TEMOIGNAGE. Viols dans l'église catholique : "Il a tué une partie de moi-même, je ne vais pas lui pardonner de m’avoir tuée"

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Écrit par Pauline Lhermitte .

Isabelle Seutin-Vivier, 58 ans, s’est fait violer à l’âge de 17 ans par son oncle, alors prêtre à Arrancy-sur-Crusnes dans la Meuse. Après un long chemin pour se reconstruire, la Thionvilloise veut enfin faire reconnaître son statut de victime, et encourage toutes les autres à témoigner.

Il y a quatre ans, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE) est créée pour enquêter sur des faits de violences sexuelles sur mineurs dans l’Eglise catholique depuis 1950. Parmi les 330 000 témoignages recueillis, celui d’Isabelle Seutin-Vivier. La Thionvilloise a voulu raconter son traumatisme, son viol, à l’âge de 17 ans, par son oncle alors prêtre, aujourd’hui décédé.

Nous l’avons rencontrée dans les locaux de France Victimes 57 à Thionville, dont elle fait partie, 41 ans après les faits. Isabelle Seutin-Vivier a souhaité témoigner du viol dont elle a été victime à l’âge de 17 ans par son oncle, tuteur légal, et prêtre pour la Congrégation de la Mission. Une blessure irréparable que le temps ne saurait effacer, mais que la parole peut adoucir.

 

Il aura fallu plusieurs années à Isabelle pour mettre des mots sur son mal-être permanent et se souvenir du traumatisme.

Ça, ça m'a totalement empêchée de m’exprimer. J’étais cadenassée, sidérée, coincée. Et après, il faut vivre avec cette personne.

Isabelle Seutin-Vivier

"J’ai cadenassé tout de suite. Je suis incapable de parler de l’instant d’après, si je suis allée prendre une douche ou si je suis allée me recoucher. A l'époque, je n’étais pas d’une nature rebelle, ni une adolescente difficile. Mais ça, ça m’a totalement empêché de m’exprimer. J’étais cadenassée, sidérée, coincée. Et après, il faut vivre avec cette personne." 

Lorsqu’elle prend conscience de ce qui lui est arrivé, plusieurs années se sont écoulées, et Isabelle a alors quatre enfants. "Le cataclysme arrive, il faut trier. J’ai suivi une psychothérapie mais je ne souhaitais pas de médicaments. Je me suis donc tournée vers la bibliothérapie, et me suis engagée dans des associations. J’avais besoin d’aider les autres".

Le courage de la confrontation

En parallèle, elle a le courage de confronter son oncle : "Je lui ai dit que je ne voulais plus jamais qu’il m’approche. J’étais une louve, vent debout. Il m’a répondu que je disais n’importe quoi, qu’il ne fallait pas parler comme ça, et qu’on faisait tous des erreurs parfois. S’il s’était approché de mes enfants, je ne sais pas ce que j’aurais fait".

A mes enfants, je leur dis que ce n’est pas à moi d’avoir honte de ce qui m’est arrivé, mais plutôt à ceux qui font subir ça. La honte doit changer de camp.

Isabelle Seutin-Vivier

L'oncle, décédé en 2021, n'a jamais avoué, ni demandé pardon : "Il a tué une partie de moi-même, je ne vais pas lui pardonner de m’avoir tuée. A mes enfants, je leur dis que ce n’est pas à moi d’avoir honte de ce qui m’est arrivé, mais plutôt à ceux qui font subir ça. La honte doit changer de camp".

Alors, lorsque la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE) est créée en 2018, Isabelle se lance. Et témoigne. Car, même si les faits sont aujourd’hui prescrits, la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR), qui découle de la CIASE, permet, comme son nom l'indique, une forme de réparation.

Par ce biais du témoignage, Isabelle veut lever le tabou des violences sexuelles au sein de l'Eglise catholique : "Cette commission a permis d’établir un barème de réparation financière, mais ce n’est pas ça le plus important. C’est la reconnaissance du viol qui amène la réparation. Pas à 100%, car le viol sera toujours là, mais elle me réparera pour ma deuxième vie. Quelque part je remercie l’Eglise catholique de France d’avoir enfin fait quelque chose. Mais je pense qu’il faut en faire davantage pour lutter contre les violences sexuelles, quelles qu’elles soient. Elles doivent devenir une cause nationale, avec des moyens, une écoute, et des personnes qui sont là pour récupérer les victimes. La prescription doit aussi cesser d’exister. Je ne peux pas entendre que ces affaires soient classées sans suite".

Lancée dans une croisade contre les violences sexuelles et du silence qui s'en suit, Isabelle ne se taira plus et incite les autres victimes à faire de même. A 58 ans, elle avance enfin, et se reconstruit : "Il n’y a pas une journée où je n’y pense pas, mais maintenant je relativise. L’idée c’est d’aller bien, d’aller mieux".

Isabelle continue d'aller à l'église, même si certaines prières sont parfois difficiles.

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