harmonieux" pour la CCW est synonyme de diversification des activités : la plasturgie et la plateforme universitaire Plastinnov, Daymai France fabrique des pare-soleil pour l'automobile, la société Lormafer et son plus gros centre de maintenance de matériel ferroviaire, Inéo, spécialisée dans le génie électrique, etc.

Aujourd'hui, la Communauté de Communes du Warndt présente un bilan économique flatteur : cinq cents entreprises emploient 6.000 personnes. Elle compte six zones d’activités dont le petit dernier : Warndt parK, créé en 2015 : "elle symbolise le renouveau de Creutzwald puisque cette zone est à cheval sur la frontière" se réjouit Jean-Paul Dastillung. Située en forêt, la zone d'activités (ZAC) s'étend sur quatre-vingt-onze hectares. Elle entend allier activités économiques et préservation environnementale. La zone a d'ailleurs été primée par l'Agence de l’eau pour les solutions d'infiltration et de récupération des eaux de pluie.

On aimerait bien faire du tourisme, mais nous sommes surtout industrieux

Jean-Paul Dastillung, président de la CCW

La Moselle-Est, terre d'énergie(s)

"Moselle-est, terre d'énergie", sonne comme une tautologie. Identifié pendant un siècle et demi au charbon, l'avenir du territoire se dessine aussi dans cette voie. Sauf qu'aujourd'hui, il convient de parler des énergies au pluriel. Creutzwald avec Cellius dispose de la plus grande centrale thermique solaire de France. Elle produit 2610 MWh destinés au chauffage urbain. 

Le terril de l'ancien carreau de la Houve 2 va accueillir une nouvelle centrale solaire photovoltaïque, son orientation et la pente de 45 degrés offrent une opportunité pour une implantation efficace. L'IUT de Sarreguemines envisage de proposer aux étudiants un cursus dans ce domaine. Jean-Paul Dastillung rêve même à terme de l'implantation d'une école d'ingénieurs.

La Moselle-Est labellisée "Territoire d'Industrie" bénéficie du soutien de l'État dans le développement de ce qui apparaît toujours comme son ADN : la production industrielle d'énergies. L'exploitation du gaz de couche (gaz de houille) avec la Française de l'Énergie (LFE) à Faulquemont et l'hydrogène avec GazelEnergie à Carling. La Moselle disposerait aussi de la plus grande réserve d'hydrogène blanc du monde selon le laboratoire GéoRessources de l'université de Lorraine.

Héritage de la mine

La page du charbon tournée voilà vingt ans a laissé un précieux héritage pour l'avenir. C'est le constat que font Jean-Paul Dastillung et les élus du CCW : "nous sommes des industrieux, une population plutôt tournée vers l'industrie. Nous avons des compétences qui sont reconnues. En plus, nous avons des valeurs de solidarité et de résilience liées au travail, héritées des mineurs et que l'on ne retrouve peut-être pas ailleurs".

Un autre élément historique définit l'ADN du territoire de la Moselle-Est, ses relations historiques avec la Sarre voisine et la proximité du Luxembourg, deux pays attractifs en termes d'emplois. La première connaît aussi un développement industriel important. Quant au second, il n'est qu'à 40 minutes par l'autoroute.